Sauf que mardi, un groupe conservateur américain appelé Judicial Watch (surveillance judiciaire) rend public l'e-mail du journaliste, provoquant des réactions en chaîne dans la presse et les excuses de Mark Mazzetti pour son comportement peu déontologique.« Ça ne vient pas de moi... et merci d'effacer ce message après l'avoir lu. Vous voyez, rien d'inquiétant ! »
Un film sur la mort de Ben Laden
A l'origine, Judicial Watch s'intéresse à des conversations entre l'administration Obama et des producteurs hollywoodiens préparant un film sur la mort d'Oussama Ben Laden. Le groupe conservateur accuse la Maison-Blanche de compromettre la sécurité nationale pour communiquer et se mettre en valeur.
En vertu de la loi sur l'accès à l'information (FOIA), le groupe obtient des comptes-rendus de réunions :
Maureen Dowd, la journaliste du New York Times « grillée » par son collègue, allait écrire sur le sujet. Inquiète de l'article à paraître, la porte-parole de la CIA, Marie Harf, fait part de son anxiété au journaliste Mark Mazzetti et lui demande d'enquêter là-dessus pour savoir ce qui sera publié.« D'après ces documents, l'administration Obama a fourni [aux cinéastes] un accès privilégié à des informations de la CIA pour préparer leur film. »
Zélé, le journaliste accepte. Il promet à Marie Harf de lui envoyer l'article avant publication et s'exécute.
Lorsque l'affaire est rendue publique, le New York Times se désolidarise de son reporter :
« C'était une erreur »« Il a envoyé une copie de l'article à une porte-parole de la CIA peu avant le bouclage, en cachette de Maureen Dowd. Cette initiative était une faute, contraire aux règles internes du New York Times. »
Pourtant, deux chefs de Mark Mazzetti avaient pris sa défense. L'un d'eux a même déclaré :
L'intéressé finit par s'excuser :« Je ne peux pas fournir beaucoup de détails sur la raison de cet envoi. Mais je peux vous assurer que Mark n'a pas agi pour faire une fleur à la CIA. C'est un reporter fantastique, expérimenté. »
L'édito de Maureen Dowd, publié comme prévu le 7 août 2011, n'est pas tendre avec Obama :« C'était une erreur. Je n'ai jamais fait ça auparavant et je ne le referai jamais. »
Le New York Times et le pouvoir« La Maison-Blanche compte sur le film de Kathryn Bigelow et Mark Boal pour contrecarrer la réputation d'inefficacité grandissante d'Obama. Le film des deux oscarisés mettra sans doute en scène les excellentes et courageuses décisions du président. Comme Obamaland l'espérait, le film doit sortir le 12 octobre - juste à temps pour donner un coup de fouet à sa campagne. »
Le New York Magazine revient sur l'épisode et conclut :
Dans le quotidien britannique The Guardian, le chroniqueur américain des médias (auteur de « We the medias »), Dan Gillmor, s'en donne lui aussi à cœur joie :Eh bien, cela n'apaisera certainement pas les craintes d'une « conspiration libérale » (« liberal » = de gauche, aux Etats-Unis, ndlr) impliquant les journaux, le gouvernement et Hollywood. »
Le New York Times a déjà connu une période tourmentée ces dernières années à cause de ses relations privilégiées avec le pouvoir politique et de l'écho complaisant qu'il avait donné en 2003, juste avant l'invasion américaine de l'Irak, aux accusations - fausses - contre Saddam Hussein à propos des armes de destruction massive.« La proximité évidente entre le New York Times et le pouvoir politique lui a construit une réputation justifiée de complaisance vis-à-vis des autorités. Comme me l'a dit un jour un ancien journaliste du Times, le quotidien est "le journal professionnel des riches et des puissants." »
Le grand quotidien avait dû faire son mea culpa en 2004 pour avoir donné trop de crédit à certaines allégations de l'administration Bush :
Inutile de le préciser, nombre d'informations délivrées aux médias par Ahmad Chalabi, sur commande du gouvernement américain, étaient fausses. L'auteur des articles, la journaliste Judith Miller, avait dû quitter le New York Times dont la réputation avait été sérieusement ébranlée.« Les articles litigieux avaient un point commun : ils dépendaient au moins en partie d'informations provenant d'un petit cercle de sources irakiennes, des hommes qui avaient fait défection et s'étaient exilés pour que le régime change en Irak. [...]
Le plus virulent des militants anti-Saddam, Ahmad Chalabi, a parfois été cité en tant que source dans des articles du Times, au moins depuis 1991, et nous a présenté d'autres exilés. Il est devenu le chouchou des faucons de l'administration Bush et un informateur rémunéré, jusqu'à la semaine dernière. »
Dans le même ordre d'idées, le New York Times a été critiqué pour avoir soumis à la Maison-Blanche, avant publication, les informations provenant des télégrammes diplomatiques révélés par WikiLeaks. La direction du journal avait alors justifié cette pratique par le souci de la sécurité nationale.




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