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© Lewis Joly/SIPA/REX ShutterstockVéhicules d'intervention sur le théâtre des opérations à Saint-Denis
Cet article fait suite à celui-ci : Des djihadistes barbus du Moyen-Orient, ou des tueurs à gages professionnels, blancs et rasés de près ? Quelques questions sur les attentats de Paris.

Jusque-là, l'identité des autres terroristes n'a pas été publiée. Nous ignorons toujours qui s'est fait exploser Rue de la Coquerie, et nous n'en savons pas plus sur l'identité du troisième kamikaze du Bataclan. Nous ignorons également combien de personnes sont impliquées dans les fusillades des restaurants, bien qu'on pense que Salah Abdeslam, qui est toujours en fuite, y ait participé. Le tireur « blanc, corpulent et rasé de près » demeure également un mystère, tout comme la Mercedes noire flambant neuve que son complice et lui conduisaient.

La police française affirme avoir en sa possession une vidéo de l'une des fusillades qui montre trois individus dans une Seat noire (la même qui fut retrouvée par la suite dans la banlieue parisienne, à Montreuil, avec 3 fusils d'assaut AK-47 à l'intérieur) tirant des coups de feu par les vitres. Selon la police, Brahim Abdeslam faisait partie du trio, tout comme son frère Salah, ce qui vient grossir la liste des fugitifs. Donc, d'après la police, 9 individus sont directement impliqués dans les fusillades et les attentats-suicides du vendredi 13. La vidéo n'a pas été diffusée publiquement.

La police a également donné d'autres détails sur l'implication présumée de Salah. Une troisième voiture, une Renault Clio noire, qui d'après les déclarations de la police avait été louée par Salah, a été retrouvée dans le 18e arrondissement de Paris. L'ÉI, dans son communiqué revendiquant les attentats, mentionne les 10e et 11e arrondissements (où ont eu lieu les attentats), ainsi que le 18e, conduisant la police à soupçonner qu'un attentat avait également été planifié dans cet arrondissement, mais que ce projet a été abandonné pour X raison.

La police a également identifié deux repères potentiels utilisés par les terroristes : deux chambres d'hôtel à Alfortville louées par Salah avec sa carte de crédit deux nuits avant les attentats (une vidéo de la chambre montre des seringues et des boîtes de pizza jonchant le sol), et un appartement à Bobigny loué par Brahim du 10 au 17 novembre. Les trois hommes qui séjournaient dans l'appartement ont dit à la propriétaire qu'ils travaillaient pour une agence de sécurité belge. « Ils étaient très gentils », a-t-elle déclaré à Europe 1. « C'était des gens sympas, corrects, bien habillés, ils n'avaient pas de barbes, pas de djellabas. »

Samedi, au petit matin, Salah, qui conduisait une Golf en compagnie de deux autres hommes - Mohammed Amri (27 ans) et Hamza Attouh (21 ans) - a été contrôlé par la police à la frontière franco-belge, dans le cadre d'un contrôle de routine. On les a laissés passer, car leurs noms ne figuraient encore sur aucun avis de recherche. Les deux autres hommes font partie des 7 personnes arrêtées lors d'un raid qui a eu lieu le lendemain en Belgique. 5 d'entre elles (dont le frère de Brahim et de Salah) ont plus tard été relâchées, mais Amri et Attouh ont été inculpés pour terrorisme. Ils nient ces accusations, Amri déclarant qu'il ne s'était rendu à Paris que pour ramener son ami Salah en Belgique, et Attou affirmant qu'il n'était venu que pour tenir compagnie à Amri.

