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Souvent rébarbatives, les annexes au projet de loi de finances, qui viennent d'être rendues publiques, recèlent parfois quelques pépites. Ainsi, celle consacrée aux « personnels affectés dans les cabinets ministériels » Ce document de près de 90 pages recense les effectifs - contractuels et fonctionnaires - et détaille les rémunérations. Tout cela, explique l'introduction, traduit « la volonté du gouvernement de transparence et de maîtrise des dépenses publiques« . Pour preuve, « les effectifs au 1er août 2014 sont en nette diminution par rapport à 2013« . Et d'avancer ce chiffre : « moins 18,4%« . Valls, qui aime l'entreprise, aimerait-il aussi dégraisser ?

Hollande dépassé

En réalité, cette baisse est un baise-couillon ! D'abord parce que les conseillers occultes et autres chargés de mission ne figurent pas dans ces statistiques. Ensuite, si les effectifs ont été réduits, c'est simplement parce que le nombre de ministres et de secrétaires d'État a diminué, passant de 28 à 32. En moyenne, le nombre de collaborateurs, ramené à celui des ministres, est resté le même, à l'unité près : 14. « C'est une baisse plus apparente que réelle » , reconnaît le député PS René Dosière, passé maître dans l'art d'éplucher les comptes des pouvoirs publics. « Des efforts ont été faits, mais il s'agit là d'une opération de communication » .

A bien éplucher les données chiffrées, on découvre que plusieurs ministères et secrétariats d'État contreviennent aux règles fixées en mai 2012. Hollande et Ayrault avaient alors demandé aux ministres de ne pas embaucher plus de 15 collaborateurs, et aux secrétaires d'État pas plus de 10. Sur les 16 ministères, neuf ont franchi la limite. Exemple : ils sont 18 collaborateurs à l'Éducation nationale, 17 aux Affaires étrangères et autant au Droit des femmes. Côté secrétariat d'État, quatre d'entre eux crèvent le plafond. Parmi eux, celui chargé des Transports qui salarie 12 personnes au lieu de 10 autorisées. Encore un peu et ce sera un transport de troupes !

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Les rémunérations, elles non plus, ne baissent pas. Pour les personnels contractuels des ministères, elles ont même augmenté d'une année sur l'autre, passant en moyenne de 8 144 euros à 8 645 par mois. Soit une hausse de 6,1% . Bien plus que l'inflation et la variation de l'indice de la fonction publique réunies ! Une hausse également constatée, mais moins prononcée, côté primes. En 2013, les « indemnités de sujétion particulière » - ou « gratifications », dans le jargon de l'État - étaient, en moyenne, de 2 233 euros par individu et par mois. Elles atteignent 2 267 euros. C'est toujours ça.

C'est au secrétariat d'État à l'Enseignement supérieur qu'on est le mieux payé. Soit 10 206 euros mensuels, plus une prime de 2 016 euros. Puis viennent l'Intérieur (10 051 + 2 936) et la Défense ( 9866 + 2 421). La gratification la plus importante - 3 369 euros - est versée aux collaborateurs du ministère de la Décentralisation. Marylise Lebranchu est une bonne patronne ! Ce qui n'est pas le cas d'Annick Girardin, la secrétaire d'État chargée de la Francophonie. Avec 6 592 euros de salaire brut mensuels, ses collaborateurs sont les moins payés de tout le gouvernement. Même si, pour certains, c'est déjà beaucoup. En tout cas, pas loin de l'indemnité mensuelle d'un parlementaire (7 100 euros brut)...

Tout juste élu, Hollande avait abaissé sa rémunération, celle du Premier ministre et celle de tous les membres du gouvernement de 30%. En ce qui concerne l'Élysée et Matignon, il avait imposé qu'aucun des collaborateurs ne perçoive plus que lui-même (14 900 brut) Mais il n'avait donné aucune consigne pour les ministres (9 940) et les secrétaires d'État (9 443). Résultat : dans la moitié des ministères, certains conseillers perçoivent plus que leurs patrons.

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Une république exemplaire qui lutte contre le chômage de masse (ici l’hôtel Matignon)