Commentaire : L'idée fausse selon laquelle les hommes seraient naturellement enclins à la violence, à l'agression et à la domination a été implantée dans les esprits par ceux-là mêmes qui dirigent et manipulent l'humanité depuis des lustres, pour justifier leurs propres tendances destructrices et dominatrices : nos amis les psychopathes, prédateurs intraspécifiques de l'humanité. Les données anthropologiques et archéologiques montrent qu'en réalité, le règne de la violence guerrière a commencé avec l'avènement de la « civilisation » telle qu'elle nous est vantée ad nauseam comme « progrès pour l'humanité ». La pierre angulaire de la « civilisation », la sédentarisation, a amené l'agriculture, laquelle a entraîné un accroissement de la population. La concentration de fortes populations dans des villes a amené la promiscuité sexuelle et les maladies - sans parler de possibles mutations génétiques causées par certains événements cosmiques, une densité de population élevée favorisant la prolifération de certains « virus » (comme celui de la psychopathie). La sédentarisation a donné naissance à la notion de territoire et de propriété, et à la nécessité de protéger ces derniers par le biais de la création d'armées. Avec l'accroissement de la population est venue la nécessité pour les hommes d'étendre leurs territoires via des guerres de conquête.

Nous voyons que rien n'a changé depuis 10 000 ans : conquête, domination, violence, agression prédominent. Cela est d'autant plus triste que des articles comme celui de Marylène Pathou-Mathis (voir ci-dessous) et des études comme celles de James DeMeo (voir les liens en fin d'article) nous montrent qu'une autre forme de société est non seulement possible, mais qu'elle a également existé dans le passé. C'est à ce passé idéal que font référence les légendes et mythes de l'Âge d'Or, qui décrivent des sociétés humaines fondées sur la paix, l'empathie, la coopération et la solidarité.


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© Clottes
Grotte Chauvet
Dans Le Monde diplomatique de juillet 2015 (N°62), un article de Marylène Patou-Mathis intitulé "Non, les hommes n'ont pas toujours fait la guerre" a pour but de "déconstruire le mythe d'une préhistoire sauvage et belliqueuse". C'est un article qui s'inscrit donc, selon moi, directement dans la nébuleuse d'Olivier Maurel, pour qui "la nature humaine est bonne".

On apprend dans cet article que l'image de l'homme préhistorique violent et assoifé de guerre n'est qu'une invention tardive... qui remonte au XIXè siècle. Anthropologues et préhistoriens partent du postulat que l'humanité évolue progressivement et unilinéairement pour arriver à cette construction. Au fur et à mesure du temps des fictions ont figé dans nos société une espèce d'archétype de l'homme préhistorique de base: un homme viril vêtu de peau de bête, armé, qui combat des animaux bien plus grands que lui, pour qui les conflits sont omniprésents...etc... Cela me rappelle personnellement mes livres d'histoire (préhistoire...) de l'école primaire. Comme quoi il faut du temps pour construire un mythe et aussi pour le déconstruire.

Au XXè siècle les préhistoriens annoncent que l'homme préhistorique est agressif par nature. Pourtant, dans cet article, solide d'une bibliographie francophone et anglophone abondante, l'auteure tient à démontrer que "Plusieurs études en neurosciences affirment que le comportement violent n'est pas génétiquement déterminé. Même s'il est conditionné par certaines structures cognitives, le milieu familial et le contexte socio-culturel jouent un rôle important dans sa genèse. En outre, de nombeux travaux, tant en sociologie ou en neurosciences qu'en préhistoire, mettent en evidence le fait que l'être humain serait naturellement empathique. C'est l'empathie voire l'altruisme, qui aurait été le catalyseur de l'humanité."

Marylène Patou-Mathis appuie sa démonstration sur l'exemple des handicapés physiques et mentaux qui n'étaient pas tués. C'est l'archéologie qui vient corroborer tout cela en montrant que les hommes de la préhistoire prenaient soin de leurs infirmes et blessés. Toutefois, ici l'auteure ne ferme pas les yeux et tente de trouver une explication (ou plusieurs) au fait que des squelettes portant des signes de violences ont été retrouvés. Après tout, pourquoi conclure forçément à des réglements de compte belliqueux? Dans cet article, la question est posée : mais alors quand apparaît vraiment la violence ??? La réponse de l'auteure est simple: c'est la sédentarisation qui est à mettre en cause avec la naissance de l'économie de production ainsi que le bouleversement des structures sociales. On est donc en pleine période du néolithique, il y a 10 000 ans.

Pour résumé je vous note ici le dernier paragraphe :
Ainsi, la "sauvagerie" des préhistoriques ne serait qu'un mythe forgé au cours de la seconde moitié du XIXè siècle pour renforcer le concept de "civilisation" et le discours sur les progrès accomplis depuis les origines. A la vision misérabiliste des "aubes cruelles" succède aujourd'hui - en particulier avec le développement du relativisme culturel - celle, tout aussi mythique, d'un "âge d'or". La réalité de la vie de nos ancêtres se situe probablement quelque part entre les deux. Comme les montrent les données archéologiques, la compassion et l'entraide, plus que la compétition et l'agressivité, ont probablement été des facteurs-clés dans la réussité évolutive de notre espèce.
On a donc ici un article à lire puisqu'il déconstruit un mythe profondément ancré, qu'il redonne espoir sur la nature humaine, tout en peignant un tableau non idéalisé non plus. Bonne lecture si vous décidez de le lire !

PS : L'auteure, Marylène Patou-Mathis, est directrice de recherche au CNRS, département préhistoire du Muséum national d'histoire naturelle (Paris).