Des détails supplémentaire concernant Salah ont émergé :
Dans une interview pour Reuters, un ami, Nabil, a affirmé que Salah Abdeslam et son frère Ibrahim - l'un des terroristes qui a abattu des spectateurs au Bataclan avant de se faire exploser avec une ceinture d'explosifs - étaient « normaux, ils aimaient bien se marrer. », tandis qu'un autre, Hicham, a déclaré : « On jouait aux cartes, on parlait de foot, de tout et de rien. Rien sur le jihad, pas de l'islam. »

Sheraz Sheik, un voisin, décrit Salah Abdeslam : « C'était un type super sympa. Il était super bien habillé, il portait des marques, pas de barbe. Un type vraiment intelligent, il avait fait des études et était très intelligent. »

Habile couverture ou business légitime, toujours est-il que les frères avaient ouvert un bar dans leur ville deux ans auparavant (le Café des Béguines, d'après un ordre monastique chrétien). Ils y servaient de l'alcool, une substance qu'Ibrahim Abdeslam consommait ouvertement, en violation des interdits islamiques.
Le scoop concerne l'assaut lancé contre une autre planque : un appartement situé à Saint-Denis, à deux kms du Stade de France. Mercredi matin, des explosions et des coups de feu ont retenti dès 4h20. Selon les récits, au cours des deux premières heures, plusieurs policiers ont été blessés et trois personnes sont mortes : une femme kamikaze, un passant (non mentionné dans les rapports suivants) et un homme. Les rapport initiaux mentionnent que ce dernier a été tué par un sniper de la police ; les rapports suivants disent qu'il a été tué par une grenade, ou par la bombe actionnée par la femme kamikaze. Une centaine de soldats ont été appelés à 7 h du matin. Deux ou trois hommes étaient toujours supposément barricadés dans l'appartement, échangeant des tirs avec la police. Après plusieurs moments d'accalmie, suivis de coups de feu et d'explosions, le raid a finalement pris fin à 11h37. La police française et les forces armées auraient tiré 5000 balles et utilisé plusieurs grenades.

Une demi-heure après le début de l'assaut, trois hommes ont été arrêtés après avoir fui l'appartement. À 6h15, une femme est apparue à la fenêtre de l'appartement. D'après le Guardian :
Un ingénieur du son a enregistré l'échange : la police a crié à deux reprises : « Il est où ton ami ? ». À chaque fois, elle a répondu, éperdue : « C'est pas mon ami ! » Une seconde plus tard, une forte explosion a retenti.

[Le Guardian a plus tard rapporté cet échange en ces termes : Il est où ton (petit) copain ? », et elle a répondu avec colère : « C'est pas mon (petit) copain ! », après quoi une énorme explosion a retenti.]

Un témoin, Christian, 20 ans, a déclaré au Parisien : « Ça s'est arrêté pendant 10 ou 15 minutes. Là, il y a une femme qui a crié par la fenêtre du 3 étage : "Au secours, au secours, aidez-moi". J'ai entendu les policiers lui demander de s'identifier, de se montrer. Elle a sorti les mains, mais elle n'a pas montré son visage. Elle a retiré ses mains, et elle les a remontrées plusieurs fois. Ils lui ont crié de mettre ses mains en l'air, de les montrer. Ils lui ont dit qu'ils allaient tirer. »

« Les coups de feu ont repris. Les policiers tiraient depuis le toit de l'immeuble d'en face. Il y a eu plein plein plein de tirs, dans l'appartement. Et là il y a eu une explosion énorme. C'est probablement la femme qui s'est fait exploser. Les vitres ont éclaté. Beaucoup d'objets de l'appartement ont été projetés dans la rue, des morceaux de chair humaines aussi. Ils sont toujours dans la rue, on peut voit un morceau de la tête, de la peau, des côtes... »

Un autre témoin, Thibault Chaffotte, raconte : J'ai entendu les policiers qui parlaient d'une femme blonde aux cheveux longs. Je crois que c'était la kamikaze. Ils lui ont dit de ne pas baisser les bras, de mettre les mains en l'air et après il y a eu une explosion très forte. Je pense que c'est quand elle a actionné sa bombe. C'était vraiment une explosion très forte. Beaucoup de vitres dans la rue se sont brisées. »
Voici l'enregistrement :


Et d'autres témoignages publiés sur le Daily Mail :
« La femme terroriste a crié avant de détonner sa bombe », raconte un témoin, Yasmine, au MailOnline. « J'ai entendu crier la femme, en arabe. Elle a dit Allah Akbar - Dieu est grand - et ensuite il y a eu un grand boum. » Yasmine, 36 ans, a appelé la police mais on lui a répondu de ne pas s'inquiéter, que c'était une dispute conjugale.
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Un autre témoin a donné au MailOnline la première description complète de la femme qui s'est fait exploser au petit matin :

Mahdi Hadi, 22 ans, raconte qu'il était en train de fumer dans la rue l'après-midi précédent le raid (qui a débuté vers 3h30 du matin) lorsqu'elle est passée devant lui pour aller acheter des plats à emporter au KFC du coin. MailOnline n'a pas pu confirmer ce témoignage de façon indépendante.

