« Les choses sont claires. Pour limiter l'élévation des températures à 2° C par rapport à 2000, il nous faut diviser nos émissions de gaz à effet de serre par 3 d'ici 2050 », affirmait Jean Jouzel, conseiller spécial de Jean-Louis Borloo pour le climat, dans le numéro de mai 2009 du mensuel Terra-Eco. Cependant, à en croire les dernières déclarations de Mojib Latif, spécialiste en modélisation océano-climatique à l'Institut Leibniz des sciences marines de l'Université de Kiel (Allemagne), les choses ne sont peut-être pas aussi évidentes.

Un constat qui dérange

Lors de la troisième Conférence mondiale sur le climat qui s'est tenue à Genève du 31 août au 4 septembre 2009, ce très distingué membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) a en effet confirmé l'hypothèse selon laquelle nous pourrions être sur le point d'aborder une période de refroidissement de dix à vingt années. Selon certaines données cycliques, elle pourrait même durer trente ans, c'est-à-dire jusque vers 2040. Pourtant, Mojib Latif n'est pas un « climat sceptique ». Seulement, il estime « indispensable de se poser les questions embarrassantes, sinon d'autres le feront à notre place ». Car les faits sont là : l'augmentation de la température moyenne du globe de 0,2 ° C par décennie, observée entre 1970 et 2000, ne s'est pas poursuivie depuis.

Ce constat dérange d'autant plus que de nombreux « climats sceptiques » ne manquent pas de le souligner régulièrement. Maintenant que l'on observe une stagnation de la moyenne des températures, « l'évidence » du réchauffement, dont l'homme serait le responsable, s'évapore. Dès avril 2009, David Easterling, du National Climatic Data Center, a tenté de répondre à ce « paradoxe ». Dans un document intitulé Le climat se réchauffe-t-il ou se refroidit-il [1] ?, il explique que « la réalité même du système climatique, en raison de sa variabilité naturelle, fait qu'il est parfaitement possible d'avoir une période de refroidissement aussi longue qu'une ou deux décennies, superposée à la tendance à long terme de réchauffement due au forçage anthropique des gaz à effet de serre ». Mais « les scientifiques du climat portent peu d'attention à ces fluctuations à court terme », se voit-il contraint d'affirmer.

Les variations cycliques des courants océaniques

En réalité, Mojib Latif est loin d'être le seul à admettre qu'une oscillation naturelle des températures pourrait largement compenser l'effet anthropogénique. En juin 2009, le Pr Lev Karine, recteur de l'Université d'hydrométéorologie de Saint-Pétersbourg, a estimé que « le réchauffement climatique touche à sa fin ». « Dans les prochaines décennies, nous retrouverons les normes climatiques que nous avons connues dans les années soixante-dix du XXe siècle », a-t-il ajouté [2].

Toutefois, Mojib Latif souligne que les variations cycliques des courants océaniques, conjuguées à un phénomène météorologique baptisé oscillation nord-atlantique (ONA), seraient aussi partiellement responsables du réchauffement observé depuis trente ans. Des propos hérétiques au regard de la thèse dominante sur le réchauffement climatique ! Même « le retour récent des précipitations dans les régions du Sahel, qui avaient beaucoup baissé dans les années soixante-dix et quatre-vingts, s'explique par les cycles de l'ONA », affirme-t-il.

Cet avis est partagé par James Murphy, directeur du service des prévisions météorologiques du Met Office Hadley Centre, qui estime crédible l'existence d'un lien causal entre l'ONA, la mousson indienne, les ouragans atlantiques et la banquise arctique. La seule question en suspens concerne le degré d'influence de l'ONA. « Personne ne le connaît vraiment », ont admis en chœur les deux climatologues lors de la conférence. Ce qui pose le problème suivant : sans la prise en compte de ces variables, les modèles climatiques sont-ils réellement capables de prédire l'avenir à un degré près ?

Autre signe de la complexité climatologique, les pertes de glaces arctiques de ces derniers étés seraient, selon le Dr Vicky Pope, consultant au Met Office Hadley Centre « en partie dues aux cycles naturels plutôt qu'à un réchauffement climatique ». Les rapports préliminaires sur la perte des glaces indiquent moins de fonte en 2009 qu'en 2007 et 2008.

Gare aux prédictions apocalyptiques !

Dans un article publié en février dernier dans The Guardian, le Dr Pope avait mis en garde contre les « prédictions apocalyptiques », estimant qu'elles tendaient à desservir la cause [3] . « Par ces propos, la façon dont le public perçoit le changement climatique peut être affectée. Le fait est que des événements extrêmes surgissent quand les variations naturelles du temps et du climat se combinent au changement climatique à long terme. Ce message a plus de mal à être entendu.

Les scientifiques et les journalistes doivent trouver les moyens de contribuer à rendre cela clair sans que le grand public ne décroche », explique l'expert britannique, qui ajoute : « Récemment, la une des journaux a proclamé que la mer de glace d'été de l'Arctique avait tellement décru ces dernières années qu'elle a atteint un point de basculement et qu'elle disparaîtra très rapidement. La vérité, c'est qu'il y a peu d'éléments qui permettent de conforter cette affirmation. En effet, les pertes record des deux dernières années pourraient facilement être expliquées par des fluctuations naturelles du temps, avec à nouveau un accroissement de la mer de glace d'été dans les prochaines années. » De quoi faire grincer les dents de Yann Arthus-Bertrand et de ses amis « climat catastrophistes », qui ne se privent pas d'utiliser des clichés de fonte des glaces pour « prouver » le réchauffement climatique...

[1] Le climat se réchauffe-t-il ou se refroidit-il ? Geophysical Research Letter, avril 2009.
[2] Cité par Nicolas Quenez dans le bulletin électronique du ministère des Affaires étrangères français.
[3] Scientists must rein in misleading climate change claims, The Guardian, février 2009.