Traduit par emcee

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"Le langage politique est destiné à faire passer les gros mensonges pour des vérités et le meurtre pour acceptable, et donner l'apparence de la solidarité à un simple courant d'air"
- George Orwell, "Politics and the English language."
Le secrétaire d'état US, John Kerry, vient de livrer ce qui pourrait bien s'avérer être le moment le plus honteux de sa carrière. Kerry a reçu le bâton de chef des tentatives d'intimidations d'un président qui a un grand intérêt personnel à conserver son air de "va-t-en-guerre réticent".

Depuis que le président Obama a parlé des tristement célèbres "limites à ne pas franchir ("red line" en anglais)" concernant l'utilisation des armes chimiques en Syrie, c'est invariablement aux sous-fifres de la Maison Blanche et aux membres du Département d'Etat que revient la tâche de mentir au peuple - et Kerry s'en sort plutôt mal.

Dans sa toute dernière déclaration, Kerry n'a cessé de répéter - 22 fois, pas moins - que l'administration US - grâce à sa "communauté du renseignement", toujours digne de confiance - "sait" avec une "grande certitude" que le régime de Bashar al-Assad a effectué des attaques à l'arme chimique contre des zones détenues par l'opposition à la Ghouta, dans la banlieue de Damas, le matin du 21 août.

Kerry répète sans relâche que les services de renseignements US "savent", sans jamais fournir de preuves formelles pour appuyer ses affirmations hallucinantes toujours plus nombreuses (Kerry est en voie d'accéder au statut de star auquel Colin Powell a été promu: il y a fort à parier que ce discours restera dans les mémoires pour encore bien longtemps et pour toutes les mauvaises raisons).

Kerry construit son discours de façon toute orwellienne. Ecartant d'emblée tout semblant d'honnêteté, Kerry explique au monde entier que les dizaines années passées au Congrès lui ont appris la précieuse leçon que les Etats-Unis doivent "poser les questions qui dérangent" avant de s'engager dans les offensives militaires contre un état souverain, pour obtenir, à leur tour, "les réponses qui dérangent avant d'intervenir, et non pas juste après".

Il suffit, pourtant, d'un coup d'œil rapide sur l'histoire de la politique étrangère des Etats-Unis de ces deux-trois dernières années pour se rendre compte que ce début de discours où il évoque la vertu et la patience américaines est un mensonge flagrant et tout le contraire de la politique étrangère agressive que mènent les Etats-Unis depuis des décennies.

Par exemple: les Etats-Unis ont-ils posé les "questions qui dérangent " avant de larguer les bombes sur Hiroshima et Nagasaki - tuant des centaines de milliers de civils innocents?

Egalement, les Etats-Unis ont-ils posé les "questions qui dérangent " avant de fabriquer de toutes pièces un casus belli pour s'engager dans la guerre illégale contre le Nord- Vietnam - ce qui s'est encore soldé par l'assassinat de centaines de milliers d'innocents, écrasés sous un tapis de bombes aveugle larguées sur les populations civiles, victimes également des armes chimiques et biologiques?

Et l'Irak? Kerry a-t-il posé les "questions qui dérangent" avant ce déchainement particulièrement meurtrier et génocidaire?

On se demande si Kerry s'est posé les "questions qui dérangent", en 2002, avant de prendre la décision de voter pour l'invasion illégale de l'Irak par les Etats-Unis et la destruction qui s'en est suivie? Ou même s'il a tenté d'obtenir les "réponses qui dérangent" après que la décision avait été prise.

Même 18 mois après l'invasion de l'Irak, à une époque où la situation dégénérait rapidement dans le pays, Kerry s'en tenait résolument à sa décision d'approuver cette guerre avec l'unique justification qu'il aurait "fait les choses bien autrement que Bush" - alors qu'il savait pertinemment à cette époque que les prétendues ADM de Saddam Hussein et ses liens avec Al Qaeda n'étaient que le fruit de l'imagination de Dick Cheney et de la "communauté du renseignement" des Etats-Unis.

La liste des agressions irréfléchies des Etats-Unis est pratiquement sans fin, ces exemples ne sont que quelques exemples parmi les plus marquants.

(...)

Concernant l'accusation d'utilisation d'armes chimiques par Assad, l'administration a préféré répercuter des allégations non fondées et des "conclusions des agences de renseignements" qui doivent rester confidentielles pour protéger "les méthodes et les sources".

