
«Je vois très mal une intervention militaire, elle déboucherait seulement sur davantage de victimes et de morts et rendrait encore plus difficile une solution politique», a affirmé Carla del Ponte au Club suisse de la presse.
«La négociation est la seule solution possible pour les Syriens. Je souhaite que très tôt, parce que c'est déjà trop tard, on arrive à négocier», a ajouté l'ex-procureure du Tribunal pénal international sur l'ex-Yougoslavie.
Comme membre de la commission d'enquête sur la Syrie, Carla del Ponte a affirmé que «pour le moment cette commission est surtout un alibi pour la communauté internationale qui ne fait rien». La commission présidée par Sergio Pinheiro doit soumettre un nouveau rapport à cette session du Conseil des droits de l'Homme, le septième depuis qu'elle a été créée il y a deux ans.
Crimes «incroyables» commis par les deux camps
«C'est une longue liste de crimes incroyables qui s'ajoutent chaque jour», a dit la Tessinoise. Elle a souligné que ces crimes sont commis par les deux camps.
«Il n'y a pas les bons et les méchants, tous sont mauvais. Les forces gouvernementales et les rebelles commettent des crimes aussi graves et incroyables», a-t-elle affirmé.
«Je n'ai pas vu de tels actes de torture même dans le conflit des Balkans», a déclaré Carla del Ponte. «Des enfants de 15 ans sont recrutés et victimes de la guerre», a-t-elle indiqué.
Elle a confié sa «frustration»: le matériel de la commission n'est toujours pas transmis par le Conseil de sécurité à la Cour pénale internationale (CPI), en raison des menaces de veto russe et chinois.
Enquête sur les armes chimiques
L'ex-procureure a espéré que la commission d'enquête puisse avoir bientôt accès au territoire syrien. «Nous sommes sur la bonne voie pour pouvoir entrer en Syrie», a-t-elle dit.
Carla del Ponte a précisé qu'il reviendra à la commission d'enquête d'identifier les responsables de l'attaque chimique du 21 août, sur la base du rapport des inspecteurs de l'ONU.
La Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Navi Pillay a affirmé pour sa part en ouvrant la session que «l'utilisation des armes chimiques a longtemps été désignée comme un des crimes les plus graves qui puissent être commis». «Leur utilisation en Syrie semble désormais faire peu de doute, même si les circonstances et les responsabilités doivent encore être clarifiées», a-t-elle dit.
«La communauté internationale a tardé, trop tardé à prendre des mesures sérieuses pour arrêter la spirale vers le bas qui s'est emparée de la Syrie, massacrant son peuple et détruisant ses villes», a accusé Navi Pillay.
Risque de déflagration régionale
«Ce n'est plus le moment pour les Etats puissants de continuer à être en désaccord sur la voie à suivre, ou pour des intérêts géopolitiques de l'emporter sur les obligations légales et morales à sauver des vies en mettant fin à ce conflit», a insisté la Haut Commissaire, dans une allusion au blocage du Conseil de sécurité de l'ONU.
La situation tragique en Syrie requiert avec force une action internationale, a-t-elle affirmé, tout en avertissant: «Une réponse militaire ou la poursuite des livraisons d'armes risque de déclencher une déflagration régionale, provoquant vraisemblablement beaucoup plus de morts et davantage de misère».
«Il n'y a pas de sortie facile de ce cauchemar, excepté la négociation immédiate d'étapes concrètes pour mettre un terme à ce conflit», a relevé Mme Pillay. Et de conclure: «Les Etats, ensemble avec l'ONU, doivent trouver un moyen d'amener les belligérants à la table des négociations et d'arrêter le bain de sang».
La Haut Commissaire a aussi dénoncé les violences en Egypte, en Irak et la situation au Bahreïn et dans les territoires palestiniens. Elle a demandé aux autorités du Caire une enquête indépendante et transparente sur toutes les victimes ainsi que le rétablissement de l'état de droit. (ats/Newsnet)



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