Au 20e jour d'une crise qui bascule dans la guerre civile, les forces de Mouammar Kadhafi poursuivent leur contre-attaque en vue de regagner les territoires aux mains des insurgés et affirment avoir repris plusieurs villes, ce que contestent les rebelles.
La télévision d'État Al-Jamahiryia a affirmé que les forces fidèles au colonel Kadhafi se dirigeaient dimanche vers Benghazi, deuxième ville du pays et bastion de l'opposition. Le régime aurait auparavant repris le contrôle de la ville pétrolière de Ras Lanouf, de Tobrouk, dans l'est, et de Misrata, dans l'ouest, selon la version du régime. La chaîne a diffusé des images de manifestations de joie sur la place Verte dans la capitale Tripoli, dans la ville natale du dirigeant, Syrte, ainsi qu'à Sebha, dans le sud du pays.
Les insurgés ont immédiatement démenti la reprise de ces trois villes. Selon des journalistes de l'Agence France-Presse (AFP) sur place et des opposants, Ras Lanouf était ainsi toujours contrôlée dimanche par les insurgés.
Un camp et un barrage érigés par les rebelles dans cette ville ont cependant été les cibles de deux raids des forces pro-Kadhafi qui n'ont pas fait de blessés, selon les premières informations.
Retrait des insurgés de Ben JawadEn revanche, l'opposition a affirmé avoir été contrainte de se retirer de Ben Jawad après des combats avec les forces pro-régime et entend faire de Ras Lanouf sa « ligne de défense ».
La ville, une centaine de kilomètres à l'est de Syrte, était le point le plus à l'ouest à avoir été atteint par les insurgés. Au moins deux personnes y ont été tuées et une trentaine blessées dans les affrontements de dimanche, selon un médecin.
Les opposants ont également nié la reprise de Tobrouk par le régime. « Ce n'est pas vrai. La région allant d'Ajdabiya à la frontière égyptienne est sous notre contrôle », a affirmé un membre du conseil des insurgés à Tobrouk joint par l'AFP.
En outre, des forces fidèles au colonel Kadhafi menaient une offensive massive à Misourata, à 150 km à l'est de Tripoli. Des chars ont tiré des obus dans le centre de la ville, selon ce qu'a affirmé un résident à l'AFP.
Manifestation de « victoire » de KadhafiPendant ce temps, à Tripoli, le régime a organisé une démonstration de soutien à Mouammar Kadhafi pour clamer sa « victoire ». Soldat, policiers et miliciens y faisaient entendre des « tirs de joie ». « Nous sommes en train de battre Al-Qaïda. Nous avons gagné, Al-Qaïda est parti », a affirmé un soldat. Des milliers de manifestants pro-Kadhafi étaient rassemblés sur la place Verte, dans le centre de la capitale.
Samedi, les rebelles ont essuyé une contre-offensive à l'artillerie lourde à Zaouia. Le « massacre » a fait au moins sept morts et une dizaine de blessés, selon une source médicale.
Par ailleurs, la France a « salué la création du Conseil national mis en place par les représentants de l'insurrection » et a « apporté son soutien aux principes qui l'animent et aux objectifs qu'il s'assigne ».
Dans une interview à l'hebdomadaire français Journal du Dimanche, le colonel Kadhafi s'est déclaré favorable à l'envoi d'une commission d'enquête « des Nations unies ou de l'Union africaine » pour évaluer la situation.
Il a également brandi les spectres de l'immigration massive en Europe et d'Al-Qaïda. « Des milliers de gens iraient envahir l'Europe depuis la Libye », a-t-il dit. « Oussama ben Laden viendra s'installer en Afrique du Nord [...] Vous aurez Ben Laden à vos portes », a-t-il ajouté.
Jusqu'à maintenant, plus de 190 000 personnes ont fui les violences et environ 10 000 personnes déplacées sont en route vers la frontière égyptienne, selon les Nations unies.
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