Emmanuelle Charpentier

Emmanuelle Charpentier, Prix Nobel 2020 de chimie
Un Nobel qui n'occulte pas le malaise de la recherche française

Le prix Nobel de chimie 2020 décerné à Emmanuelle Charpentier ne doit pas nous illusionner : la chercheuse française a dû s'expatrier pour pouvoir réaliser ses travaux. Et le malaise que cela révèle ne va pas s'atténuer avec la future loi sur la recherche, au contraire...

La France peut s'enorgueillir de beaux succès lorsqu'arrive la saison de remise des prix Nobel, soixante-cinq au total en cent vingt ans. Mais à regarder de plus près le parcours des derniers scientifiques lauréats, un doute m'assaille. Ces récipiendaires ont effectué une part de leur carrière à l'étranger, ce qui est nouveau. L'exemple d' Emmanuelle Charpentier, Prix Nobel 2020 de chimie , est frappant. Les ministres n'ont eu de cesse de clamer « une immense fierté » ou de se féliciter que l'on « consacre l'excellence et l'attractivité » de la recherche française. Pourtant, Emmanuelle Charpentier n'a jamais été en poste dans notre pays. Elle a aussi déclaré qu'il ne lui aurait certainement pas été possible de développer en France les recherches qui lui ont valu le Nobel.

Un cataplasme sur une jambe de bois

Ce qui semble une anecdote cache un malaise profond. La loi pour la recherche (LPR) en cours d'adoption est un cataplasme sur une jambe de bois. Un engagement est que les salaires des personnels de la recherche vont être revalorisés. C'est bien, ils sont parmi les plus bas de tous les pays riches. D'autres promesses sont que de nouveaux CDD vont augmenter le nombre de jeunes en poste, créant ainsi plusieurs autres types de statuts, et que l'ANR [Agence nationale de la recherche] verra son budget amendé. Tout ceci ne va qu'accentuer ce qui ne fonctionne pas bien.

Le modèle originel de la recherche en France consistait en ce que de nombreux chercheurs étaient recrutés jeunes en tant que fonctionnaires, avec des personnels administratifs et de soutien à la recherche, et qu'ils avaient des moyens récurrents pour travailler. Ceci permettait d'être compétitif par rapport aux pays consacrant à la recherche des budgets bien plus élevés. Avec la LPR, c'est la dynamique inverse qui est renforcée. Que va-t-il advenir ? Quelques labos surfinancés par des fonds privés, d'autres sans moyens, une compétition accrue et inégale, et des chercheurs qui passent la majeure partie de leur temps sur des tâches autres que la recherche, faute de personnels associés.

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