Sablonnières
© LP/Sébastien Roselé
A Sablonnières (Seine-et-Marne), le Petit Morin est sorti de son lit après les fortes pluies qui ont frappé la vallée depuis lundi.
Tous les records de pluie pour un mois de juin ont été battus, lundi, en Ile-de-France. Les orages se succèdent jour après jour, depuis un mois, partout en France.

Jamais autant d'impacts de foudre n'avaient été comptabilisés en France que depuis bientôt un mois. Idem avec la pluie, avec à certains endroits des records de précipitations. Et ces perturbations ne sont pas sans conséquence : les dégâts sont importants, plusieurs routes sont impraticables et même une rame du RER B s'est renversée mardi. Prévisionniste à Météo France, François Jobard explique les raisons de ce printemps exceptionnellement orageux.

Pourquoi subit-on cette succession d'orages depuis un mois ?

FRANÇOIS JOBARD. Cela fait quasiment quatre semaines que l'anticyclone est bloqué sur l'Europe du Nord. La Scandinavie, les Pays-Bas, l'Allemagne ont tous connu leur mois de mai le plus chaud depuis très longtemps. Il a fait plus chaud début juin à Oslo en Norvège (32 °C) qu'à Toulouse (Haute-Garonne). Du fait de ce blocage, la dépression est contrainte de s'isoler du côté de l'Espagne et l'on se retrouve en France avec de l'air plus chaud au sol qui rencontre de l'air plus froid en altitude. Cela provoque une masse d'air instable. Les cumulus d'orage deviennent de plus en plus gros, se transforment en cumulonimbus, montent jusqu'à 10 km d'altitude et finissent par éclater.


Ce printemps 2018 est-il exceptionnel ?

Il est remarquable du fait de la persistance des orages, mais aussi par le nombre d'impacts de foudre enregistrés. Depuis le début du mois de juin, on a comptabilisé 103 000 impacts de foudre. C'est déjà plus que la moyenne d'un mois de juin entier. Et le mois de mai avec déjà été extrêmement foudroyé avec 183 000 impacts. C'est trois fois plus que la moyenne !


Qu'en est-il des records de pluie ?

On a battu des records de précipitation un peu partout en France. À Nantes (Loire-Atlantique), Chartres (Seine-et-Marne), Alençon (Orne)... En région parisienne, on a connu une intensité de pluies digne des tropiques avec 36 mm en à peine une heure tombés à Orly (Val-de-Marne). Lundi en Ile-de-France, on a battu tous les records de pluie d'un mois de juin. Il est tombé entre 50 et 100 mm d'eau en 24 heures, soit l'équivalent d'un mois et demi de pluie. C'est considérable.

D'où les énormes dégâts causés par ces orages...

Quand il tombe trop de pluie en aussi peu de temps, les sols n'ont pas le temps de l'absorber, d'autant qu'ils étaient déjà gorgés d'eau. Mais même s'ils avaient été secs, vu la quantité de précipitations, l'eau aurait raviné. Surtout en milieu urbain où la pluie ruisselle sur le macadam et transforme des portions de routes en véritables torrents.

Est-il difficile de prévoir où vont s'abattre ces orages ?

Nous pouvons prévoir jusqu'à dix jours à l'avance si une région va subir des passages orageux et nous avions prévenu dès la veille que la journée de lundi serait marquée par le passage de très fortes précipitations dans les zones touchées lundi. Mais quand un orage fait un kilomètre de diamètre et s'abat sur une commune, on ne peut le prévoir qu'une demi-heure à l'avance.

Le réchauffement climatique est-il en cause ?

On pense que ces épisodes orageux risquent d'être plus intenses du fait de la hausse des températures. Car plus l'atmosphère est chaude, plus elle contient de vapeur d'eau et plus le contenu en eau précipitable est donc important. Or, depuis le 15 mai, on a systématiquement dépassé les 20 °C à Paris, sans rafraîchissement digne de ce nom, ce qui est inédit pour la saison.