New York afetr Sandy
© François PesantLe soir où Sandy a balayé New York, plus de 110 maisons ont été détruites par le feu dans la petite communauté de Breezy Point.

Un mois après le passage de la supertempête Sandy, la péninsule de Rockaway ressemble toujours à une zone de guerre. Mais les habitants de cet arrondissement new-yorkais aux maisons inondées, incendiées ou éventrées essaient tant bien que mal d'y rebâtir leur vie, comme l'a constaté notre équipe.

Sous un ciel gris, bas et pluvieux, l'Atlantique est à peine visible, presque évanescent, en cette journée de fin novembre. Mais il suffit, pour se convaincre de la présence et de la puissance de l'océan, de se tourner vers les maisons qui lui font face le long de la plage de Breezy Point, quartier de la péninsule de Rockaway, à New York.

Le décor est celui d'une zone de guerre. Pas une seule maison n'a été épargnée par les vents et la marée charriés par la super-tempête Sandy il y a un mois aujourd'hui.

Certaines maisons reposent à côté de leurs fondations.
John Malloy, Breezy Point resident
© François PesantJohn Malloy
D'autres n'ont plus de toit, de balcon ou de fenêtres. D'autres encore semblent être sur le point de s'écrouler. Aucune n'est encore habitée. Plusieurs devront être démolies, dont celle de John et Gayle Malloy, couple septuagénaire.

« C'est accablant », dit John Malloy, policier à la retraite, en observant sa maison condamnée en compagnie d'une employée de l'agence fédérale FEMA, qui offre une aide financière aux propriétaires qui n'ont pas d'assurance contre les inondations.

Rebâtir ?

« Si on est jeune, on revient et on rebâtit. Si on est vieux, on doit y réfléchir », ajoute-t-il en disant ignorer la somme d'argent que la FEMA pourrait lui donner.

Situés entre l'océan et la baie de Jamaïque, au sud de Brooklyn, les Rockaways ont été l'un des arrondissements new-yorkais les plus touchés par Sandy, qui a tué 110 personnes aux États-Unis et causé des dizaines de milliards de dollars de dégâts.

Dans Breeze Point, quartier de 50 000 habitants où plus de 110 maisons ont été incendiées le soir de la tempête et des milliers d'autres endommagées, les véhicules d'urgence et les voitures de patrouille sont toujours omniprésents, à la fois pour accélérer le nettoyage et la reconstruction et pour prévenir le pillage des résidences et des commerces désertés.

slow reconstruction in Breezy Point
© François PesantDans Breeze Point, quartier de 50 000 habitants où plus de 110 maisons ont été incendiées le soir de la tempête et des milliers d'autres endommagées, le nettoyage et la reconstruction se poursuivent.
Le long de certaines rues toujours recouvertes de sable, des travailleurs font des journées de 16 heures pour remplacer les conduites de gaz qui servent au chauffage des maisons du quartier.

« Nous devons terminer notre travail d'ici Noël », dit Howard Weber, employé de l'entreprise Network Infrastructure, en travaillant sous une pluie incessante.

Mais très peu de maisons semblent être en condition d'accueillir leurs propriétaires pour un réveillon de Noël.

« Nous n'avons rien, pas de salle de bains, pas de cuisine, rien », dit Terry Costello, qui a vécu jusqu'au 29 octobre dans la maison familiale de Breeze Point, dont elle a hérité à la mort de ses parents. « Cela prendra un certain temps avant que nous puissions revenir. D'autant plus qu'il y a des questions financières à considérer. Nous n'avions pas d'assurance contre les inondations. »

Moisissure et stress

Être assuré ne règle cependant pas tous les problèmes, comme le démontre l'histoire de Naomi Seitz, dont la maison de deux étages, située dans le quartier Broad Channel, aux portes des Rockaways, a été sérieusement endommagée par l'inondation causée par Sandy. Sa compagnie d'assurances ne pourra pas envoyer un de ses experts pour inspecter son domicile avant la mi-décembre. En attendant, la moisissure se répand au rez-de-chaussée de la maison et affecte la santé de Naomi et de son mari, qui vivent à l'étage.

« J'ai des douleurs à la poitrine et le souffle très court », dit la femme de 49 ans, rencontrée dans l'un des 37 centres de secours établis par la FEMA dans la région de New York et du New Jersey après le passage de Sandy. « Nous n'avons pas assez d'argent pour commencer les travaux de rénovation et la FEMA ne peut pas nous aider financièrement parce que nous sommes assurés. »

« Je n'ai jamais été aussi stressée de ma vie », ajoute cette mère de quatre jeunes adultes.

À la veille d'accoucher de son quatrième enfant, Kelly Jahrnes, 35 ans, vit également des moments stressants. Mais elle ne songe aucunement à abandonner Breeze Point, même si sa maison se trouve dans un secteur facilement inondable.

« C'est notre maison », dit-elle avant d'ajouter : « Mes enfants font partie de la cinquième génération de ma famille à voir le jour à Breeze Point. »