Une manifestation de solidarité en faveur des migrants clandestins, pourtant interdite par la préfecture de police de Paris en vertu des règles sanitaires, s'est élancée dans la capitale, rassemblant plusieurs milliers de personnes. Des heurts ont fini par éclater.

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© Twitter : @CharlesBaudry
Manifestation interdite en faveur de la régularisation des sans-papiers, le 30 mai 2020, place de la République à Paris
Les règles sanitaires en vigueur ne concernent-elles que les Français ? Alors que le pays se déconfine progressivement et que l'Île-de-France demeure l'un des foyers les plus actifs de l'épidémie dans l'Hexagone, une manifestation de solidarité aux migrants sans-papiers a été lancée, samedi 30 mai, dans les rues de la capitale, au mépris des précautions sanitaires. La préfecture de police de Paris l'avait pourtant interdite, en vertu de l'interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes.

Une manifestation prévue « avec masques et distanciation physique »

« Les risques sanitaires qu'un tel événement est susceptible de générer, justifient que le préfet de police, n'autorise pas, à titre dérogatoire, cette manifestation », avait annoncé la préfecture de police de Paris dans un communiqué paru jeudi, jugeant qu'une telle manifestation contrevient au décret du 11 mai pour lutter contre l'épidémie de Covid-19. Une mise en garde qui n'a manifestement eu aucun effet, puisque ce sont plusieurs milliers de personnes qui ont pris part à cette « marche des solidarités », relayée par 210 organisations et quelque 300 personnalités, selon un texte diffusé sur les réseaux sociaux, indique 20 Minutes.


Les organisateurs demandent la régularisation des sans-papiers et une révision de la politique migratoire française, en plus de la fermeture des centres de rétention administrative. « Pour ces populations, la crise sanitaire actuelle est en train de devenir une véritable bombe sanitaire », justifient ceux qui prévoyaient une manifestation « avec masques et distanciation physique ». Mais à en croire les images relayées sur les réseaux sociaux, les gestes barrières ne sont pas vraiment respectés. D'autres rassemblements de ce type sont également prévus en France.


Des pancartes en écriture inclusive brandies

Partie de la place de la Madeleine, la manifestation s'est dirigée vers la place de la République, où des milliers de manifestants ont brandi leurs pancartes revendiquant des papiers pour tous. Des messages écrits en écriture inclusive, remarque-t-on sur les réseaux sociaux, ce qui laisse penser que lesdites pancartes ont été réalisées par les collectifs militants organisateurs de la marche. Force est de constater que le dispositif policier qui devait être « mis en place pour faire respecter l'interdiction de manifester », selon la préfecture, n'a eu aucun effet. Un hélicoptère a tout de même été déployé pour suivre le cortège.


Des heurts ont fini par éclater entre manifestants et forces de l'ordre, lesquelles ont procédé à des tirs de gaz lacrymogène et à 92 interpellations. Nombre de responsables politiques se sont indignés qu'une telle manifestation puisse avoir lieu malgré la situation sanitaire actuelle, à l'instar de Gilbert Collard ou d'Éric Ciotti, qui ont mis en cause le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner.