Avec l'approche des élections américaines et l'incertitude quant à leur issue, l'OTAN se prépare à prendre formellement le commandement de la guerre en Ukraine, avec obligation pour les pays de l'OTAN de fournir des armes et l'ouverture de bases militaires aux frontières de la Russie.
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Les élites globalistes sont apatrides, elles peuvent temporairement quitter les États-Unis le temps de la présidence de Trump, sans que l'agenda international ne soit fondamentalement changé. Et le caractère existentiel de la guerre conduite par les Atlantistes en Ukraine contre la Russie ne peut se permettre le luxe des aléas politiques nationaux.

Les 13 et 14 juin se tient à Bruxelles la réunion des ministres de la Défense des pays de l'OTAN. La veille, Stoltenberg donne le ton. Il précise de plus en plus ce qui se cache derrière cette "mission" de l'OTAN pour l'Ukraine, dont nous avions parlé (voir notre article ici) et l'idée d'un état-major devient presque officielle. À ce sujet, Orban dévoile la volonté d'ouverture de trois bases militaires de l'OTAN en Pologne, en Roumanie et en Slovaquie, pour coordonner le conflit en Ukraine du côté atlantiste.

Lors de sa conférence de presse, Stoltenberg a tout d'abord insisté sur l'entrée à terme de l'Ukraine dans l'OTAN et sur l'impératif d'une "aide" militaire stable et à long terme. Car nous sommes bien dans un conflit à long terme. Dans ce paradigme, la temporalité du conflit ne peut dépendre de la contingence politique nationale, même américaine, puisqu'il s'agit d'une guerre globale et non pas d'un conflit "inter-national". Le premier pas est donc de transférer le contrôle de la situation des États-Unis vers l'OTAN, avec un minimum de changement, pour garantir la continuité. Ainsi, Stoltenberg de déclarer :
"L'une des choses que nous étudions actuellement est, par exemple, ce qui se passe dans le cadre d'un groupe appelé SAG-U, Security Assistance Group for Ukraine, qui est principalement basé à Wiesbaden, et qui est en fait une assez grande organisation qui aide à mettre en place des paquets de capacités, différents types d'armes ou de munitions, avec les pièces de rechange associées, la maintenance, le maintien en puissance et coordonne également une grande partie de la formation. Celle-ci est désormais dirigée par le général Cavoli en sa qualité de commandant américain en Europe. À l'avenir, elle sera également dirigée par le général Cavoli, mais alors en sa qualité de commandant de l'OTAN en Europe, le SACEUR. Mais bien entendu, la différence est qu'il s'agira alors d'un effort conjoint des Alliés de l'OTAN. Nous utiliserons également, dans la structure de commandement de l'OTAN, le financement commun de l'OTAN pour organiser et faciliter cela."
L'on voit bien ici, que les élites globalistes ne sont pas dépendantes politiquement des pays, où elles se trouvent et qu'elles gouvernent. Elles ont besoin de ces pays pour nourrir les mécanismes de gouvernance globale, mais pas au niveau de la prise de décision — au niveau de l'exécution.

Ensuite, la guerre n'est pas une question d'engagement volontaire. Quand vous êtes convoqués par votre suzerain, vous devez y aller. Quand vous êtes convoqués par votre pays, vous devez y aller. C'est la question du centre de pouvoir légitime et réel. Dans les systèmes étatiques, ce centre se trouve au niveau des structures étatiques et leur pouvoir s'étend sur les populations se trouvant sur le territoire de l'État ou ayant un lien juridique avec cet État. Dans un système de type féodal, et la globalisation est un système de type néo-féodal, le centre réel de pouvoir n'est pas au niveau étatique, mais supra-étatique. Les États se trouvent donc dans la situation des vassaux, qui doivent obéir, notamment lorsqu'il faut assurer la guerre du suzerain. C'est exactement ce que veut entériner Stoltenberg, lorsqu'il déclare à l'occasion de cette conférence de presse :
"Et je pense qu'en assurant à l'OTAN un rôle plus important dans ce domaine, nous pouvons y parvenir, car nous avons, par exemple, vu que les Alliés ont fait des annonces, mais celles-ci n'ont pas été concrétisées. Et si l'OTAN joue un rôle pour garantir davantage de transparence et de responsabilité, nous pouvons supposer qu'un plus grand nombre d'Alliés seront effectivement à la hauteur. Nous apprécions bien entendu ce que les États-Unis et les autres Alliés ont fait. C'est sans précédent. Dans le même temps, nous avons vu que les États-Unis ont passé six mois à convenir d'un accord supplémentaire pour l'Ukraine. Nous avons également constaté que certaines des promesses faites par les Alliés européens n'ont pas été tenues. Et si nous transformons cela non pas en contributions volontaires, mais en engagements au sein de l'OTAN, cela deviendra bien sûr plus solide, plus fiable. Et pour toutes ces raisons, je crois qu'un rôle plus fort de l'OTAN aidera l'Ukraine à obtenir la prévisibilité dont elle a besoin."
Les médias français ont dû trouver des "experts" pour expliquer, comme ici sur TF1, qu'il ne faut pas s'inquiéter, la France ne sera pas obligée de fournir plus d'armes et de moyens, l'OTAN n'a pas la capacité juridique de forcer l'exécution de ses décisions. Mais... si l'on s'engage moralement, il faudra quand même le faire... Bref, si le pas est sauté, la France, comme tous les autres pays de l'OTAN, sera évidemment engagée.

La guerre atlantiste menée en Ukraine sert bien de catalyseur pour opérer le transfert de ce qui reste du pouvoir du niveau national vers un niveau supra-national. L'OTAN veut faire ratifier lors du prochain sommet de Washington cette nouvelle hiérarchie et ainsi officialiser et fixer ce qui existait déjà de manière latente. La globalisation se formalise, s'institutionnalise également dans sa dimension militaire. Il serait naïf de penser que cela n'aura aucune conséquence pour les populations.