Commentaire : Que voilà un beau ballet d'hypocrisie interprété par la vertueuse communauté internationale qui sait toujours, et pour tout le monde, quand, comment et pourquoi s'indigner. Parmi les « voix de la raison » qui s'élèvent contre le programme coréen, on trouve bien sûr ceux qui ont dans leurs silos de quoi anéantir plusieurs fois toute vie sur notre terre. Ceux qui ont fait des essais, par centaines, dans l'atmosphère, sous terre, dans la mer, depuis 70 ans. On trouve ceux qui ont fait des expériences criminelles sur les populations, ceux qui massacrent et déclenchent des guerres partout dans le monde, ceux qui créent des entités terroristes pour s'en servir à des fins de conquête et de domination.

Criminel psychopathe le Kim Jong-un ? C'est possible, tout autant que ceux qui le stigmatisent.


essai nucléaire coreen
© Ahn Young-joon/AP/SIPAA 10h30 mercredi matin, les sismographes ont enregistré une secousse “artificielle” d’une magnitude de 5,1 sur l’échelle de Richter dont l’épicentre est situé à 80 km de la ville nord-coréenne de Chongjin
Pyongyang affirme qu'il a testé avec succès ce mercredi matin une bombe à hydrogène. Les grandes capitales sont ulcérées. Les spécialistes doutent.

Les sismographes ont été les premiers à signaler un séisme suspect. A 10h30, ils ont enregistré une secousse "artificielle" d'une magnitude de 5,1 sur l'échelle de Richter dont l'épicentre est situé à 80 km de la ville nord-coréenne de Chongjin, soit non loin du site militaire stratégique de Punggye-ri, où l'armée de Pyongyang avait effectué en 2013 son dernier essai nucléaire. Réunissant immédiatement des conseils d'urgence, les capitales de la région ont, quelques minutes plus tard, eu la confirmation par la télévision d'État nord-coréenne (KCTV) que le régime stalinien venait effectivement de tester, en sous-terrain, l'explosion d'un nouvel engin thermonucléaire, malgré les mises en garde répétées de la totalité des grands acteurs de la communauté internationale. "Le test de la première arme thermonucléaire à l'hydrogène de la République populaire démocratique de Corée a été conduite avec succès ce matin", a affirmé dans un bulletin exceptionnel la présentatrice de la KCTV.

Pour justifier ce premier essai d'une bombe H, l'exécutif nord-coréen a évoqué son droit de se défendre contre "les forces hostiles réunies par les États-Unis" et les "accusations calomnieuses" sur les droits de l'homme en Corée du Nord. "Il est juste de disposer de la bombe H contre les nombreuses et gigantesques armes nucléaires dont disposent les États-Unis", a martelé la présentatrice vedette de la chaîne qui scandait un communiqué officiel.

Nouvelle crise diplomatique grave

Cette explosion va automatiquement ouvrir une nouvelle crise diplomatique grave dans la région et accentué encore l'isolement de la dictature nord-coréenne qui ne peut actuellement compter que sur un soutien économique limité de la Chine pour maintenir à flot son autorité. Réagissant immédiatement à l'annonce nord-coréenne, Séoul a condamné "avec force" à l'explosion nord-coréenne et demandé à ses militaires de se montrer vigilants. Le gouvernement a promis de saisir le conseil de sécurité des Nations Unies pour activer rapidement de nouvelles sanctions contre Pyongyang. A Tokyo, le Premier ministre Shinzo Abe qui présente régulièrement le régime nord-coréen comme l'une des menaces les plus sérieuses pour la sécurité de l'Archipel s'est emporté contre "un acte dangereux" et "intolérable", avant de demander à son tour une "réponse ferme" de la communauté internationale. Des condamnations similaires étaient attendues en provenance des États-Unis et des capitales européennes.

Étudiant les premières données sismologiques, les spécialistes du nucléaire ont toutefois assez vite exprimé leurs doutes sur les prétentions nord-coréennes et mis en doute "le succès" proclamé de l'expérience. "Je ne pense pas que la Corée du Nord a fait exploser une vraie bombe H", a expliqué sur son compte Twitter l'analyste Joe Cirincione, suggérant plutôt le test d'un engin d'une capacité bien inférieure.



Partageant ces doutes, le chercheur Stephen Schwartz, l'auteur d'"Atomic Audit", a lui rappelé que Pyongyang avait récemment menti sur plusieurs de ses développements technologiques militaires. Les experts avaient déjà émis des réserves lorsque Kim Jong-un avait proclamé, par surprise, en décembre dernier que son pays disposait de ce type de bombe, constituée de deux étages et potentiellement plus dévastatrices que les bombes atomiques traditionnelles. « Technologiquement, il est difficile de dire si la Corée du Nord détient la bombe H, mais il est plus probable qu'elle soit en train de la développer», avait alors indiqué Lee Choon-geun, le chef des chercheurs de l'Institut sur les politiques scientifiques et technologiques (STEPI) de Corée du Sud.

Les Chinois exaspérés

Quelle que soit la nature du tir de ce mercredi matin, l'opération va ulcérer le pouvoir chinois qui va se retrouver, une nouvelle fois, pris à partie par les grandes capitales qui lui demandent depuis les années 2000 d'enfin user de son influence pour mater les provocations du clan des Kim au pouvoir à Pyongyang, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Agacé par les provocations verbales et militaires de Kim Jong-un, qui avait pris la tête du pouvoir après le décès de son père Kim Jong-il en décembre 2011, Xi Jinping, le président chinois, a jusqu'ici évité toute rencontre avec son "homologue" nord-coréen et ainsi rompu avec les pratiques de ses successeurs qui s'imposaient traditionnellement un détour par Pyongyang au début de leur mandat.

Selon les analystes, cette exaspération du pouvoir chinois confirme que Pékin n'a, en réalité, plus grande influence sur son petit voisin communiste qui évolue désormais selon sa propre logique de survie. Depuis le début des années 2000, le clan des Kim, dont l'Occident moque régulièrement l'irrationalité, a enclenché une mécanique extrêmement bien réglée où il alterne de longues séquences de bravades avant de mettre en scène de plus courte phase d'apaisement.

En période d'ouverture, le régime obtient ainsi de petites concessions de ses interlocuteurs chinois, sud-coréens ou russes avant de couper les ponts en procédant à des essais d'armes atomiques (2006, 2009, 2013), des tirs de missiles balistiques ou en relançant son programme nucléaire. Les condamnations internationales pleuvent. Quelques sanctions peu efficaces sont décidées. Puis, Pyongyang propose une trêve et un nouveau cycle est enclenché par l'exécutif nord-coréen qui solidifie ainsi en permanence sa mainmise sur le pays, convaincu que la Chine n'osera jamais l'abandonner. Le pouvoir nord-coréen ayant intégré depuis des années que Pékin ne tolérerait pas un effondrement économique et politique de sa dictature car il pourrait laisser place à une réunification avec la Corée du Sud, où sont stationnées des milliers de soldats américains.