« Elle n'était pas jolie. Elle portait une veste en jean, un jean et une écharpe blanche. Elle ne me semblait pas française, peut-être brésilienne. Elle avait des cheveux crépus et ne portait pas de foulard. Elle était de corpulence normale et mesurait environ 1,75m. Elle est passée devant moi et est entrée au KFC, puis est ressortie avec des plats à emporter ; ensuite, elle est rentrée dans l'appartement. Elle était totalement décontractée et détendue, rien ne semblait l'inquiéter. »
Alors, qu'est-ce qu'elle a dit ? « Aidez-moi ! Aidez-moi ! » ou « Allah Akbar » ? Et qu'est-ce qui leur fait croire que c'était un attentat-suicide ? Pourquoi pas une grenade du RAID, ou une bombe actionnée par quelqu'un d'autre dans l'appartement ? Sur l'enregistrement, la femme a l'air nettement bouleversée, et tout comme pour les attentats au Stade de France, cet « attentat-suicide » ne ciblait personne d'autre que le prétendu kamikaze - ça ne ressemble pas à un attentat-suicide typique. Quant à l'homme, comment est-il mort ? Sniper, blessures par balles multiples, grenade, veste-suicide ? S'il est mort de la même manière que la femme, comme le laissent entendre certains comptes-rendus, et s'il a été tué par une grenade, est-il possible que la femme ait été tuée de la même manière ? Ce genre de déclarations contradictoires rappellent également le dénouement des attentats de Toulouse de 2012.

À 6h20, le propriétaire de l'appartement, Javad Bendaoud, et une de ses amies ont été arrêtés. Il venait de déclarer à BFMTV : « Un ami m'a demandé d'héberger deux de ses potes pour quelques jours. On m'a demandé de rendre service, j'ai rendu service, je n'étais pas au courant que c'était des terroristes ». Les deux hommes qui s'étaient supposément barricadés dans l'appartement ont également été arrêtés. On les a retrouvés enfouis sous les décombres de l'appartement dévasté. Un homme blessé a également été arrêté dans la rue. Bizarrement, dans la vidéo montrant l'une des arrestations, la police s'adresse au suspect en anglais :


À 19h09, le procureur de la république de Paris, François Molins, a déclaré que la police ne pouvait toujours pas identifier les corps. L'argument invoqué : les dégâts causés par les explosions et les armes lourdes ont fait s'effondrer le 3e étage, et les corps ont été mutilés au point de les rendre méconnaissables, ce qui nécessite des expertises médicolégales pour les identifier. En dépit de rumeurs (dont un rapport du Washington Post) selon lesquelles les victimes incluaient le supposé « cerveau » belge Abdelhamid Abaaoud et sa cousine Hasna Ait Boulahcen, ce n'est que le lendemain que la police a confirmé ces identifications. Elle a identifié Abaaoud à partir d'échantillons cutanés trouvés sur les lieux et d'empreintes digitales. Son corps était « criblé de balles ».

La raison de cet assaut : sur la base d'un tuyau donné lundi, la police avait placé la cousine d'Abaaoud sous surveillance et identifié l'appartement comme cache susceptible d'être utilisée par Abaaoud. Les premiers rapports affirmaient que l'assaut concernait le 3e attaquant non identifié et le fugitif Salah Abdeslam. On nous dit que Salah et Abaaoud étaient des amis d'enfance. Quand Salah avait été emprisonné pour braquage en 2010, Abaaoud avait été mentionné comme complice.

