Au cours de ces nombreuses interventions publiques, la ministre de la Santé ne cesse d'utiliser les décès liés à la rougeole et aux méningites pour justifier 11 vaccins obligatoires. La ministre se trompe et désinforme. Elle se trompe sur les chiffres de la couverture vaccinale, et désinforme sur l'incidence des méningites visée par le vaccin recommandé. Voici une juste mise au point, pour éclairer un peu la lanterne de Mme Buzyn.

Aurons-nous 11 vaccins obligatoires en France ?

Après l'annonce de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, de réfléchir à rendre 11 vaccins obligatoires chez le nourrisson, les réactions n'ont pas tardé. Plusieurs pétitions sont d'ores et déjà en ligne pour tenter de faire changer d'avis la ministre (sur Change.org et l'Institut pour la protection de la santé naturelle), agrémentées par de nombreux articles et analyses(1), aussi bien pour ou contre l'éventuelle réforme.

Si Agnès Buzyn s'est déjà fait tacler sur sa proximité gênante avec l'industrie pharmaceutique, notamment à cause de son activité de conseillère pour deux industriels produisant des vaccins, la ministre n'a encore jamais été reprise sur les nombreuses erreurs et sur la désinformation dans son entretien avec le journal Le Parisien.

La ministre de la Santé utilise deux maladies, la rougeole et les méningites, en tant qu'épouvantails pour justifier l'obligation vaccinale contre 11 maladies. Au cours de son entretien avec Le Parisien, Mme Buzyn déclare que la rougeole réapparaît en France, et que « cela pose un vrai problème de santé publique », expliquant qu'il « n'est pas tolérable que des enfants en meurent : dix sont décédés depuis 2008« .

Selon Mme Buzyn, c'est bien le statut seulement recommandé du vaccin qui entraîne une couverture vaccinale insuffisante, estimée par la ministre à « 75 %« , alors qu'elle devrait être de « 95 %« . Mme Buzyn utilise ensuite son deuxième épouvantail, les méningites, et martèle une fois de plus qu'il « n'est pas supportable qu'un ado de 15 ans puisse en mourir parce qu'il n'est pas vacciné. »

Dans la suite de l'entretien, la ministre de la Santé évoque également l'idée de rendre obligatoire le très controversé vaccin contre la grippe pour les professionnels de santé : elle « ne comprend pas ceux qui ne s'immunisent pas« , car ils feraient « courir un risque à leurs patients ».

Décès liés à la rougeole : vraiment dix enfants ?

En très peu de temps, la ministre aura été capable d'inventer et de déformer des faits publics concernant la rougeole et les décès arrivés en France. Explications.

En recoupant des dizaines et des dizaines d'articles de la presse et des bulletins épidémiologiques de l'Institut de veille sanitaire (InVS), il est aujourd'hui impossible de savoir si ce sont bien 10 enfants (moins de 6 ans) qui sont morts de la rougeole depuis 2008.

En réalité il est uniquement possible d'affirmer qu'un adulte de 30 ans et qu'une jeune fille de 12 ans en sont morts. Pour les 8 décès restants, les seules informations disponibles nous indiquent qu'ils avaient moins de 30 ans.

La ministre de la Santé oublie également de mentionner qu'il n'y a eu aucun décès en France de la rougeole en 2012 (859 cas), en 2013 (259 cas), en 2014 (267 cas), en 2015 (364 cas) et en 2016 (79 cas) selon les bulletins épidémiologiques de l'InVS(2).

On peut donc se demander quelle est la stratégie de la ministre ? Jouer sur l'émotionnel et l'affect ? Toucher la corde sensible, les enfants, pour faire une accepter une mesure qu'il serait difficile à défendre avec de la science et de l'objectivité ?

Couverture vaccinale et rougeole : erreurs et omissions

Selon le calendrier vaccinal, le vaccin contre la rougeole (ROR) est recommandé à l'âge de 12 mois avec une seconde dose entre 16 et 18 mois. La ministre de la Santé estime, sans aucune précision, que la couverture vaccinale est de 75 %. Une couverture vaccinale mise en cause dans les flambées épidémiques depuis 2008.

© InVS
Mais en plus d'être inexact, ce chiffre est incroyablement flou. La ministre nous parle de la première dose à 12 mois ou bien de la seconde ? Clarifions.

D'après l'InVS, la couverture vaccinale en 2015 pour les enfants âgés de 2 ans est de 90,5 % et 78,8 % pour la 1ère et la 2ème dose. Mais plus intéressant encore, selon une grande enquête de santé de l'InVS réalisée auprès des élèves de grande section de maternelle (entre 5 et 6 ans) sur la période 2012-2013, la couverture vaccinale est de 96,4 % pour la première dose, et de 83,2 % pour la seconde dose.

© InVS
Enfin, les données épidémiologiques de l'institut nous rappellent que la couverture vaccinale des enfants de 11 ans pour la période 2014-2015 a été estimée à 97,7 % et 93,2 % pour la première et la seconde dose.

