D'une catastrophe nucléaire à la suivante, le scénario est immuable : la pollution radioactive est minimisée, les mesures officielles sont ensuite mises en question, la confusion s'installe et des populations entières vivent, respirent et mangent sans savoir à quoi elles sont exposées et ce qu'elles ingèrent. Au Japon, cela a contribué à ce que s'installe une profonde crise de confiance dans des autorités politiques soumises à la pression des intérêts de l'industrie électronucléaire et présumées leur complice en raison de liens étroits qui ne se sont pas démentis.

Premier sujet de préoccupation : les eaux contaminées de la centrale de Fukushima fuient dans l'océan, et l'histoire de leur parfaite dilution est une fable. Si le niveau de radioactivité des poissons pêchés sur la côte Est reste « dans la vaste majorité des cas » en dessous des normes officielles, mais néanmoins élevée, 40% des poissons pêchés au large de la centrale ne sont pas comestibles, selon les mêmes normes, d'après une étude américaine publiée par la revue Science. Selon Ken Buesseler, un chercheur de l'Institut océanographique de Woods Hole, aux États-Unis, « nous avons surtout besoin de mieux comprendre les sources de césium et d'autres radionucléides qui continuent à maintenir ces niveaux de radioactivité dans l'océan au large de Fukushima ». Car, pour le reste, la contamination ne peut qu'être constatée et ce, vingt mois après le démarrage de la catastrophe

Deuxième sujet : c'est cette fois-ci Greenpeace qui sonne l'alarme, affirmant que des populations vivant dans la région de la centrale, notamment dans la ville de Fukushima qui se trouve à 50 km de celle-ci, sont exposées à treize fois la limite de radiations autorisée. L'organisation met en cause les mesures officielles, reprenant des constatations déjà faites : « Nous avons découvert que les appareils de mesure installés par le gouvernement sous-évaluaient systématiquement les niveaux de radiation », car ils sont protégés par des structures métalliques ou de béton et ont été placés dans des zones décontaminées.

Troisième sujet : Thorne Lay, un géophysicien américain de l'université de Californie à Santa Cruz, vient de publier un article dans la revue Nature. Il a étudié les 5 méga-séismes (magnitude 8 et au-delà) qui ont depuis 2004 ravagé la région de l'Asie où se situe le Japon, là où la plaque pacifique se glisse sous la plaque asiatique. Il en a conclu qu'aucun n'avait été prévu par les sismologues, qui « ont appris à être humble » fait-il remarquer. L'aléa sismique est particulièrement difficile à établir. De fait, faute d'avoir assez de recul dans le temps, les scientifiques ne peuvent prédire ces séismes qui ont des périodes de retour de dizaines de milliers d'années ! Les séries historiques sont impossibles à établir et n'auraient aucun sens, avec cette circonstance aggravante pour le temps présent qu'il semblerait que les méga-séismes puissent survenir « en grappes », l'un pouvant déclencher un autre dans les mois qui suivent.

Ces nouvelles études jettent un froid quand elles concernent un pays où de fortes suspicions existent déjà à propos de la qualité des études géologiques préalables à la construction des centrales nucléaires.

Toujours à la recherche de fausses bonnes raisons, les laudateurs de l'électronucléaire pourront certes affirmer que la science progresse à la suite de ce qu'ils préfèrent appeler « un incident ». Toutes les sommités de l'industrie sont penchées sur le chantier de Fukushima. Bonne nouvelle ! la connaissance du comportement des coriums va également faire des pas de géant ...en attendant de connaître leurs déplacements depuis qu'ils se sont furtivement échappés de la cuve des réacteurs.