Trumpet
© David Becker/File/Getty ImagesL'ancien président américain Donald Trump s'exprime lors d'un événement à Las Vegas, Nevada.
L'élection présidentielle n'est que dans neuf mois, mais l'influence de Donald Trump se fait déjà très concrètement sentir: l'ancien président menace, via ses alliés au Congrès, d'enterrer cette semaine toute future aide américaine à l'Ukraine.

Le couperet est tombé quelques minutes seulement après que le texte, fruit de longs mois de négociations au Sénat, a été dévoilé au public.

Le projet de loi, qui prévoit à la fois 60 milliards de dollars pour Kyïv, 14 milliards de dollars pour Israël et une réforme du système migratoire américain, est « mort-né », a tranché Mike Johnson, le chef de la Chambre des représentants, un proche de Donald Trump.

« Horrible projet de loi »

Qu'importe que le président démocrate Joe Biden soutienne le projet, ou qu'il ait exhorté le Congrès à « l'adopter rapidement ». Dans ces tractations, c'est son prédécesseur et rival probable à l'élection présidentielle, qui a le dernier mot.

Sans le soutien des républicains à la Chambre, des fidèles de Donald Trump pour la plupart, le texte ne peut en effet aller nulle part.

Pour être adopté, ce grand projet de loi doit être approuvé par les deux chambres du Congrès. Les démocrates sont majoritaires au Sénat, mais les républicains sont aux manettes à la Chambre.

Deux ans après le début d'une guerre qui s'enlise -- et plus de 110 milliards de dollars déjà débloqués par le Congrès -- de nombreux républicains appellent à ne plus valider le moindre centime pour l'Ukraine.

Ils suivent pour la plupart des directives de Donald Trump, qui prétend que s'il était réélu en novembre, il réglerait la guerre entre la Russie et l'Ukraine « en 24 heures » -- sans vraiment expliquer comment.

Lundi matin, l'ex-dirigeant en a remis une couche.
« Ne soyez pas STUPIDES!!! », a lancé le candidat républicain aux élus de son parti, estimant que « seul un idiot, ou un démocrate de la gauche radicale, voterait pour cet horrible projet de loi ».
Au-delà de ce simple texte, c'est tout l'avenir de l'aide américaine à l'Ukraine qui est en péril.

Le texte dévoilé dimanche était vu comme l'un des rares susceptibles d'être adopté avec des voix des deux partis. La fenêtre de tir pour agir avant la présidentielle américaine de novembre paraît désormais minuscule, voire inexistante.

Dernière tranche débloquée en décembre

Depuis le début du conflit, le Kremlin mise sur l'essoufflement de l'aide occidentale, et toute hésitation des alliés de Kyïv conforte la Russie dans l'idée que son pari sera gagnant.

Les États-Unis, de loin le premier soutien militaire à l'Ukraine, ont débloqué fin décembre leur dernière tranche d'aide militaire disponible pour l'Ukraine.

Ils butent depuis plusieurs mois sur le déblocage de nouveaux fonds, réclamés avec insistance par le président Joe Biden et son homologue Volodymyr Zelensky.

Les deux dernières visites du dirigeant ukrainien à Washington, en septembre et en décembre 2023, se sont, à cet égard, montrées infructueuses.

Conscient que le sentiment d'urgence s'est bien émoussé à Washington depuis le début de la guerre en 2022, le président Biden avait demandé au Congrès en octobre de coupler sa demande d'aide pour l'Ukraine à une autre pour Israël, allié des États-Unis en guerre contre le Hamas.

Mais aussi à une réforme drastique de la politique migratoire des États-Unis, un sujet politiquement brûlant, qui l'est d'autant plus en pleine année électorale.