"Save gaz, to have a safe Winter" ("Économisez du gaz pour avoir un hiver sûr"). C'est avec ce type de formule, en anglais, que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a présenté son dernier oukase à l'ensemble des États membres, sans que cette mesure soit passée par le Conseil de l'Europe, moins encore par le Parlement européen.
hhhhh

Teresa Ribera
Si d'ordinaire face à l'autoritarisme centralisé de Bruxelles, la rébellion provient de pays comme la Pologne ou la Hongrie, cette fois, la gronde est venue d'où on l'attendait le moins : l'Espagne. Un des États qui traite avec le plus de déférence les autorités communautaires.

Tant et si bien qu'au moindre problème entre le complexe système d'autonomie hispanique, ou bien encore quand il s'agit d'arbitrer n'importe quel conflit politique d'une certaine dimension, il y a comme un « j'irai le dire à Bruxelles », l'Union européenne et ses différentes institutions faisant office de puissance tutélaire.

Bruxelles souhaite que l'ensemble des pays de l'Union réduisent de 15% leur consommation de combustible entre août 2022 et mars 2023. Cette mesure affecte l'ensemble des secteurs industriels, sauf ceux désignés comme étant stratégiques par la Commission. Et, c'est par la voix de Teresa Ribera, troisième Vice-Présidente du gouvernement et ministre en charge de la Transition écologique, que le « no pasaran » est tombé hier. Et pas n'importe comment. En termes inhabituellement tranchants, Ribera a affirmé que les restrictions de consommation de gaz
« ne s'appliqueront à aucun type de consommateur ». L'Espagne n'appuiera pas les mesures de contingence proposée par la Commission européenne : « Quoi qu'il arrive, les familles espagnoles ne subiront pas de coupures de gaz ou d'électricité dans leur logement », a-t-elle assuré. Le gouvernement espagnol critique la forme et le fond de la mesure. En particulier, l'absence de consultation : « Nous ne pouvons pas assumer un sacrifice aussi disproportionné sur un sujet sur lequel il ne nous a pas été demandé notre opinion préalablement ».
Ribera a souligné que l'Espagne est solidaire des valeurs européennes, « mais pas au prix des consommateurs domestiques et industriels, qui payent depuis longtemps une facture très élevée et ne méritent ni rationnement, ni restrictions. »

Ces 15% sont calculés sur base de la consommation nationale moyenne au cours des cinq dernières années. La Commission exige de même, pour palier aux sanctions contre la Russie et l'auto-sabotage énergétique, que le stock souterrain de l'Union atteigne les 80% de capacité, avant le 1er novembre. Réserves qui tournent aujourd'hui aux alentours de 65%, selon la commissaire européenne à l'Énergie, Kadri Simson. Si la Russie ferme les clés de l'énergie, toujours selon Simson, « la chute du PIB pour l'ensemble du bloc chuterait de 1,5% ». Ce que d'aucuns estiment comme une prévision encore assez optimiste au regard du blocage quasi total d'une économie aussi centrale que l'allemande et de l'effet domino, non seulement régional, mais encore mondial.

Il faut « débattre de manière ouverte, transparente et respectueuse, sur la meilleure manière de se soutenir mutuellement », a poursuivi Ribera. « Oui, je crois qu'il faut parier sur les économies et l'efficacité et, oui, je crois qu'il faut chercher de quelle façon il est possible de substituer des consommations par d'autres. Mais nous ne considérons pas l'hypothèse de restrictions à aucun type de consommateur ».

Les Espagnols ont consenti à des efforts importants en matière d'investissement en infrastructure de gazéification, et, bien qu'ils se soient tirés une balle dans le pied, eux aussi, au travers de la rupture du contrat de confiance avec l'Algérie, leur principal fournisseur de gaz, l'Espagne reste une source capitale pour la réexportation de gaz, entre autres vers la France.

Ces restrictions, imposées de manière linéaire à tous les États membres indépendamment de leurs sources d'approvisionnement, est illisible pour les pays du sud de l'Europe. Qu'il leur soit demandé de payer les conséquences de la dépendance des pays forts de l'Union européenne, tels que l'Allemagne, la Finlande, l'Autriche vis-à-vis de la Russie, n'est pas près de passer. Ursula von der Leyen représente sur ce dossier non seulement la voix de l'Allemagne, celle de l'échec de la « transition verte », celle des dystopies de pays riches, en sus de celle du pompier pyromane. Elle devra composer désormais avec ce précédent de rébellion venu d'un gouvernement qu'elle ne peut pas affubler d'extrême droite ou de « conspirationniste ». Un gouvernement qui la suit et parfois précède dans toutes ses autres aventures. Un front s'est ouvert dans son propre camp, qui vient étoffer ceux qui voient en elle, le joueur de flûte de Hamelin.

Mardi prochain, la mesure devrait être votée par les ambassadeurs, dans le cadre du sommet sur l'Énergie réunis à Bruxelles. En cas de majorité simple, les restrictions deviendraient contraignantes pour l'ensemble des États.