Robert Mugabe, qui a officiellement démissionné le 21 novembre, a laissé un héritage douloureux au Zimbabwe avec 80% de chômage et une hyperinflation galopante. Les répressions contre l'opposition, les persécutions des Blancs ainsi que les réformes populistes ont mené la «Suisse de l'Afrique» à sa perte en près de 40 ans.
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© REUTERS/ Howard Burditt
Mugabe
Le 21 novembre, le parlement zimbabwéen a annoncé la décision du Président Robert Mugabe de démissionner en pleine crise politique du pays. Elle a commencé au début par un putsch militaire. Le poste de chef de l'État sera occupé par Emmerson Mnangagwa, qui avait perdu son siège de premier vice-Président début novembre.

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© Inconnu
Ce coup d'État a tout d'abord été provoqué par des évictions politiques effectuées dans les élites zimbabwéennes par Mugabe pour préparer le terrain à une possible présidence de sa femme Grace Mugabe. Sans doute, ces manœuvres imprudentes de l'ex-Président, menaçant les intérêts et les ambitions de son entourage, lui ont fait prendre des mesures qui ont précipité la chute de l'ère Mugabe.

Toutefois, cette intrigue politique n'est pas seulement le résultat d'une lutte de pouvoir. C'est aussi la conséquence logique de 40 années de Mugabe aux commandes, de sa politique volontariste et destructrice qui ont mené le Zimbabwe à une catastrophe économique et à une impasse politique. Petite rétrospective des points clés et des principales décisions de ce parcours qui dure depuis 1980.

L'arrivée au pouvoir et sa monopolisation

En 1980, après la lutte armée contre le régime rhodésien du sud d'Ian Smith, l'indépendance du Zimbabwe a été proclamée. Lors des élections législatives, le parti ZANU ( Union nationale africaine du Zimbabwe ) dirigé par Robert Mugabe a obtenu la majorité, 57 des 80 sièges « africains » ( 28 étaient réservés aux candidats blancs ). Mugabe est alors devenu le Premier-ministre zimbabwéen.

Deux ans plus tard, empêtré dans des contradictions grandissantes, Mugabe accuse le leader du parti adverse ZAPU ( Union du peuple africain du Zimbabwe ) et ministre de l'Intérieur Joshua Nkomo de fomenter un coup d'État. Ce dernier a dû quitter le pays. Ses partisans, majoritairement de la minorité ethnique des Ndébélés, se sont rebellés.

Pour vaincre la rébellion, Mugabe a envoyé la 5e brigade parachutiste entraînée par des instructeurs nord-coréens dans la province du Matabeleland, habitée par les Ndébélés. Plus de 100.000 civils ont été tués dans cette opération punitive.

Cette exaction a été le premier pas vers la construction du pouvoir personnel de Mugabe.

Le processus permanent de renforcement du pouvoir de Mugabe et de son parti a atteint son apogée en 1987 avec l'unification des partis ZANU et ZAPU pour former le ZANU-PF ( Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique ). Il créé ainsi un système à parti unique.

De plus, Mugabe a révisé la Constitution du Zimbabwe pour supprimer le poste de Premier-ministre et s'est désigné Président.

La réforme agraire et l'expulsion des Blancs

Si la carrière politique de Mugabe prenait vertigineusement son envol, l'économie du pays dégringolait. Le PIB zimbabwéen a reculé de 25% entre 1990 et 2000. Le chômage, l'inflation et la pauvreté ont explosé. La dégradation économique a logiquement influencé le soutien populaire au Président. C'est pourquoi, son projet de réforme constitutionnelle n'a pas été soutenu lors du référendum en 2000, 54% des électeurs ayant voté contre.

Pour se refaire, Mugabe a lancé une réforme agricole populiste prévoyant l'expropriation sans compensation des fermiers blancs de leurs terres et leur redistribution à des agriculteurs d'origine africaine. Mugabe avait alors promis des terres à un million de Zimbabwéens.
Il faut toutefois noter que près de 4.000 fermes d'agriculteurs blancs contrôlaient cinq millions d'hectares des terres les plus fertiles du pays. Cela étant, la population blanche ne représentait que 1% des habitants du pays.
La réforme accompagnée de violences contre la population blanche a mené à la catastrophe économique. Des millions d'agriculteurs ont perdu leur travail. Des spécialistes agricoles ont quitté le pays. Lors de la réalisation de cette réforme, le PIB national a perdu 20%.

En réponse à cette politique discriminatoire, le Fonds monétaire international ( FMI ) a suspendu son aide au Zimbabwe. L'Union européenne a imposé des sanctions personnelles contre Mugabe et son entourage. Plus tard, Harare a expliqué tous ces malheurs économiques par ces mesures.

Un héritage douloureux

Toutes les actions et les initiatives suivantes de l'ex-Président zimbabwéen avaient pour but un renforcement de ses pouvoirs par des fraudes électorales et des réformes constitutionnelles, réalisées facilement grâce à une majorité parlementaire permanente du parti présidentiel.

En ce qui concerne l'état économique actuel, il ne s'est pas amélioré, malgré le fait que l'hyperinflation ait été stoppée en 2009 et que la dynamique du PIB soit redevenue positive, grâce à la légalisation de l'utilisation de monnaies étrangères, notamment du dollar américain. 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté, le niveau de chômage est aussi de 80%.

Pourquoi ce dernier effort d'une longue série visant à renforcer le pouvoir de Mugabe lui a été fatal ? On pourrait penser que, cette fois, il a touché à son propre entourage alors que toutes les initiatives précédentes ne visaient que la population. Mugabe a réussi à se faire accorder l'immunité judiciaire après sa démission.

Est-ce la fin de Mugabe et un nouveau départ pour le Zimbabwe ? Ceci serait possible si le système politique zimbabwéen quittait le pays avec son créateur. Mais cela est une autre histoire.