tsunami
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Sans atteindre cette vision apocalyptique, le risque de tsunami est présent en Méditerranée.
Selon l'Unesco, il y a 100 % de risques qu'un tsunami touche le littoral d'ici 30 ans. Des Pyrénées-Orientales aux Alpes-Maritimes, 185 communes sont vulnérables, Corse comprise. Le Centre d'information des risques majeurs, le Cyprès, fait état du risque

Imaginez la scène. Un effondrement sous-marin invisible ou un séisme sur la faille active au nord de l'Algérie, et guère plus d'une heure après, une vague de trois mètres de haut qui déferle sur les côtes méditerranéennes françaises : dans un grondement, les bateaux s'arrachent de leurs amarres, viennent s'échouer dans un fracas terrible sur les quais, s'encastrent dans les restaurants. La vague entraîne avec elle les véhicules stationnés, dévaste les campings, noyant les plages et tout ce qui s'y trouve... "Si cela arrive une nuit de décembre, ça ira, mais si c'est un 15 août l'après-midi, avec des centaines de milliers de personnes en bord de mer, cela risque d'être très compliqué...", euphémise Michel Sacher, directeur du Cyprès, centre d'information pour la prévention des risques majeurs, situé à Martigues. Mandaté par le ministère de l'Intérieur, le centre travaille depuis une dizaine d'années à l'élaboration d'un état des lieux des risques de tsunami en Méditerranée.

Car le scénario ci-dessus ne relève pas de la science-fiction. « 185 communes du littoral méditerranéen, des Pyrénées-Orientales aux Alpes-Maritimes en passant par les deux départements de la Corse, sont concernées par un risque de tsunami », prévient-il. Un tsunami correspond à une succession de vagues de grande longueur d'onde pénétrant à l'intérieur des terres. "La première n'est pas forcément la plus forte", fait remarquer Michel Sacher. Leur vitesse de propagation peut atteindre 900 km/h. Leur hauteur est variable et augmente à l'approche des côtes. Les vagues générées par les tsunamis se distinguent par leur forte amplitude et par leur puissance : la quantité d'eau apportée sur la côte par une vague de tsunami est 1 000 fois supérieure à celle apportée par une vague de submersion.

En Méditerranée, les vagues ne devraient pas atteindre les 15 à 30 mètres de haut constatés lors du séisme de Tôhoku, à l'origine de la catastrophe de Fukushima. « Il s'agissait à l'origine d'un séisme de 9,2 sur l'échelle de Richter. En Méditerranée, on estime que l'on peut avoir des séismes de 6 à 7. L'aléa est moins puissant mais il peut y avoir beaucoup de dégâts tant les côtes sont urbanisées. Les campings de bord de mer ne sont pas à plus de 30 cm d'altitude. Alors même avec une vague pas très haute... », poursuit Michel Sacher.

D'ici les 30 prochaines années, l'Unesco affirme qu'il existe "100 % de risques qu'un tsunami, avec une vague de plus de 1 mètre", s'abatte sur les villes côtières de la Méditerranée. Marseille, Nice, Cannes, Antibes, le Grau-du-Roi, Perpignan ? « On ne veut pas effrayer les populations mais cela n'est pas un fantasme. Le risque est bien réel. Après, on ne sait pas si la vague fera 30 cm ou 3 mètres... La nature nous expose à des dangers, nous ne devons pas nous y exposer par méconnaissance. » D'autant que l'on sait de mieux en mieux détecter les risques. Le Centre d'alerte aux tsunamis (Cenalt) veille au grain : « Mandaté par l'État, il surveille les séismes et a un quart d'heure à partir de la détection pour identifier s'il est tsunamigène. Si oui, une alerte est lancée auprès du centre opérationnel de gestion interministérielle des crises. Lequel alerte les préfectures, les mairies, les pompiers... » Il faut faire vite : le tsunami peut déferler une heure après les secousses. Des alertes test, des exercices sont régulièrement organisés. Mais toutes les communes n'ont pas encore intégré dans le plan de sauvegarde le risque tsunami. « Certaines s'y mettent en prévoyant des balisages pour évacuer les plages, des points de regroupement hors d'eau... » Pour être « prête face aux tsunamis, une communauté doit avoir élaboré un plan de réduction des risques de tsunamis, identifié et cartographié les zones à risque, élaboré des documents de sensibilisation et d'éducation du public, créé des cartes d'évacuation compréhensibles par tous et afficher publiquement toutes les informations utiles », indique l'Unesco. On n'en est pas encore là. Si jamais vous ressentez une secousse puissante ou prolongée, une évolution anormale et rapide du niveau de la mer ou entendez un bruit sourd et inhabituel, le plus sûr est de chercher à gagner un point en hauteur. « Un immeuble d'au moins deux étages ou une colline proche par exemple. Mais ne prenez surtout pas la voiture, alerte le Cyprès. La particularité des tsunamis frappant les côtes méditerranéennes est que leur temps d'arrivée sur le littoral est très rapide, il se situe entre 10 et 90 minutes, n'attendez pas le signal des autorités pour agir ! » C'est dit.