Se servant de termes bateau comme les "ONG" ou les "hauts-responsables syriens", Kerry tente de masquer le fait que l'immense majorité des allégations proviennent d'un des principaux belligérants dans le conflit syrien, à savoir l'"opposition" syrienne, les "rebelles" eux-mêmes, et la pléthore de réseaux d'"activistes" formés par le Département d'Etat et responsables des monceaux de désinformation et de propagande répétés sans recul par les médias occidentaux aux ordres.

Kerry poursuit en disant que la publication des "estimations" du gouvernement est très importante parce que ses "conclusions sont aussi claires que convaincantes".

Comment peut-on faire une estimation claire et convaincante? Une estimation suppose qu'il y a une part de doute, non? Alors, comment peut-on "savoir" quoi que ce soit d'après une "estimation"?

Kerry incite vivement le public à: "lire par eux-mêmes les preuves provenant de milliers de sources, des preuves qui sont déjà consultables publiquement".

Oui, mais, ni Kerry, ni le "résumé des agents de renseignements" ne fournissent ces "milliers" de sources "consultables publiquement". La "déclaration des services de renseignements US" ne contient pas un seul lien vers un document original, principal ou secondaire, ni des données empiriques ou scientifiques, il n'y a rien là-dedans qu'un résumé des allégations déjà formulées.

Alors, de quoi Kerry parle-t-il? On ne peut que supposer que Kerry, dans sa tentative foireuse de soutenir ce qui est une allégation sans preuves, compte maintenant sur les vidéos sur YouTube - et veut que le monde entier les considère comme des preuves formelles pour déterminer les crimes de guerre et la culpabilité.

Puis, autoritairement, Kerry passe rapidement au discours "faites-nous confiance", suppliant son public de lire le "verdict" de l'administration - là, on ne fait même plus semblant de se référer à des conclusions indépendantes pour prouver la culpabilité, mais simplement, on a décidé du verdict soi-même.

Bien sûr, Kerry ne perd aucune occasion de rappeler exactement ce qu'est ce verdict: c'est le régime d'Assad qui est responsable, notre verdict, ce sont les preuves qu'on vous apporte, rien de plus, rien de moins. "Voici les faits, voici les preuves".

Cherchant à imiter Donald Rumsfeld et son tristement célèbre "il y a des inconnues que nous ne connaissons pas" ("unknown unknowns", NDT), Kerry déclare:
Afin de protéger les sources et les méthodes, certaines des informations que nous possédons ne seront transmises qu'aux membres du Congrès, les représentants du peuple américain. Ce qui signifie que certaines des informations que nous détenons, nous ne pouvons pas les divulguer. Alors, que savons-nous véritablement dont nous pouvons discuter?
Eh bien, étant donné qu'il vient de dire qu'il ne peut même pas révéler les "estimations" qui constituent ce que sait sa "communauté du renseignement", on ne peut guère discuter de grand-chose, semble-t-il, si ce n'est des allégations non-fondées qu'on nous rabâche depuis plus d'une semaine maintenant - mais c'est certainement l'intention de l'administration.

Cette affaire rappelle une certaine théorie d'un procédé politique en Angleterre très prisé par les dirigeants du régime nazi - et sans doute appliqué à leur propre population.

Goebbels écrivait en 1941:
Le secret essentiel de la qualité d'un dirigeant en Angleterre n'est pas d'avoir une intelligence spéciale, mais au contraire, d'être d'une stupidité remarquable. Les Anglais ont pour principe que quand on ment, il faut mentir éhontément et ne jamais en démordre. Ils persistent dans leurs mensonges même au risque de paraître ridicules.
Evidemment, Goebbels et Hitler étaient également, si ce n'est davantage, des adeptes du "gros mensonge". Il est donc logique de penser que l'empire actuel adaptera et développera ces pratiques malhonnêtes pour forcer traitreusement ses propres citoyens à approuver encore plus de militarisme hégémonique.

Après avoir asséné de façon répétitive le mot "savoir" afin de le faire rentrer dans chaque cerveau ramolli, Kerry se met ensuite à débiter exactement ce que l'administration "sait": "eh bien, nous savons que le régime d'Assad a les plus importants programmes d'armes chimiques de tout le Moyen-Orient. Nous savons que le régime a utilisé ces armes à maintes reprises cette année, à plus petite échelle, mais, quand même, il les a utilisées contre son propre peuple, y compris pas très loin de la zone où a eu lieu l'attaque de vendredi dernier".
Déjà, Kerry raconte des bobards révélateurs. La Syrie n'a en aucune façon le stock d'armes chimiques le plus important du MO, cet honneur revient à l'allié N°1 des US dans la région: Israël.

