Donald Trump, accordant un soutien militaire croissant à l'Arabie saoudite, risque de provoquer une escalade des tensions au Moyen-Orient. Le journaliste Finian Cunningham évoque les potentiels dévéloppements à venir dans la région.

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Le Corps des Gardines de la révolution islamique islamique
L'Iran a accusé l'Arabie saoudite et par extension les Etats-Unis d'être impliqués dans les attentats meurtriers qui ont frappé au cœur de la capitale iranienne. Désormais, Téhéran menaçant de se venger, le Moyen-Orient est au bord d'une guerre totale.

Véritable poudrière, le Moyen-Orient est déjà au bord de l'explosion à cause de ses longues guerres par procuration dans nombre de pays, guerres qui se manifestent désormais en prenant la forme d'une crise entre l'Arabie saoudite et le Qatar. Ce dernier est accusé de ne pas faire assez d'allégeance aux dirigeants saoudiens et d'entretenir des relations d'amitié « déloyales » avec l'Iran.

L'attentat à la bombe et l'attaque armée qui ont fait 17 morts ont été un vrai choc. Une véritable frappe au cœur même de la République islamique. La fusillade au Parlement et l'attentat au mausolée d'Ayatollah Ruhollah Khomeini, le fondateur de la République islamique d'Iran, ont été perpétrés par des groupes kamikazes et revendiqués par l'Etat islamique.

Quelques jours plus tôt, l'ayatollah Ali Khamenei, l'actuel guide suprême de l'Iran, s'était rendu au mausolée pour commémorer le 28ème anniversaire de la mort du père fondateur de l'Iran moderne. L'attentat du mausolée est une frappe audacieuse contre le fondement même de la République Islamique.

Les services de renseignement ont accusé les Etats-Unis aussi bien que l'Arabie saoudite d'être « impliqués ». Le Corps des Gardiens de la révolution islamique - le corps militaire d'élite de l'Iran - a juré vengeance. L'Arabie saoudite nie son implication.

La réaction du président américain Donald Trump a immédiatement provoqué la colère de l'Iran. Au lieu de condamner les attentats, Donald Trump a laissé entendre que ces atrocités servaient de leçon à l'Iran pour avoir parrainé le terrorisme dans la région. Mohammed Javad Zarif, ministre iranien des affaires étrangères, a qualifié les paroles de Donald Trump de « répugnantes ».
Alors que d'autres pays, dont la Russie et la France, ont condamné sans équivoque le carnage de Téhéran, promettant d'apporter une réponse commune pour combattre le terrorisme, la réaction ambiguë de l'administration de Trump et de l'Arabie saoudite a alimenté la colère de l'Iran et sa conviction que tous deux ont joué un rôle dans ce complot meurtrier.
Le mois dernier, Mohammed ben Salmane Al Saoud, vice-prince héritier d'Arabie saoudite, considéré de fait comme le dirigeant du royaume à la place de son père malade, le roi Salmane, a proféré des menaces extraordinaires envers l'Iran. Dans un entretien télévisé accordé à une chaine nationale, l'héritier saoudien a prévenu que son pays « porterait le combat » sur le territoire de l'Iran.

Mohammed ben Salmane, qui est aussi le ministre de la Défense, a répété des accusations de longue date selon lesquelles l'Iran essayerait de déstabiliser l'Arabie saoudite et ses voisins sunnites. L'Iran a systématiquement nié ces accusations.

« Nous savons que nous sommes l'objectif principal pour le régime iranien », a-t-il indiqué. « Nous n'attendrons pas que la bataille arrive en Arabie saoudite, mais ferons en sorte que des combats aient lieu en Iran plutôt qu'en Arabie saoudite. »

Le prince saoudien n'a pas caché la haine de la Maison des Saoud envers l'Iran chiite, considéré par les wahhabites saoudiens qui pratiquent un sunnisme extrêmiste comme un ennemi hérétique. Selon lui, son pays « ne parlera jamais à l'Iran ».

L'Iran a répondu furieusement. Hossein Dehghan, ministre iranien de la Défense a riposté, disant que si l'Arabie saoudite devait faire quelque chose de « stupide », l'Iran régirait en « ne laissant intact aucun recoin d'Arabie saoudite à l'exception de la Mecque et de Médine » - deux lieux saints de l'Islam.

Gholamali Khoshroo, représentant permanant de l'Iran aux Nations unies a officiellement protesté auprès du Conseil de sécurité contre ce qu'il a qualifié de « menace explicite » de la part de l'Arabie saoudite.

L'attentat à Téhéran est considéré par l'Iran comme l'exécution de cette « menace explicite » saoudienne de porter le combat au cœur de la République islamique.

Il semble évident que l'attentat a été perpétré par Daesh. En plus d'avoir revendiqué les attentats sur le site web de son agence de propagande, Amaq, et diffusé les vidéos de ces attentats, le groupe terroriste avait récemment appelé à mener des opérations en Iran. L'attentat meurtrier de Téhéran est la première opération de ce type organisée par Daesh en Iran. Toutefois, d'autres groupes militants liés aux wahhabites mènent depuis longtemps une politique de terreur dans des régions éloignées d'Iran.

