La protestation contre la prolongation des mesures sanitaires se poursuit au Québec. Dans la capitale nationale, 2.000 personnes ont pris part à une manifestation contre le port du masque pour les enfants à l'école.
frgthy
Présent sur le terrain, Sputnik s'est entretenu avec Éric Duhaime, coorganisateur de l'événement et célèbre chroniqueur. Reportage.

Alors que Québec se prépare à affronter une seconde vague de Covid-19, les opposants aux mesures sanitaires de l'État provincial ne semblent pas près de se taire.

Le week-end dernier, des protestations ont eu lieu dans les villes de Saguenay et Québec, respectivement les 22 et 23 août. Dans la capitale de Québec, où Sputnik était présent pour l'occasion, la manifestation a réuni plus de 2.000 personnes. Organisé par l'ex-journaliste Josée Turmel et le chroniqueur bien connu Éric Duhaime, ce rassemblement avait pour but de dénoncer « les mesures sanitaires excessives du gouvernement, dont le port du masque obligatoire à l'école ». «Il y a d'autres façons de protéger nos personnes vulnérables sans brimer la vie de nos jeunes en milieu scolaire », pouvait-on lire sur la page Facebook de l'événement.

Plusieurs villes québécoises touchées par les actions

Interrogé par Sputnik, Éric Duhaime, auteur de plusieurs essais parmi lesquels La fin de l'homosexualité et le dernier gay (Éd. de l'Homme, 2017), évoque un « déficit démocratique » lié, selon lui, à l'absence d'un véritable débat sur les mesures prises par les autorités. Le gouvernement Legault tente de faire croire à un consensus qui n'existe pas, estime-t-il:
« Les politiques et les mesures sanitaires varient énormément d'un pays à l'autre. La science n'a pas une seule direction: les scientifiques ne pensent pas la même chose. [...] Ce qui est dommage au Québec, c'est qu'on est en train de faire quelque chose d'antiscientifique. On utilise la censure plutôt que l'argumentaire », déplore le chroniqueur.
Selon Éric Duhaime, le gouvernement Legault a adopté une série de politiques contradictoires depuis le début de la pandémie, ce qui accentue le scepticisme face à la stratégie des autorités.
« Au lieu de faire un débat, on musèle et on menace les médecins via le Collège des médecins [ordre professionnel des médecins au Québec, ndlr] et on essaie de faire passer tous les gens qui se posent des questions pour des complotistes et des ''covidiots''. [...] On a besoin d'un débat démocratique et c'est pour cette raison que nous exigeons un moratoire sur le port du masque obligatoire à l'école», insiste-t-il.
Durant la marche à Québec qui s'est déroulée de manière entièrement pacifique, des slogans tels que « Nous sommes libres », « Protégeons nos enfants » et « Nous voulons la vérité » ont été scandés par les participants.

« Nous voulons la vérité »

Réunis devant l'Assemblée nationale du Québec -point de destination de la manifestation-, les participants ont ensuite écouté les discours d'une dizaine d'invités, dont plusieurs ont traité du thème de la santé mentale et des difficultés d'apprentissage. D'ailleurs, selon un récent sondage, 66% des Québécois se disent « très ou assez inquiets » de l'impact de la crise sur la réussite scolaire des jeunes élèves.
« Quand on touche à nos enfants, on devient des lions et des lionnes. On veut protéger nos enfants. On veut que nos enfants vivent libres, bien et heureux. Leur milieu de vie, c'est le milieu scolaire et ce n'est pas banal », a mentionné la coorganisatrice de l'événement, Josée Turmel, dans son allocution.
Comme d'autres protestataires interrogés par Sputnik, Éric Duhaime craint les dommages collatéraux engendrés par la prolongation des mesures:
« Dans les grands médias, il n'y a pas de compteurs pour nous dire combien il y a eu de faillites, de suicides et d'enfants qui ont décroché du système scolaire dans la journée. Combien de commerces ont-ils fermé aujourd'hui? Il n'y a pas de chiffres ni de conférences de presse sur ces questions », observe-t-il.
Dans une entrevue récente accordée à Sputnik, le professeur de philosophie Frédérick Têtu remarquait que les opposants aux mesures sanitaires manifestaient contre une érosion de la démocratie » et se sentaient peu représentés par les grands médias. Une analyse que partage en grande partie notre interlocuteur:
« Au Canada, les médias sont presque tous subventionnés par l'État. Le gouvernement fédéral finance environ 75% du salaire des journalistes via le programme d'aide aux médias. Les gouvernements sont actuellement les principaux annonceurs publicitaires dans les médias car ils y font la promotion de leurs mesures... Il y a donc une forme d'autocensure qui s'exerce chez plusieurs professionnels de la presse. C'est un phénomène compréhensible mais que l'on doit dénoncer », affirme le chroniqueur.
D'autres manifestations contre les mesures sanitaires sont à prévoir au Québec dans les prochaines semaines. À ce jour, 5.744 personnes sont décédées de complications liées au Covid-19 dans la Belle Province, pour une population de 8 millions d'individus.