La dernière semaine d'août a continué de fournir une « riche » actualité syrienne et péri-syrienne, dont on peut retenir les éléments suivants :-
Un massacre de civils à Daraya, dans la périphérie sud de Damas, d'une ampleur rarement égalée avec plus de 300 corps dont nombre de femmes et d'enfants. Selon un schéma déjà observé pour le drame de Houla-Taldo en mai dernier, c'est l'opposition et l'OSDH qui « tirent » les premiers, attribuant par voie de vidéos le carnage aux forces gouvernementales, soldats ou paramilitaires, lancées de puis plusieurs jours dans des combats contre des bandes armées dans ce secteur. Comme pour Houla, les victimes semblent avoir été exécutées à bout portant. Comme pour Houla, la presse française relaie ces accusations, utilisant toutefois prudemment les formes interrogatives ou conditionnelles (plus volontiers que dans l'affaire de Houla). Et là encore le gouvernement syrien accuse les bandes d'être responsables de ces exécutions sommaires et réaffirme que ses forces n'ont tué à Daraya que des insurgés armés. Un reporter indépendant présent sur place, Robert Fisk, a recueili des témoignages d'habitants incriminant les insurgés. Et l'on notera que les Comités locaux de coordination, proches de l'insurrection, accusent les chabihas d'avoir «
brûlé » certains corps : or, cette pratique est justement utilisée par les rebelles pour gêner l'identification de leur camarades tués au combat par les militaires, et notamment cacher leur origine étrangère. Or encore, le gouvernement syrien a déjà accusé, à Houla, les vidéastes rebelles d'avoir transformé leurs combattants tués en civils soi disant massacrés par les chabihas.
Quant à nous, nous redisons que l'ASL a déjà travesti à Houla un massacre commis par ses miliciens islamistes en crime de chabihas ou de soldats syriens ; et que l'armée et le gouvernement syriens n'ont absolument aucun intérêt politique ou tactique à commettre ou laisser commettre de telles tueries, alors qu'à Damas , et comme le reconnaissait
Libération le 28 août, l'ASL «
apparait d'une manière générale en perte de vitesse« .
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Une intervention de Bachar al-Assad à la télévision syrienne privée Addounia, dans laquelle le président syrien réaffirme sans surprise sa volonté d'éradiquer la rébellion, et fait montre d'un certain optimisme, assimilant les défections politiques et militaires ayant affecté le régime à une forme de purge salutaire, le pays n'ayant pas à regretter le départ de «
corrompus à qui on a proposé de l'argent, des peureux ou des ambitieux qui ont des plans pour réussir ailleurs, des faibles ou des lâches » pour reprendre les mots de Bachar. En marge de cette apparition télévisée, on a eu droit aussi à celle du vice-Président, qui a pu ainsi faire taire les spéculations sur son opposition secrète, après celles sur sa défection. Citons encore cette mise au point du président à destination des Syriens - et de ses ennemis de l'intérieur ou de l'extérieur :
« Je suis ici, avec vous, au palais présidentiel, à Damas, et ma famile aussi » ; le tout dit avec un rire qui a scandalisé la rédactrice du
Monde et que nous nous interprétons comme un nouveau signe de sérénité et de solidité.
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Un accord « de principe » annoncé entre Moscou et Damas sur l'exportation du pétrole brut syrien vers la Russie, ainsi que sur la livraison de carburant russe à l'armée syrienne. Accord doublé de l'ouverture par les Russes d'une ligne de crédits à la Syrie. Le
Monde du 24 août ajoute, citant le
Wall Street Journal, que depuis des mois des contacts ont été pris entre les autorités syriennes et des banques et des traders russes, contacts ayant abouti notamment à l'ouverture début juillet de comptes dans des banques russes destinés à fournir des financements à l'économie syrienne atteinte par les sanctions occidentales ; et aussi à la création de compagnies, en Russie mais aussi en Malaisie, destinées elles aussi à soutenir l'économie syrienne et à compenser ou contourner les divers embargos euro-américains. Ces dernières précisions sont fournies par le Premier ministre félon Riad Hijab, réfugié en Jordanie début août : l'homme sait de quoi il parle, et, au moins sur ce sujet, on peut le croire. Et là, contrairement au
Monde, nous ne pouvons que nous réjouir : la Russie, très logiquement, aide par tous les moyens son allié régional.
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Une ébauche de résurrection des non alignés sous l'égide de l'Iran : le nombre et la qualité des participants réunis à Téhéran en font un succès de la diplomatie iranienne, qui a réussi à briser l'interdit diplomatique lancé par Washington et ses alliés à son encontre. On a quand même vu à Téhéran, outre des représentants russes et chinois, Ban Ki-moon, le Premier ministre indien et le nouveau président égyptien Morsi. Certes, celui-ci s'est prononcé pour un départ de Bachar, entraînant au moins celui - provisoire - de la délégation syrienne, mais en venant à Téhéran, il a quand même marqué une certaine volonté d'indépendance vis-à-vis du protecteur - et financeur - américain, et c'est dialectiquement un progrès : «
L'Egypte considère l'Iran comme un partenaire stratégique » a déclaré Morsi en écho à une déclaration similaire d'Ahmadinejad vis-à-vis de l'Egypte. Et l'Iran étant l'allié que l'on sait de la Syrie, ces propos pèsent lourd, et doivent sonner désagréablement aux oreilles d'une Hillary Clinton.
Et, de fait, on s'est beaucoup fait de reproches lors de ce sommet, le guide Ali Khamenei ayant critiqué le Conseil de sécurité, Ban Ki-moon ayant critiqué les dirigeants iraniens, Morsi ayant critiqué Bachar. Mais ces polémiques se sont tenues à Téhéran, et c'est ce que retiendront et l'Histoire et les observateurs et nous ne pouvons que faire nôtre la conclusion (sans doute amère) de
Libération : « Même si le régime iranien a été malmené, il peut se prévaloir d'avoir réalisé une percée diplomatique sur le front syrien ». Et international, ajouterons-nous, les Etats-Unis ayant été implicitement désavoués ou désobéis par les participants au sommet.
-Et puis bien sûr,
des combats qui se poursuivent à Damas et surtout à Alep. Des combats qui semblent s'éterniser mais qui se traduisent par des pertes accrues pour les rebelles. Il est significatif que le nouveau correspondant du
Monde à Alep, aussi grossièrement pro-ASL que sa prédécesseuse Florence Aubenas, n'ait à citer, dans son article du 30 août, que des progrès rebelles dans quelques ruelles d'un unique quartier - Qastal al-Harami -, et ne parle plus des « bastions » ASL de Seif al-Dawla. Et que dans ce même article, l'homme du
Monde reconnaisse que partout ses chers rebelles sont tirés par les soldats syriens, mitraillés par les hélicos et bombardés par les Mig à chaque mouvement, et doivent bouger sans cesse, ce qui explique d'ailleurs leur présence dans le centre de la ville. Bref, en dépit des communiqués fanfarons des divers porte-parole ASL, l'insurrection est partout sur la défensive à Alep, et ne trouve aucun soutien populaire significatif.
Il y a eu sûrement d'autres faits dignes de commentaires la semaine passée, mais nous allons, depuis notre villégiature, à l'essentiel. De toute façon, nous revenons le 6 septembre et reprenons nos analyses et commentaire, avec l'aide des amis du site.
A bientôt.
Commentaires des Lecteurs
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