Image
Ehud Barak : un partisan décomplexé - jusqu'au cynisme - de l'opposition syrienne
« La famille Assad perd son emprise et Bachar al-Assad est condamné à tomber. Je ne sais si cela prendra quelques semaines ou quelques mois, mais il n'y a plus d'espoir pour cette famille. »

A quelle Madame Irma doit-on cette prédiction ? A une personnalité de poids, puisqu'il s'agit d'Ehud Barak, ministre de la Défense israélien, qui s'exprimait mardi 6 décembre, après avoir assisté à un exercice de Tsahal. Il est vrai que dans ce cas le souhait rejoint la spéculation, puisque pour M. Barak, la chute de la maison Bachar signifierait, non le bonheur et la liberté éventuels du peuple syrien - ce sont pour des gens comme M. Barak « des variables ajustables » -, mais une bonne opération pour l'Etat hébreu. En effet, explique, sans trop se cacher des journalistes, le patron de Tsahal, « la chute d'Assad constituera un coup dur pour l'axe radical et affaiblira aussi le Hezbollah au Liban« . L'« axe radical« , si quelqu'un l'ignorait encore, c'est le front Iran-Syrie-Liban - auquel on serait tenté de rajouter aujourd'hui l'Irak. Et c'est bien ce qui est en cause, depuis longtemps, dans le dossier syrien. Et pas que pour Ehud Barak et ses collègues du gouvernement Netanyahu.

Israël, voix de l'inconscient occidental

En tout cas, qu'on se le dise, Israël se prépare à toute éventualité, et notamment à une aggravation de la situation intérieure syrienne : « Il ne fait pas de doute que le clan Assad et Bachar al-Assad sont en fin de course. Nous sommes prêts. Je ne pense pas qu'ils aient une raison sérieuse pour qu'il (Bachar) se tourne contre nous, mais l'armée israélienne est prête et forte, mais je ne pense pas qu'il s'agisse d'une menace immédiate« .

D'autant moins immédiate, M. le ministre, que Bachar n'est pas prêt de tomber, à notre avis. Il faudra donc que les faucons israéliens - qui, à ce qu'il parait, ne représentent pas tout l'establishment politico-militaire israélien - se fassent une raison, et attendent une autre occasion, ou trouvent un autre prétexte, pour attaquer l'Iran, leur véritable objectif - et aussi celui du parrain américain.

On retiendra de cette petite histoire la morale suivante : les Israéliens ayant le privilège de dire, assez haut et assez brutalement, ce que les autres Occidentaux maquillent de considérations humanitaires et démocratiques, il devrait devenir évident même pour l'opposant le plus rabbique au régime syrien, même pour l'islamiste le plus barbu, que leur combat contre Bachar est, ipso facto, un combat pour les buts de guerre d'Israël. Cela va sans dire depuis longtemps, mais ça va toujours mieux en le disant. Que le patron de Tsahal, qui occupe le Golan syrien et le colonise sans altérer le sourire de Ban Ki-moon, en soit ici remercié.