Ex-assistant du secrétaire de la Défense chargé de la défense chimique et biologique, Bill Richardson avait déclaré en 1998: "je n'ai aucun doute qu'Israël travaille depuis longtemps sur des armes offensives à la fois chimiques et biologiques ... il n'y a aucun doute qu'ils en détiennent depuis des années".

Sans parler du fait qu'Israël possède un stock de têtes nucléaires énorme et illégal - l'obstacle le plus important à un MO sans nucléaire.
Kerry dit que l'administration "sait" que le régime d'Assad a utilisé dans le passé des armes chimiques "à maintes reprises" à une petite échelle. Pourtant, là encore, ni les Etats-Unis, ni leurs alliés, ni l'opposition syrienne n'ont fourni de preuve scientifique indépendante, empirique ou objective, pour étayer ces allégations.

Il faut rappeler qu'en mai cette année, l'inspectrice de l'ONU, Carla Del Ponte a déclaré que c'était les "rebelles" qui avaient utilisé des armes chimiques, une information qui a été complètement étouffée à la fois par les médias occidentaux et par les perfides diplomates occidentaux tels que John Kerry - qui prétendent toujours que les "rebelles" ne sont pas en mesure de lancer ces munitions.

Contrairement aux affirmations creuses des diplomates occidentaux, fin mai, des cellules de militants radicaux liés à Jabhat al Nusra, à l'Islamic State of Iraq et à al-Sham ont été pris à la fois en Irak et en Turquie en possession de sarin et d'autres équipements pour armes chimiques - encore un fait qui n'a guère retenu l'attention des médias occidentaux et qui a pratiquement été passé sous silence dans les sujets de discussion diplomatiques.

En outre, des interviews récentes avec des médecins, des habitants de la Ghouta, des "rebelles" et leurs familles menées par Dale Ghavlak, correspondant de longue date de l'Associated Press, disent que ce sont, en fait, des éléments extrémistes parmi les "rebelles" qui sont responsables de cette attaque chimique, affirmant même que les armes chimiques avaient été fournies par le chef des renseignements saoudien, le prince Bandar bin Sultan (...).

Ces interviews et cet article font-ils partie des évaluations "hautement fiables" de l'administration qui affirme que c'est le régime qui a réalisé cette attaque présumée?

Une fois encore, ne donnant aucune preuve spécifique pour étayer ses affirmations, Kerry a prétendu que l'administration "savait" que le régime d'Assad se préparait à des attaques chimiques, mentionnant vaguement que le régime utilisait des masques à gaz, prenait des précautions en rapport avec des armes chimiques, et suivait des "instructions spécifiques".

Des "instructions spécifiques" pour lesquelles Kerry est, une fois de plus, incapable de fournir des preuves. Comment ces spéculations sont censées déterminer ce qui s'est passé à la Ghouta - a fortiori la culpabilité - c'est au public de l'imaginer. Kerry affirme que les US "savent" d'où et quand est partie l'attaque, mais là encore le public n'a droit qu'à des mots, et zéro preuve matérielle pour corroborer ses dires.
Dans ce qu'on ne peut décrire que comme une tentative désespérée de donner plus d'épaisseur à un casus belli plus inconsistant encore que les mensonges et les inventions qui avaient justifié l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis, Kerry passe alors aux médias sociaux pour donner les grandes lignes de ce que "sait" l'administration. Il prétend que les renseignements US ont plus de 100 vidéos qui montrent les symptômes d'une attaque aux armes chimiques.

De plus, les Etats-Unis ne croient pas que tant de vidéos puissent avoir été montées de toutes pièces, ou manipulées d'une façon ou d'une autre; pourquoi les "rebelles"" - qui ont déjà tant à faire avec les nettoyages ethniques, les assassinats systématiques de prêtres, les massacres aveugles de civils et les décapitations, prendraient-ils la peine de mettre en scène une telle atrocité?

Kerry oublie que, depuis plus de deux ans, les médias sociaux sont le véhicule principal de l'agitprop et des impostures.

