Les dénonciations entre voisins vont bon train en Normandie, durant cette période de confinement. Certains confinés se sentent investis d'une mission judiciaire. Détails.

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Les forces de l’ordre de Normandie reçoivent régulièrement des messages de dénonciation au sujet de voisins, durant cette période de confinement.
Vous mettez vos chaussures de course, vous passez la barrière pour sortir le chien, vous parlez avec un ami de l'autre côté de la haie et vous vous sentez épié ? Ce n'est peut-être pas seulement de la paranoïa. Votre voisin est peut-être en train de scruter vos faits et gestes, en cette période de confinement. Certains par simple activité occupationnelle, mais pour d'autres, une vocation d'auxiliaire de justice vient de naître. Et les dénonciations (délations ?) vont bon train, en Normandie.

« Un réseau de je ne sais quoi »

Entendons nous bien, il n'a pas été constaté un déferlement d'appel au 17, mais le nombre de messages adressés aux forces de l'ordre a considérablement bondi. Ainsi, il y a ce monsieur de Bréauté (Seine-Maritime) qui, « malgré le confinement », ne comprend pas « le nombre de passages » sur une route qu'il n'hésite pas à nommer. Lucie, quant à elle, n'hésite pas à dénoncer ces « p... de vieux » qui ne « respectent pas la distanciation » dans son supermarché.

Dans ce village de l'Eure, une personne signale son voisin, situé à « 500 mètres à vol d'oiseau » qui « met sa musique littéralement à fond », jusqu'à 20 heures ! Et deux soirs de suite : « Nous faisons partie des gens qui travaillent également pendant le confinement, nous avons besoin de nous reposer durant le week-end. » Plus pervers, une personne dénonce son voisin en donnant son numéro de plaque d'immatriculation :
CH-8... ne respecte toujours pas le confinement. Il prend toujours l'apéro chez mon voisin. Merci.
Et puis, il y a cette femme qui pense avoir découvert « un réseau de je ne sais quoi » :
Il invite les sans-papiers à trouver le moyen d'aller chez lui. Il dit que sa maison est grande ouverte, que Corona c'est rien (sic). Désolée pour alerte peut-être rien (sic), mais cela m'interpelle et je vous en fais part.
Un bar du Havre dénoncé sur les réseaux et à la police

C'est par ce besoin de dialogue avec les institutions judiciaires qu'un bar-tabac du Havre s'est pris une volée de bois vert sur les réseaux sociaux. Cet établissement avait osé proposer, au début du confinement, une attestation dérogatoire pour un euro ! Selon nos informations, un premier message avait atterri dans la boîte mail des gendarmes, mais comme le quartier Sanvic ne relève pas de leur zone de compétence, il avait été transmis à la police havraise. Mais si l'initiative « peut paraître comme moralement condamnable », de l'aveu même d'une source policière, « elle ne représente pas d'infraction pénale ».