Image
Le plan de sauvetage élaboré pour Chypre pourrait servir de modèle pour résoudre les difficultés bancaires au sein de la zone euro, a déclaré le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem.

L'Eurogroupe, le FMI et la BCE se félicitent de l'accord trouvé pour sauver Chypre de la faillite. Le président de l'Eurogroupe, le Hollandais Jeroen Dijsselbloem, veut même en faire un modèle. Selon lui, ce plan, qui consiste à réduire le poids du secteur bancaire du pays (notamment en mettant en faillite la deuxième banque du pays), peut être mis en oeuvre pour les pays en difficultés bancaires de la zone euro (Slovénie) ou ceux dont le système bancaire est similaire à celui de Chypre, c'est-à-dire accueillant vis-à-vis des investissements étrangers (comme c'est le cas à Malte et au Luxembourg).

«S'il y a un risque dans une banque, notre première question devrait être 'd'accord, qu'allez-vous faire, vous, dans la banque? Que pouvez-vous faire pour vous recapitaliser vous-mêmes?'», a ainsi expliqué M. Dijsselbloem, avant de préciser que « si la banque ne peut pas le faire elle-même, alors nous discuterons avec les actionnaires et les créanciers obligataires, nous leur demanderons de contribuer en recapitalisant la banque et, si nécessaire, (nous le demanderons) aux détenteurs de dépôts non garantis.»

Exposé de cette manière, cela a l'air simple. Les marchés ont pourtant pris ces déclarations de façon dubitative, plongeant en fin de journée.

Un système bancaire et une économie à reconstruire de zéro

Surtout, le plan accepté, Chypre est-il pour autant sauvé ? Les principales mesures du plan impliquent la mise en faillite de la deuxième banque du pays et une augmentation des impôts sur les sociétés, rendant ainsi le pays moins attrayant pour les investisseurs étrangers. Conséquences: des pertes d'emplois (à commencer par les 8 000 employés de la banque Laiki), la fuite de capitaux étrangers (notamment russes et britanniques), et une économie et un système bancaire à reconstruire de zéro.

«Bien sûr, tout n'est pas réglé pour ce pays: la construction d'un système bancaire et financier au service de l'économie réelle prendra du temps», ont reconnu des députés européens au Monde. Un économiste de la banque d'investissement VTB Capital à Londres, Neil MacKinnon, parle lui d'« impact négatif sur l'économie très sévère».

En récession depuis deux ans, Chypre n'est déjà plus, avec ce plan de sauvetage, ce paradis fiscal et touristique au sud de l'Europe, ce qui faisait tourner son économie. Ce que résume un homme d'affaires au Financial Times : «Les Chypriotes ont tué leur pays en une journée. Quand les Russes seront partis, qui acceptera de payer 500 dollars la nuit au Four Seasons? Angela Merkel?»