Les "rebelles" ont été pris maintes fois à filmer des scènes montées de toutes pièces pour faire leur propagande, mais la "communauté du renseignement" sait, dans ce cas précis, que toutes les vidéos relatives à la Ghouta doivent être véridiques.

Kerry dit que le monde entier a vu des milliers de rapports - cependant, aucun de ces rapports n'est ni indépendant, ni n'a été vérifié par quelque agence indépendante.

Aucune explication, aucune preuve supplémentaire ne sont fournies pour expliquer pourquoi on devrait faire tellement confiance aux videos sur UTube, aux "rapports" non vérifiés et aux médias sociaux, et, a fortiori, qu'ils puissent servir de justification à la guerre, si ce n'est qu'ils renforcent le "verdict" que les Etats-Unis ont déjà prononcé.

Les "preuves" censées avoir été apportées par UTube se sont transformées en une agitprop émotionnelle.
Kerry se rappelle les images de femmes et d'enfants morts:
Pas une égratignure, pas une blessure d'éclat d'obus, pas une coupure, pas de bruit de tirs. Nous avons vu des rangées de corps alignés et recouverts de linceuls, de la toile blanche qui ne comportait aucune trace de sang.
Pour autant, Kerry n'a absolument aucun moyen de déterminer comment ces gens sont morts, Kerry s'imagine-t-il qu'une fois qu'une personne est morte et que son corps est recouvert d'un linceul, elle continue de saigner?

Ces contradictions au discours simpliste de l'administration sont peu à peu écartées par les médias non critiques et remplacées par des textes sténographiés, cependant, en marge, même des hauts-responsables du renseignement font part de leurs doutes à dessein.
Il faut noter que la description faite par Kerry est tout à fait fidèle, il n'y avait en effet, aucun signe de traumatisme sur l'immense majorité des victimes qu'on voyait dans les vidéos de YouTube. Mais il est important de signaler qu'il n'y a aucune preuve dans ces vidéos qui puisse déterminer de manière scientifique comment ces personnes sont mortes - a fortiori qui les a tuées.

Selon John Kerry, les États-Unis "savent" également exactement combien de personnes ont été tuées dans cette attaque présumée. Kerry a annoncé qu'il y avait eu exactement 1.429 morts, parmi lesquels 426 enfants. Un chiffre qui dépasse largement même les estimations les plus larges, qui varient entre des "dizaines" jusqu'à 1.300.

Toutefois, contrairement aux chiffres US, *Médecins Sans Frontières et le tant prisé Observatoire Syrien ont avancé le chiffre de 355 morts pour l'attaque présumée de la Ghouta.

Il est on ne peut plus surprenant que les États-Unis aient brusquement acquis l'aptitude de calculer précisément le nombre de victimes et d'obtenir des renseignements dans un pays où ils sont censés n'avoir aucun personnel sur place; car, dix ans après, les Etats-Unis ne savent toujours pas - et ne le feront pas - déterminer le nombre d'innocents qu'ils ont tués en Irak ou en Afghanistan au cours de l'offensive illégale qu'ils ont menée contre chacun de ces pays.

Les Etats-Unis ont du mal à reconnaitre - sans parler de comptabiliser - le millier d'innocents qu'ils ont tués à cause de leur programme d'assassinats extra-judiciaires par drone; et nous sommes censés croire maintenant qu'ils ont acquis l'aptitude de compter les victimes d'atrocités dans des pays étrangers?

De plus, Médecins Sans Frontières (MSF) est la source "médicale crédible" que cite Washington à propos de la Ghouta, du fait qu'ils ont fourni du matériel pour les hôpitaux de campagne dans la région.

Ce qui est étonnant, et qui a été, à nouveau, subtilement occulté par Kerry, c'est qu'MSF n'avait aucun membre de son personnel dans la région, ni dans aucun des hôpitaux de campagne du centre de Damas ; les médecins qui ont transmis l'information à MSF font partie des "rebelles" et des personnes qui travaillaient directement avec l'opposition syrienne.

L'administration cherche donc à se servir de MSF comme garantie de crédibilité à leurs allégations grâce à de vagues liens qu'avait l'association avec des éléments de l'opposition dans la région, tout en contredisant en même temps les chiffres annoncés par MSF.

Plus important encore, les US ont accusé le régime d'avoir refusé de répondre aux demandes de l'ONU parce qu'il avait "quelque chose à cacher".

