Traduit par François pour ReOpenNews

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Barack Obama, Dick Cheney, et Georges W. Bush
Monsieur le Président, vous vous êtes mis la barre très haut en nous affirmant qu'en matière de drones, vous n'étiez pas Dick Cheney.

Génial ! Le pays doit se sentir "confortablement engourdi" (ndt : en référence à une des chansons "Comfortably numb" de l'album The Wall de Pink Floyd) par cette brillante auto-évaluation.

Mais en réalité, Monsieur le Président, vous êtes probablement pire que Dick Cheney.

Parce qu'à cette époque, les démocrates hurlaient et vociféraient (ok, disons plutôt qu'ils ronchonnaient et marmonnaient sans grand résultat) contre la confiscation du pouvoir par Cheney. Oui, avec Cheney il y avait au moins un minimum d'opposition, un soupçon de surveillance - même si ça n'était que de la politique partisane.

Mais avec vous, Monsieur Obama, les couloirs du Congrès, les médias et même les provocateurs de salon sont le plus souvent silencieux. Et c'est bien là le danger.

En effet, qui pourrait croire que le premier Président Afro-américain - un ancien professeur de droit constitutionnel, excusez du peu ! - ait pu si rapidement et si imprudemment jeter aux chiens notre Constitution ?

Qui aurait pu imaginer qu'un homme comme Barack aurait maintenu une liste de personnes à abattre [1] qui aurait satisfait le plus acharné des républicains?

Qui aurait même pensé qu'un Président démocrate aurait mis la pression sur son équipe juridique pendant plus de deux ans afin de trouver les termes et les failles juridiques permettant d'assassiner légalement des citoyens américains - et même des citoyens innocents de 16 ans ?

Dites moi, Monsieur le Président, est-ce que votre aversion envers toute forme de surveillance concernant votre programme de drones est le résultat de votre absence de condamnation pour avoir tué toutes ces personnes (plus de 4700, semble-t-il) ou est-elle simplement liée au fait que vous vous sentez au dessus des lois ? Parce que, très humblement, je pense que nous avons le droit de savoir.

Et au fait, Monsieur le Président, je suis heureuse de constater que vous avez repris l'idée de Cheney de faire appel à des "surveillants" [2] pour protéger les arrières de la Maison Blanche. Ça marche d'ailleurs très bien pour étouffer les affaires. Je devrais le savoir puisque Cheney a utilisé ce stratagème dans le cadre de la Commission d'enquête sur le 11-Septembre. Mais, encore une fois, vous n'avez rien à voir avec lui, n'est-ce pas ?

Eh bien pour moi, c'est tout à fait clair. Vous êtes passé du Sénateur qui, parait-il, avait foi dans la transparence, le contrôle, l'équilibre des pouvoirs - toutes ces choses qui sont impératives dans une d-é-m-o-c-r-a-t-i-e - au Président qui a effacé toutes ces valeurs de sa mémoire. Pas parce que vous avez des raisons sérieuses et convaincantes qui relèvent d'une sorte de profonde conviction personnelle, mais plutôt parce que vous avez goûté au pouvoir. Est-ce que je dois m'attendre à ce que, dans un futur proche, vous vous mettiez à la pêche à la mouche sur la Snake River juste pour ressembler un peu plus à Dick ?

Très respectueusement, Monsieur le Président, il y a peut-être quand même une petite chose qui différencie votre administration de celle de Bush/Cheney, eux au moins, ils vous rappelaient et vous disaient - de vive voix - quand ils allaient vous poignarder dans le dos.

Notes de la rédaction :

[1] Cette liste est examinée chaque semaine lors d'une réunion qui rassemblent le Président et des responsables de l'armée et des services du renseignement. L'objectif est d'identifier et d'éliminer "préventivement" toute personne censée représenter un risque terroriste pour les Etats Unis)

[2] Référence aux agents délégués par les diverses Agences gouvernementales auprès de la Commission d'enquête sur le 11 septembre et chargés de s'assurer que les entretiens réalisés et les rapports produits étaient bien conformes à la ligne dictée par l'administration Bush)