Alors que les livres sont désormais considérés comme des biens essentiels et que les librairies peuvent rester ouvertes, les libraires qui travaillent sur le marché aux livres anciens du XVe, eux, n'ont pas pu déballer leur marchandise ce week-end suite aux nouvelles règles appliquées sur les marchés à l'occasion du troisième confinement.
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Avec le nouvel arrêté pris pour les marchés lors du troisième confinement, le marché du livre ancien et d'occasion qui se tient chaque week-end dans le XVe est fermé au grand dam de ses exposants qui rappellent que les librairies, elles, restent ouvertes.
C'est le coup de massue de trop pour ces vendeurs. Dans la foulée du troisième confinement national, le marché aux livres anciens et d'occasion doit rester fermé. Normalement, il prend ses quartiers chaque week-end sous les halles qui longent le parc Georges-Brassens (XVe), au 104, rue Brancion. Mais ce week-end, la quarantaine de vendeurs habitués à venir déballer leurs trouvailles a dû rester chez eux. En cause : l'article 38 du dernier décret paru le 2 avril dans le cadre du reconfinement.

Cet article stipule que seuls les commerces alimentaires ou proposant la vente de plantes, fleurs, graines, engrais, semences et plants d'espèces fruitières ou légumières sont autorisés dans les marchés ouverts ou couverts. Et même si les librairies sont désormais considérées comme des commerces essentiels et peuvent ainsi rester ouvertes, les libraires qui travaillent à ciel ouvert, eux, sont priés... de rester chez eux.

Un lieu de culture depuis 34 ans

Une catastrophe pour nombre de vendeurs qui fréquentent ce marché parisien qui existe depuis 1987. « Cela devient de plus en plus difficile pour nous de tenir le coup, d'autant que nous ne sommes même pas sûrs de toucher les aides puisque les librairies sont censées être ouvertes. Nous demandons juste de l'équité et qu'on nous autorise à exercer notre métier », souligne Arnaud Bréger qui travaille sur ce marché depuis 2003. « En dehors de quelques sites sur Internet, l'essentiel de mon activité et donc de mon chiffre d'affaires provient de ce marché », insiste le libraire.

« Certains n'ont que ce lieu pour leur assurer leur activité », souligne Delphine Shrotter, dont l'association gère le marché du livre. La quarantaine d'exposants est d'autant plus atterrée par cette nouvelle règle que, depuis le premier confinement, ils s'appliquent tous à respecter strictement les règles sanitaires.

Une procédure sanitaire stricte

« Après plus de 12 semaines de fermeture en 2020, cette annonce est incompréhensible, puisque nous avons adopté et effectuons tous les protocoles sanitaires approuvés par l'administration dans le cadre des halles du marché », insiste Frédéric Legris, qui travaille sur le marché du XVe depuis 1992.

Sens de circulation imposé aux acheteurs, port du masque, gel hydroalcoolique à disposition sur tous les stands... « Nous sommes très vigilants. Et alors que le site fait 2 700 m2, le nombre de personnes présentes en même temps est en moyenne de 150 », énumère Delphine Shrotter dont l'association gère le marché du livre. « Il y a moins de risque d'attraper le Covid sur notre marché que dans une échoppe fermée où six clients s'entassent ! » renchérit Bruno Bossard dont l'association « Les pages parisiennes » doit reprendre la gestion du site au début du mois prochain.

Ouvrir le plus vite possible

Delphine Shrotter aimerait que le préfet de police de Paris accorde une dérogation au marché du livre ancien. D'autant que la réglementation est diversement appliquée d'un marché à l'autre en Ile-de-France. « Le préfet du Calvados, lui, a autorisé la vente de livres sur les marchés. Les bouquinistes de Toulouse (Haute-Garonne) sont aussi autorisés à travailler tout comme ceux de Paris d'ailleurs alors pourquoi pas nous? » s'étonne Delphine Shrotter. « Si nous devons attendre le mois de mai pour rouvrir, certains ne pourront pas boucler leur fin de mois », insiste Bruno Bossard. « Il y a un tel sentiment d'injustice dans cette situation! On ne va rien lâcher » prévient le futur responsable du site.

Une pétition sur change.org lancée en fin de semaine dernière avait recueilli 396 signatures en ce dimanche après-midi.