La démission du conseiller américain à la sécurité nationale, le général Michael Flynn, est encore une manifestation de la guerre des services au sein du gouvernement américain, estime l'écrivain politique, Diana Johnstone.

Flynn
© Reuters / Carlos Barria
Le général Flynn
RT France : Les raisons évoquées pour la démission du général Michael Flynn seraient des conversations «inappropriées» avec l'ambassadeur de Russie aux Etats-Unis. Sont-elles la vraie raison de ce départ ou le général cède-t-il à la pression médiatique ?

Diana Johnstone (D. J.) : Je trouve l'attitude du général Flynn très inquiétante en ce qui concerne l'Iran. Pourtant, je trouve le prétexte de sa démission tout aussi inquiétant. Déjà nommé au poste de conseiller à la sécurité nationale par le president Trump, Michael Flynn, au mois de décembre, aurait eu une conversation téléphonique plutôt amicale avec l'ambassadeur de Russie à Washington.
Pour criminaliser ce geste, on cite une loi extrêmement partisane adoptée en 1799 par les ennemis de Thomas Jefferson pour nuire à un brave pacifiste, le Dr. George Logan, qui cherchait à promouvoir la paix avec la France en parlant avec Talleyrand à Paris.
Cette loi n'a jamais été appliquée, mais le fait qu'on la déterre actuellement, dans un climat d'hostilité envers un certain nombre de pays, notamment la Russie, paraît indicatif de l'atmosphère belliciste qui règne à Washington. On accuse donc le général Flynn de calmer le jeu avec Moscou... Quel crime !
« Les ennemis politiques de Donald Trump, qui restent très puissants dans les médias et les institutions, cherchent par tous les moyens à construire contre lui une accusation qui puisse servir à lancer une procédure d'«impeachment »
RT France : Pensez-vous que l'argument des « liens avec la Russie » sera utilisé à l'avenir pour faire partir d'autres membres de l'équipe de Donald Trump ?

D.J. : Il est évident que les ennemis politiques de Trump, qui restent très puissants dans les médias et les institutions, cherchent par tous les moyens à construire contre lui une accusation qui puisse servir à entamer une procédure d'« impeachment », un procès mené par le Congrès en vue de destituer le président. A peine élu, Donald Trump fait déjà l'objet d'une campagne cherchant tous les prétextes utilisables dans ce sens. Depuis la campagne d'Hillary Clinton, la bonne disposition supposée de Donald Trump envers la Russie et Poutine est utilisée pour le discréditer et l'affaiblir. Cela ne fait que s'intensifier. Je suppose que cette situation peut inspirer une prudence exagérée, qui a incité l'administration à sacrifier Michael Flynn aussi rapidement, malgré la nature anodine de sa transgression.

Le fait que le FBI, qui enregistre tout, aurait dévoilé cette conversation supposée interdite en dit long sur la guerre des services au sein du gouvernement américain.

Encore plus sinistre, ce serait le vice-président Mike Pence qui aurait dénoncé l'égarement du général Flynn qui ne lui aurait pas raconté tous les détails de cette conversation illicite. Si Donald Trump devait être destitué, c'est Mike Pence qui le remplacerait, et tout rentrerait dans l'ordre... L'ordre de la politique bipartisane hégémonique antirusse, représentée par la candidate perdante, Hillary Clinton.

RT France : Quelles seront les conséquences sur la politique du président après le départ du général Flynn, partisan d'une ligne dure contre contre l'Iran ?

D.J. : Je n'oserai pas le prédire. On peut imaginer que la question iranienne ait contribué à la disgrâce de Michael Flynn, qui a fait preuve de fanatisme contre l'Iran. Mais il n'est pas le seul. Washington en est rempli, y compris dans l'entourage de Donald Trump.
Diana Johnstone est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la politique américaine dont notamment Hillary Clinton : La Reine du Chaos et La Croisade des fous : Yougoslavie, première guerre de la mondialisation.