Des chiffres très optimistes qui ne cessent d'augmenter depuis 2010, bien au-delà des affirmations tronquées de la ministre.

Méningite : quand la ministre mélange absolument tout

Alors que la ministre hisse en porte-étendard le regrettable décès d'un adolescent de 15 ans par une méningite, elle se passe d'informer loyalement et correctement toute la population française et les professionnels qui l'écoute sur :

- le type de méningite incriminé (il en existe 13 sérotypes différents);
- l'intérêt limité du seul vaccin recommandé (contre les méningites à méningocoques de type C);
- et l'incidence très faible des infections invasives à méningocoques en France.

Ainsi, le vaccin recommandé, et qui pourrait être rendu obligatoire, n'est en réalité efficace que contre 25 à 30 % de toutes les infections invasives à méningocoques: celle de type C.

La majorité des infections à méningocoques ne sont donc pas couvertes par le vaccin recommandé.

Des infections invasives causées par la bactérie Neisseria meningitidis et qui sont surtout extrêmement rares en France selon les dernières données épidémiologiques de l'Institut de veille sanitaire (InVS). En 2015, l'incidence des infections invasives à méningocoques de type C était inférieure à 0,2 pour 100 000 habitants en France, l'une des plus faibles de France et d'Europe. Une incidence sans commune mesure avec celle des infections invasives à pneumocoques de 6,8 pour 100 000 en 2015.

© InVS
Chez l'enfant de moins de 1 an, non couvert par le vaccin qui est recommandé à partir d'un an, on observe en France une incidence des méningites à méningocoques C faibles, de 0,92 pour 100 000 habitants en 2009 ou encore de 2,3 pour 100 000 habitants en 2014 avec 19 cas.

Une efficacité qui décroît fortement avec le temps

En plus de ne vous protéger que contre 30 % des infections invasives à méningocoques au maximum, la ministre de la Santé oublie maladroitement de préciser que l'efficacité des vaccins méningococciques conjugués Méningitec, Neisvac et Menjugatekit décroît fortement durant l'enfance.

Une étude publiée en 2010 sur 250 enfants britanniques âgés de 6 à 12 ans, et vaccinés selon le calendrier, indiquait que 75 % des enfants suivis n'avaient plus d'anticorps protecteurs. De la même manière, une étude publiée en 2015 sur 240 adolescents australiens de 11 à 16 ans vaccinés selon le calendrier montrait que seulement 44 % d'entre eux conservaient des anticorps protecteurs.

Vers des obligations de soins justifiées, uniquement

Manifestement, les décès liés aux infections invasives à méningocoques sont toujours regrettables, mais rares. L'incidence des infections invasives à méningocoques C inférieure à 0,2 pour 100 000 habitants démontre une situation sanitaire extrêmement favorable, qui n'invite à aucun moment de recourir à l'obligation vaccinale. Sauf si des motivations idéologiques ou dogmatiques existent, ou bien des intérêts obscurs qui échappent à la raison.

En ce qui concerne la rougeole, la question est très délicate. Clairement, la ministre a déformé les faits concernant cette maladie, démontrant le peu d'intérêt qu'elle manifeste pour s'emparer pleinement et objectivement de cet épineux sujet. Car des questions importantes sont aujourd'hui sans réponse...

Quel était l'état de santé des personnes décédées de la rougeole ? Présentaient-ils un terrain favorable aux complications ? Malnutrition ou immunodépression congénitale ou acquise ? Enfin, ces personnes étaient-elles en règle avec le calendrier vaccinal ?

Quoi qu'il en soit, si la ministre de la Santé estime d'une manière unilatérale que la rougeole est un problème majeur de santé publique, et c'est bien ce qu'elle plaide à longueur de temps, alors seulement le vaccin ROR devrait être visé par l'obligation vaccinale.

Pourquoi tout mélanger ? On se moque éperdument de l'impact positif d'une telle réforme sur le chiffre d'affaires de l'industrie pharmaceutique, ce qui est importe, c'est de justifier en toute transparence une obligation de soin qui peut faire planer des risques déraisonnés pour une grande partie de la population.

PS: en ce qui concerne les déclarations de la ministre au sujet du vaccin contre la grippe, et de son désir de le rendre obligatoire pour tous les professionnels de santé, je l'invite URGEMMENT à lire ici l'inefficacité d'une telle mesure. Allez madame la ministre, un petit effort s'il vous plait, sinon on va vraiment finir pas croire que vous êtes la nouvelle « mère noël » de l'industrie pharmaceutique !
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Références

1. Voir l'impressionnante analyse du docteur Claudina Michal-Teitelbaum sur le site du « Docteurdu16 » : http://docteurdu16.blogspot.fr/2017/06/cmt-conclusion-est-il-legitime-de.html

2. Pour rappel, il y a eu en France 604 cas de rougeole en 2008 (1 décès), 1 547 cas en 2009 (1 décès), 5 064 cas en 2010 (2 décès), et 14 966 cas en 2011 (6 décès)