Les autorités pensaient qu'Abaaoud se trouvait toujours en Syrie. Il avait quitté la Belgique en janvier 2014 et s'était rendu en Syrie via la Turquie ; il avait combattu pour l'ÉI. Il faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international et européen ordonné par la Belgique, ayant été condamné par contumace à 20 ans de prison pour recrutement de terroristes. Il était supposément lié à plusieurs projets d'attentats terroristes en France et en Belgique, et était connu des autorités. Ce n'est que 3 jours après les attentats de Paris que la France a appris « par un service de renseignements intérieur non européen » qu'il avait été aperçu en Grèce. Il est possible qu'il ne soit arrivé en France que trois jours après les attentats. Aucun représentant officiel n'a expliqué comment il s'y est pris au juste pour pénétrer dans l'UE.

Entretemps, la France a voté sa loi sur l'état d'urgence, qui autorise les perquisitions administratives (non judiciaires) de n'importe quel domicile, entre autres mesures. Bruxelles a lancé neuf raids supplémentaires et placé 9 personnes de plus en détention, et le gouvernement belge a introduit « une série de nouvelles mesures de sécurité pour le moins draconiennes ».

MISE À JOUR

Les autorités françaises ont confirmé qu'une troisième personne a été tuée lors de l'assaut à Saint-Denis. Les récits sont contradictoires : s'agissait-il d'un homme ou d'une femme ? :
The Independent: Le bureau du procureur de la république de Paris a affirmé que les restes de la femme avaient été retrouvés à Saint-Denis dans la nuit, pratiquement deux jours après l'assaut des forces armées contre l'immeuble.
The Guardian : Nous avons parlé au bureau du procureur de la république de Paris, qui a déclaré qu'à la suite du raid de Saint-Denis, il avait découvert :
  • Le corps d'Abdelhamid Abaaoud
  • Le corps d'une femme - et le passeport d'Hasna Ait Boulahcen
  • Un troisième corps non identifié, qui d'après les déclarations d'une porte-parole au Guardian, était « en toute probabilité celui d'un homme.
Davantage d'infos sur les allées et venues de Salah Abdeslam, sur le site belge Sudinfo.be :
Un ami présumé des fugitifs affirme qu'Abdeslam se trouvait encore à Molebeek mardi soir, malgré une chasse à l'homme dans toute l'Europe :

« Salah est à Molenbeek. Je l'ai rencontré mardi soir. Il est là, mais plus pour longtemps » aurait déclaré cet ami au site web. Il affirme qu'Abdeslam aurait voulu le rencontrer dans le but de faire passer un message à son frère Mohamed.

« Il m'a dit qu'il avait été trop loin. Il était dépassé par ce qu'il se passait. Mais il ne pouvait pas se rendre. Cela pourrait avoir des conséquences pour sa famille », rapporte cet ami, insinuant apparemment qu'Abdeslam craignait des représailles de l'ÉI contre sa famille.
D'autres questions : Salah et Brahim étaient-ils des musulmans pratiquants ?
D'abord, il y a les frères Abeslam, Brahim et Salah. Les deux hommes tenaient un bar à Bruxelles : Les Béguines, et étaient réputés consommer - en grandes quantités - des substances que le groupe terroriste auto-proclamé ÉI voit typiquement d'un mauvais œil. « Nous sommes encore sous le choc », déclare un résident nommé Youssef à l'Agence-France-Presse. « Ce sont des amis, de gros buveurs, de gros fumeurs, mais pas des radicalisés. »

Non seulement des drogues étaient consommées aux Béguines, mais le bar avait apparemment été fermé par les autorités belges. L'AFP rapporte : « Il y avait une forte odeur de drogue, et de nombreux cendriers, dont certains contenaient des joints partiellement consumés », selon l'arrêté de fermeture administrative, qui précise que bar avait été épinglé pour « consommation de substances hallucinogènes prohibées. »

« Le vendredi (jour de prière pour les musulmans), il restait toujours à fumer sur la terrasse. Je ne l'ai jamais vu à la mosquée », raconte Karim, 27 ans, dont l'appartement est situé juste au-dessus des Béguines. « Ils n'étaient ni pratiquants, ni pieux. Pas de grosse barbe, un jeans et des baskets, et ils buvaient leur (bière) Jupiler comme tout le monde », lance en riant Jamal, éducateur et copain des frères Abdeslam. « Ils avaient la vie de tous les jeunes : ils aimaient le foot, sortaient en boîte, revenaient avec des filles... »