L'attaque d'un hôtel de luxe de Kaboul a pris fin dimanche 21 janvier au matin, après douze heures de résistance de la part du commando armé qui avait fait irruption samedi soir en tirant à vue sur les clients et le personnel.

© Reuters/Omar SobhaniLes forces de sécurité afghanes arrivent sur les lieux de l'attaque
L'opération a été revendiquée par les talibans dimanche matin. Elle a fait, selon un bilan provisoire, six morts - cinq Afghans et une étrangère dont la nationalité n'est pas précisée.
« L'attaque est terminée »« L'attaque est terminée, tous les assaillants ont été tués, 126 personnes ont été secourues dont 41 étrangers », a annoncé le porte-parole du ministère de l'intérieur qui a confirmé la présence de quatre assaillants, dont les corps ont été retrouvés. Des « opérations de nettoyage étaient toujours en cours au sixième étage » pour faire exploser les munitions restantes, a-t-il ajouté.
Selon une source de sécurité, le dernier membre du commando s'était retranché « dans une grande chambre avec des otages, afghans et étrangers » qu'il menaçait de tuer. Avant d'être abattu. « On l'entend crier aux otages qu'il les tuera tous s'il ne peut pas s'en sortir », précisait cette source, illustrant ainsi la terreur qui a régné toute la nuit dans l'établissement, l'Intercontinental de Kaboul, propriété de l'Etat afghan et non de la chaîne internationale éponyme.
« Nous sommes cachés dans nos chambres »Le commando s'était introduit dans l'hôtel samedi peu après 21 heures, heure locale (18 h 30, heure française), déclenchant une explosion avant d'ouvrir le feu au hasard. Un journaliste de la chaîne de télévision locale
Tolo News, qui se trouvait sur les lieux, a rapporté sur Twitter que les agresseurs ont d'abord abattu les gardes de sécurité postés à l'entrée du complexe.
« Quatre assaillants sont à l'intérieur du bâtiment, ils tirent sur les clients », avait annoncé un responsable de la Direction nationale de la sécurité (NDS), les services de renseignements afghans. L'électricité a été coupée dans le quartier et l'hôtel, situé sur une colline de l'ouest de Kaboul, plongé dans l'obscurité toute la nuit à l'exception de hautes flammes qui s'échappaient du toit, en raison d'un incendie déclenché par les assaillants.
« Je peux entendre des coups de feu qui semblent provenir du premier étage, mais je ne sais pas où ils sont. Nous sommes cachés dans nos chambres. Faites que les secours arrivent vite », a supplié un client retranché au 3e étage, joint au téléphone par l'Agence France-Presse, sous couvert de l'anonymat.
Gardes inexpérimentésAu cours de la nuit, les forces spéciales épaulées par des forces de l'OTAN ont repris progressivement le contrôle des étages. Plusieurs fortes explosions ont été entendues peu après 4 h 30, heure locale (1 heure, heure française) après une relative accalmie. Puis le jour s'est levé sur la façade en partie noircie du bâtiment. Alors qu'une fumée noire s'échappait du sixième et dernier étage peu après 8 heures, heure locale (4 h 30, heure française) dimanche, des hommes ont tenté de s'enfuir par un balcon au moyen de draps noués. L'un d'eux a lâché prise, en direct à la télévision.
Un comptable de l'hôtel qui a pu s'échapper grâce à sa bonne connaissance des lieux a affirmé que « les gardes se sont sauvés sans combattre, ils n'ont pas riposté, ils n'avaient aucune expérience ».
Le porte-parole du ministère de l'intérieur a confirmé qu'une nouvelle compagnie privée avait pris début janvier en charge la sécurité de l'hôtel, « nous enquêtons pour comprendre par où sont entrés les assaillants ». Le nombre exact de personnes se trouvant dans l'hôtel lors de l'attaque est toujours incertain, de même que la nationalité des étrangers.
Un responsable du ministère des télécommunications, Abdullah Sabet, a affirmé qu'une quarantaine de directeurs et responsables provinciaux du pays y séjournaient samedi soir, en vue d'une conférence prévue dimanche. « Nous ne savons pas s'ils ont été blessés ou tués. » Une conférence sur la présence et l'investissement chinois en Afghanistan s'y est tenue samedi matin. L'établissement, qui compte quatre restaurants, accueille fréquemment des mariages, des conférences et des réunions politiques.
Sur
Twitter, des proches angoissés demandaient des nouvelles des leurs séjournant dans l'établissement. De Washington, le département d'Etat appelait à
signalerl'éventuelle présence d'Américains.
21 morts dans une attaque en 2011L'hôtel, l'un des deux cinq étoiles de la capitale, ouvert en septembre 1969, a été la cible d'une précédente attaque en juin 2011. Revendiquée par les talibans, elle avait fait 21 morts. Les neuf assaillants avaient été abattus après l'intervention des forces spéciales afghanes appuyées par les hélicoptères de l'OTAN, pour mettre fin à la tuerie. Depuis, l'hôtel avait renforcé la surveillance. Mais une journaliste de l'AFP a constaté samedi matin que la fouille au corps, à l'entrée même du bâtiment, pouvait être aisément contournée en sautant les barrières.
Des mises en garde précises avaient été lancées depuis 48 heures concernant le risque d'attaques contre des lieux fréquentés par les étrangers. Ce qui avait conduit l'ONU et certaines ambassades à décréter l'état d'alerte. Cette attaque survient cinq jours après la visite d'une délégation du Conseil de sécurité des Nations unies à Kaboul, qui a donné lieu vendredi à une réunion de haut niveau au siège de l'ONU à New York.
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