Image
Le premier ministre britannique, David Cameron, et le président américain, Barack Obama, le 13 mai à la Maison Blanche. (Reuters/JONATHAN ERNST)
On connaissait l'existence d'une "kill list" des Etats-Unis, avec les noms des principaux terroristes à "neutraliser" ou capturer. Selon le Guardian, elle est surnommée "disposition Matrix" au sein de l'administration Obama. Le quotidien britannique explique que cette simple dénomination de "liste" cache en réalité une "grille sophistiquée, construite sur une base de données qui aurait nécessité deux ans de développement et contenant des biographies d'individus considérés comme une menace pour les intérêts américains, leur localisation connue ou supposée ainsi que les différentes options pour les éliminer". Selon le Guardian, les personnes à tuer sont choisies chaque semaine lors d'une réunion surnommée "Terror Tuesday", à laquelle participe Barack Obama.

Mais, surtout, le Guardian révèle la collaboration active du Royaume-Uni à cette "disposition Matrix" : Londres "déléguerait" la "neutralisation" des terroristes britanniques aux Etats-Unis. Plus précisément, des terroristes ayant une double nationalité.

Le Guardian cite ainsi l'exemple de quatre islamistes présumés, dont deux ont été tués par des attaques de drones américains en Somalie et deux autres incarcérés. Le Britanno-Libanais Bilal Berjawi, le Britanno-Egyptien Mohamed Saker, le Britanno-Somalien Mahdi Hashi et un mystérieux homme surnommé "B2" se sont vu tous les quatre retirer leurs nationalités britanniques avant d'être la cible des Etats-Unis. Ces derniers n'hésitent pas à intervenir partout dans le monde contre des cibles désignées comme "dangereuses".

La procédure permet ainsi à Londres de se "défausser" d'un problème avec un de ses concitoyens surveillés par le MI5 ou le MI6, ses services de renseignements. "Ils doivent se dire : si ça doit être un casse-tête pour quelqu'un, laissons les Américains se casser la tête", explique au Guardian Paul Pillar, ancien agent de la CIA pendant vingt-huit ans. "C'est ce que font aussi les Etats-Unis. Ils abandonnent les cas trop difficiles et laissent un autre s'en occuper. Ils laisseraient les Egyptiens, les Jordaniens ou qui que ce soit d'autre avec un cas ingérable. Du point de vue du Royaume-Uni, si ça doit donner la migraine à quelqu'un, autant la laisser aux Américains."