En avril, dix gardes-frontières iraniens ont été tués par des militants liés au groupe Joundallah, dans le sud-est du pays, près de l'Afghanistan et du Pakistan. L'Iran avait déjà accusé l'Arabie saoudite de « complicité » dans cet attentat. Joundallah et d'autres groupes terroristes anti-gouvernementaux, tels qu'Ansar al Furqan, sont soupçonnés d'être financés par l'Arabie saoudite.

Téhéran avait considéré les assassinats d'au moins quatre scientifiques nucléaires iraniens comme commis par un autre groupe terroriste - le MeK - lié à la CIA.

Malgré les démentis officiels de Riyad, nombre de preuves montrent que l'Arabie saoudite est le parrain clé des réseaux terroristes wahhabites, y compris Daesh et une myriade de ses branches. Ces réseaux ont joué un rôle essentiel dans le changement de régime en Syrie, clandestinement organisé par la CIA et ses alliés régionaux.


Le président Trump s'est montré imprudemment favorable aux régimes du Golfe loyaux à l'Arabie saoudite lors de sa tournée régionale pendant laquelle il a signé des contrats records de vente d'armements (jusqu'à 350 milliards de dollars). Pendant sa première visite à l'étranger en tant que président, Donald Trump a été reçu honorablement en Arabie saoudite, sa première escale. Il s'est servi de cette visite historique pour mobiliser l'Arabie saoudite et ses alliés contre l'Iran, «le premier parrain du terrorisme».

Les faveurs déplacées de Donald Trump envers les dirigeants saoudiens sont plutôt insensées qu'ironiques.

Le président américain partage ouvertement cette obsession saoudienne de représenter l'Iran comme « le mal ». Lors de sa campagne électorale, Donald Trump a promis de rompre l'accord sur le nucléaire iranien approuvé par l'ONU - accord négocié par son prédécesseur Barack Obama et cinq autres puissances mondiales : la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne.

L'administration de Trump et le Congrès américain avaient attisé leur rhétorique hostile envers l'Iran dès l'investiture du nouveau président en janvier. Récemment, Donald Trump a nommé un intransigeant ancien agent de la CIA, Michael D'Andrea, à la tête des opérations offensives clandestines contre l'Iran.

Avec un contexte de soutien militaire croissant accordé par Donald Trump à l'Arabie saoudite et sa manière d'attiser la rhétorique anti-iranienne, main dans la main avec Riyad, les attentats à Téhéran constituent une énième imprudente incitation.

Cette crise diplomatique entre le Qatar et les autres Etats du Golfe, Arabie saoudite en tête, est liée à tout ce qui précède : formellement alignée sur l'Arabie saoudite, cette monarchie sunnite a fait preuve d'ambivalence face à l'initiative de Donald Trump et de la Maison des Saoud d'intensifier l'hostilité dirigée contre l'Iran.


L'Emir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, a fait un geste « impardonnable » en félicitant le président iranien Hassan Rohani à l'occasion de sa réélection le mois passé, au moment même où Donald Trump, en visite à Riyad, battait le tambour anti-iranien.

Les dirigeants saoudiens considèrent que le Qatar est « trop doux » envers l'Iran - leur ennemi juré chiite. N'ont pas tardé à fuser les absurdes accusations portées cette semaine par l'Arabie saoudite, selon lesquelles le Qatar, Etat sunnite, complote avec l'Iran, Etat chiite, afin de déstabiliser la région.

La veille de l'attentat à Téhéran, Sigmar Gabriel, ministre allemand des Affaires étrangères, a accusé la «Trumpisation» (en particulier les importantes livraisons d'armes dans cette région par le président américain), de provoquer une escalade des tensions. Mais désormais, avec du sang dans les rues de la capitale iranienne, les actions de Donald Trump engendrent bien plus que des tensions. Elles engendrent une guerre totale.

«La main» des Saoudiens et des Etats-Unis dans les attentats de Téhéran pousse à une guerre totale

14 juin 2017

Handout / IRANIAN PRESIDENCY Source: AFPLe président Hassan Rouhani participe aux funerailles après les attentats à Téhéran

Donald Trump, accordant un soutien militaire croissant à l'Arabie saoudite, risque de provoquer une escalade des tensions au Moyen-Orient. Le journaliste Finian Cunningham évoque les potentiels dévéloppements à venir dans la région.
Finian Cunningham a beaucoup écrit sur les relations internationales. Ses articles ont été publiés en plusieurs langues. Originaire de Belfast, en Irlande du Nord, il est titulaire d'un Master en chimie agricole et a travaillé en tant que rédacteur scientifique pour la Royal Society of Chemistry, à Cambridge, en Angleterre, avant de poursuivre une carrière en tant que journaliste de presse écrite. Depuis plus de 20 ans, il travaille en tant que rédacteur et écrivain dans les principaux médias britanniques et irlandais, dont The Mirror, The Irish Times et The Independent. Journaliste freelance basé en Afrique de l'Est, ses chroniques sont publiées par RT, Sputnik, Strategic Culture Foundation et Press TV.