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Hassan Rohani a annoncé qu'une enquête interne avait permis de déterminer que « des missiles lancés par erreur » avaient provoqué l'écrasement de l'avion civil, faisant 176 morts. Déplorant une « tragédie », il a promis d'identifier les responsables.
Après avoir, dans un premier temps, affirmé que le Boeing 737 d'Ukrainian Airlines qui s'est écrasé en Iran le 8 janvier n'avait pas été touché par un missile, le président de la République islamique, Hassan Rohani, a finalement reconnu ce 11 janvier sur Twitter que « l'enquête interne des forces armées a conclu que malheureusement des missiles tirés en raison d'une erreur humaine ont causé le terrible accident de l'avion et provoqué la mort de 176 personnes innocentes ».

« La République islamique d'Iran regrette profondément cette erreur désastreuse. Mes pensées et prières vont à toutes les familles en deuil. Je présente mes plus sincères condoléances », a-t-il ajouté.



De son côté, le ministre des Affaires étrangères iranien, Javad Zarif, a lui exprimé, toujours sur le réseau social, ses « profonds regrets excuses et condoléances à nos concitoyens, aux familles des victimes, ainsi qu'à toutes les nations touchées », mettant en lumière une « erreur humaine en des temps de crise causée par l'aventurisme américain » qui « a mené au désastre ».

Javad Zarif faisait référence à l'opération américaine menée en Irak, le 3 janvier, au cours de laquelle le général iranien Qassem Soleimani, alors chef de la force al-Qods (branche des Gardiens de la Révolution chargée des opérations extérieures), ainsi qu'Abou Mehdi al-Mouhandi, le numéro deux du Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires pro-iranienne formée pour lutter contre les djihadistes et désormais intégrée aux forces de sécurité irakiennes, avaient trouvé la mort. En réponse, l'Iran avait tiré plusieurs roquettes sur des bases abritant des soldats américains en Irak.

Dans un communiqué repris par l'agence Irna, l'état-major iranien avait, plus tôt, évoqué une « erreur humaine », expliquant que l'appareil ukrainien avait été pris pour « un avion hostile ». « Dans une situation de crise et sensible, le vol 752 d'Ukrainian a décollé de l'aéroport Imam Khomeini [de Téhéran], et au moment de tourner, [a semblé se rapprocher] d'un centre militaire sensible [des Gardiens de la Révolution] », était-il précisé dans le document. Les forces armées avaient également fait savoir que « le responsable » de cette erreur serait traduit « immédiatement » en justice.

Le vol de la compagnie aérienne ukrainienne s'est écrasé le 8 janvier à l'ouest de Téhéran, juste après son décollage. 176 personnes ont perdu la vie parmi lesquels des Irano-Canadiens, des Afghans, des Ukrainiens et des Suédois. Une vidéo d'une vingtaine de secondes, largement diffusée sur les réseaux sociaux, montre ce qui pourrait être le missile lancé heurter l'appareil en plein vol. Le 9 janvier, le Premier ministre canadien avait estimé avoir « des informations de sources multiples » qui « indiquent que l'avion a été abattu par un missile sol-ai iranien ».

« Coopération entière » entre les enquêteurs ukrainiens et l'Iran

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s'est lui exprimé ce 11 janvier sur Facebook. « Nous attendons de l'Iran [...] que les coupables soient traduits en justice [...] le paiement de compensations [et] le retour des corps des victimes », a fait valoir le chef d'Etat, précisant espérer que « l'enquête sera poursuivie sans retards délibérés et sans entraves ». « Nos 45 spécialistes doivent obtenir l'accès total [à l'ensemble des éléments de l'enquête », a-t-il également souligné.

De son côté, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Vadym Prystaïko, a fait savoir que les enquêteurs ukrainiens bénéficieraient de la « coopération entière » de Téhéran et que les boîtes noires de l'appareil seraient analysées « prochainement ». Un entretien entre les présidents Volodymyr Zelensky et Hassan Rohani doit avoir lieu ce 11 janvier, dans l'après-midi, après quoi le premier s'adressera au peuple ukrainien.

Téhéran a également confirmé qu'une enquête « transparente » serait menée afin de faire la lumière sur l'incident et invité le Canada, les Etats-Unis, la France, la Suède ainsi que Boeing à participer aux investigations. Cependant, le nouveau chef de la diplomatie canadienne, François-Philippe Champagne, a remarqué que l'Iran n'avait jusque-là accordé que deux visas à la douzaine de représentants canadiens devant se rendre sur place, assurant avoir « espoir qu'on pourra rapidement résoudre le cas des dix autres visas ».

Enfin, la Russie a réagi par la voix du président de la commission des Affaires étrangères du Parlement, Konstantin Kossatchev.
« Si le déchiffrage des boîtes noires et les travaux de l'enquête ne prouvent pas que l'armée iranienne a fait cela intentionnellement et qu'il n'y a pas de raisons logiques à cela, l'incident doit être clos. Avec l'espoir que les leçons seront tirées et des mesures prises par toutes les parties», a-t-il déclaré auprès de l'agence Interfax.