Les quasars sont des phares cosmiques qui nous permettent de sonder l'Univers observable à des milliards d'années-lumière et qui témoignent de son histoire primitive. Les astronomes chassent les plus anciens pour les étudier et percer les mystères de la croissance des galaxies. L'un des plus intéressants à ce jour a permis de battre un nouveau record.

quasar lointain
© Wonders of the Universe

Les quasi-stellar radio sources, les « quasars », selon la dénomination proposée en 1964 par l'astrophysicien d'origine chinoise Hong-Yee Chiu, font régulièrement parler d'eux depuis 60 ans. Cela est bien compréhensible. Tout d'abord parce que ce sont des astres toujours très distants, plusieurs milliards d'années-lumière au moins, et qui apparaissent comme des étoiles très brillantes lorsqu'on les observe au télescope, mais dont on sait aujourd'hui que ce sont des exemples de ce que l'on appelle des noyaux actifs de galaxies (Active Galactic Nuclei ou AGN, en anglais). Ensuite et surtout, les quasars sont en général au moins cinq millions de millions de fois plus brillants que le Soleil !

Nous avons toutes les raisons de penser aujourd'hui que leur prodigieuse énergie provient de l'accrétion de la matière par des trous noirs supermassifs de Kerr en rotation, pouvant contenir des millions à des milliards de masses solaires comme M87*, récemment imagé par les membres de la collaboration Event Horizon Telescope.

Dans cet extrait de la plateforme TV-Web-cinéma « Du Big Bang au Vivant », qui couvre des découvertes dans le domaine de l'astrophysique et de la cosmologie, Jean-Pierre Luminet nous parle des quasars. © Jean-Pierre Luminet
Aujourd'hui, une équipe internationale d'astronomes annonce avoir établi un nouveau record en ce qui concerne l'étude des quasars, comme elle l'explique avec une publication dans The Astrophysical Journal mais en accès libre sur arXiv. Elle porte non sur le plus lointain quasar connu toutes catégories mais sur le plus lointain possédant des jets de particules sources d'une émission radio. C'est une découverte intéressante, déjà parce que seulement 10 % des quasars que les astronomes classent comme étant à émission radio forte ont des jets qui brillent dans ce domaine des ondes électromagnétiques.

Un SEAMBH de 300 millions de masses solaires

L'objet en question se nomme P172+18 et les photons infrarouges que les instruments du Very Large Telescope (VLT) de l'Observatoire européen austral (ESO) ont collectés, et dont le signal a été enregistré en suivant une chaîne de mesures, avaient auparavant parcouru l'espace pendant 13 milliards d'années environ depuis leur émission par le quasar. Le responsable de leur naissance semble bel et bien être un trou noir ayant déjà avalé seulement 780 millions d'années après le Big Bang l'équivalent de 300 millions de masses solaires (le trou noir supermassif de la Voie lactée n'en contient que quatre millions).

Clairement, il est donc le produit de processus d'accrétion très actifs (de type super-Eddington pour les experts de sorte que P172+18 doit faire partie des super-Eddington accreting massive black holes ou SEAMBH en anglais) et selon le paradigme moderne de la croissance de tels objets, cela découlerait très probablement de l'existence de courants froids de gaz canalisés par des filaments de matière noire.


Grâce au Very Large Telescope de l'ESO, les astronomes ont découvert et étudié en détail la source d'émission radio la plus lointaine connue à ce jour. Cette source est un quasar à forte émission radio - un objet brillant avec des jets puissants émettant dans des longueurs d'onde radio - qui est si lointain que sa lumière a mis 13 milliards d'années pour nous atteindre. Cette vidéo résume la découverte. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © ESO
« Le trou noir mange la matière très rapidement, sa masse augmente à un rythme parmi les plus élevés jamais observés », explique d'ailleurs dans un communiqué de l'ESO l'astronome Chiara Mazzucchelli, qui a mené cette découverte avec Eduardo Bañados du Max Planck Institute for Astronomy en Allemagne. Il n'est certainement pas le seul puisque l'on a découvert depuis une dizaine d'années de plus en plus de trous noirs supermassifs ayant atteint leur taille « anormalement » vite au regard des anciens modèles de croissance de ces astres compacts.

Tout n'est d'ailleurs pas clair à ce sujet et c'est pourquoi l'étude d'objets compacts comme P172+18 est potentiellement riche en enseignements sur la croissance des trous noirs supermassifs. Croissance dont on sait en plus qu'elle se fait de pair avec celle des galaxies qui les contiennent, de sorte que l'on ne peut visiblement pas comprendre l'une sans l'autre et qu'il s'agit d'une des étapes ayant mené du Big Bang au vivant que la noosphère doit comprendre pour élucider certaines des énigmes de son origine.

« Je trouve très excitant de découvrir de "nouveaux" trous noirs pour la première fois, et de fournir un élément de plus pour comprendre l'Univers primordial, d'où nous venons finalement nous-mêmes », déclare justement à ce propos Chiara Mazzucchelli, toujours dans le communiqué de l'ESO.

Ce qui est sûr c'est que d'autres astres de ce genre vont être chassés et étudiés dans les années à venir avec des instruments tels qu'Alma et avec le futur ELT (Extremely Large Telescope).