Washington est immédiatement revenu sur son discours mensonger quand il s'est su que c'était l'ONU elle-même qui bloquait l'enquête et n'avait demandé l'autorisation de se rendre dans la zone que le samedi suivant. Il a fallu 24 h en tout au gouvernement syrien pour accepter la demande de l'ONU.

Quand cette affaire est devenue publique, l'administration a changé de sujet de discussion, prétendant, ensuite, que le régime avait délibérément bombardé la zone pour "détruire systématiquement les preuves".

L'ONU, ainsi que plusieurs spécialistes en armes chimiques, ont, depuis, discrédité cette théorie, disant qu'il pouvait se passer des mois avant que le gaz sarin et autres armes chimiques à usage militaire se soient complètement dissipés, et ont assuré que l'équipe de scientifiques pouvait encore rassembler les preuves nécessaires malgré le temps écoulé depuis l'attaque présumée.

En dépit des nombreuses contradictions, et d'un manque de preuves flagrant, Kerry incite à nouveau le public à croire à la "haute fiabilité" de la "communauté du renseignement": "tout que j'ai cité, toutes ces informations - absolument toutes celles que nous avons, la communauté du renseignement américain les estime très fiables. C'est la logique. C'est l'évidence.

Ce sont les faits. On peut se rappeler facilement ces soi-disant "faits" que la communauté du renseignement américain trouvait "hautement fiables" dans un passé relativement proche, et pourtant les rengaines populaires qui circulent dans la sphère politico-médiatique pour empêcher le scepticisme vis-à-vis de ces affirmations sont exactement les mêmes rengaines qui étaient jetées en pâture aux sceptiques il y a dix ans.

"L'ombre de l'Irak" est actuellement utilisée comme outil rhétorique pour attaquer ceux qui doutent de ces allégations, mais en réalité, le scepticisme autour de ces nouvelles allégations sur les armes chimiques est exactement de la même nature et tout aussi justifié qu'il l'était lors de la mobilisation pour la guerre en Irak.

De plus, faisant allusion aux affirmations mensongères des directeurs de la CIA de l'époque qui avaient affirmé que le fait qu'il y ait des ADM en Irak , c'était du "tout cuit", plusieurs hauts responsables du renseignement américain ont confié à divers médias que les affirmations de la Maison blanche étaient loin d'être du "tout cuit", ce qui rend encore moins crédibles les affirmations de Kerry que les mensonges éhontés qui ont conduit à l'invasion de l'Irak.

Que le reste du discours de Kerry se perde dans des nobles considérations comme la "crédibilité des Etats-Unis" montre bien qu'il y a absence flagrante de preuves matérielles, et que les pays doivent croire les Etats-Unis sur parole quand ils avancent (menacent) quelque chose.

Ce qu'exprime Kerry, en réalité, c'est que les Etats-Unis ne peuvent pas ravaler leur orgueil démesuré sans perdre la face, et les Etats-Unis comptent sur cette arrogance militariste - et compteront dessus encore plus à l'avenir - pour préserver leurs propres "intérêts" géopolitiques et économiques. Quand Obama a parlé imprudemment de la "limite à ne pas franchir", cela a permis, en réalité, aux Etats-Unis et à leurs alliés d'être en position d'organiser une intervention directe. Et cette intervention occidentale directe est actuellement plus que jamais nécessaire alors que l'armée syrienne s'approche, de fait, d'une victoire militaire.

Dans le reste du discours, et tout aussi insipide que l'évaluation des services secrets, le secrétaire d'état met en garde contre des pays et des factions politiques "ennemis" du mauvais côté de l'impérialisme. (...).

Pour éveiller la peur, les épouvantails de l'Empire sont cités les uns après les autres, de la Corée du Nord au Hezbollah.(...)

Kerry a terminé son discours en maniant le raisonnement contradictoire à la Orwell:
Les armes les plus abominables au monde ne doivent plus jamais être utilisées contre les personnes les plus vulnérables au monde.
C'est un fait, mais un fait qui, de toute évidence ne s'applique PAS aux millions de personnes vulnérables que les Etats-Unis assassinent sans relâche - avec toutes les sortes d'armes qui existent sur terre.

Phil Greaves est un auteur/analyste qui vit au Royaume-Uni et qui s'intéresse à la politique étrangère des États-Unis et de la Grande Bretagne et analyse les conflits au Moyen-Orient après la Seconde Guerre Mondiale. Voir son site ici.