Après la bataille entre les « Tout-sauf-Bibi » et les « Bibi-rien-que-Bibi », le seul autre sujet qui attire l'attention dans la politique israélienne est une question sans rapport qui est en train de devenir la seule question de principe qui subsiste. Il s'agit de la guerre entre ceux qui vénèrent le système judiciaire israélien et ses ennemis, et la position de chacun sur ce sujet dépend entièrement de son camp politique.
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La nouvelle section de la clôture, au nord d'Eilat. - Wikipedia
Si vous êtes un partisan de « Bibi-rien-que-Bibi », vous êtes contre les tribunaux, et si vous êtes « Tout-sauf-Bibi », vous révérez le système judiciaire. Il est tentant de rejoindre le second camp, éclairé et libéral, qui tente de protéger le système judiciaire des menaces violentes agitées par l'aile droite. Tentant mais impossible.

L'arrêt de la Cour suprême de la semaine dernière, par lequel la Cour a décidé que l'avant-poste de colons de Mitzpe Kramim ne devait pas être évacué, ne fait que démontrer à quel point il n'est plus possible de défendre la Cour - et combien les scénarios d'horreur et les prophéties de malheur diffusés par le camp libéral ne sont pas pertinents lorsqu'il s'agit de savoir ce qui se passerait si la droite s'en prenait à cette institution vénérée.

Le camp libéral s'accroche à son soutien au pouvoir judiciaire comme on s'accroche à une boussole sans laquelle on s'égare. Mais le chemin de la boussole a été perdu depuis longtemps. Elle est cassée, ou si nous devons l'admettre, n'a jamais fonctionné correctement. Le pouvoir judiciaire serait censé être la bannière que le camp éclairé embrasse, mais cette bannière est en lambeaux.

Le test suprême du pouvoir judiciaire, bien au-delà de toute autre question - plus encore que sa gestion du cas crucial de Netanyahou - est sa gestion de l'occupation, la question qui plus que toute autre définit Israël, dont la conduite est honteuse et lâche. La reconnaissance des voleurs de terres de l'avant-poste de Mitzpe Kramim et la récompense qui leur a été remise n'est que la dernière d'une interminable série d'affaires. On ne peut soutenir un tribunal qui se range systématiquement du côté des voyous et des criminels, qui approuve les crimes de guerre et méprise le droit international.

On ne peut même pas s'émouvoir des menaces d'un de ses adversaires de faire passer un bulldozer sur la Cour*. Si celle-ci est détruite, que se passerait-il exactement pour le pays, à part des dégâts immobiliers ? Israël deviendrait-il un pays qui ignore le droit international ? Deviendrait-il un pays qui tolère l'apartheid ? Qui blanchit les crimes de guerre ? Qui nourrit la suprématie juive ? Que se passerait-il exactement si ces juges éclairés et exaltés étaient remplacés par d'autres moins éclairés et exaltés ?

Même l'hypothèse selon laquelle, comme aux USA, les juges de la Cour suprême sont divisés entre libéraux et conservateurs est trompeuse. Dans les deux pays, les conservateurs sont majoritaires. Mais en Israël, même les libéraux ne sont pas libéraux.

Qui a soutenu le vol de terres à Mitzpe Kramim ? Noam Sohlberg [lui-même un colon, vivant à Alon Shvut, dans le Bloc d'Etzion, NdT], bien sûr, mais aussi les libéraux Daphne Erez-Barak et Isaac Amit. Eux aussi pensaient que les Juifs avaient le droit de voler les Arabes. Eux aussi pensent que les colons ont le droit de tout faire parce qu'ils sont juifs.

Concernant la Cour suprême, une chose est indéniable : il n'y a rien de tel pour exposer le vrai visage d'Israël. Il y a des libéraux bien-pensants au Meretz, au Parti travailliste et à Yesh Atid, en plus de la Cour suprême. Ils parlent tous plus gentiment que les sauvages de la droite.

Ils ont peur de la menace d'un bulldozer visant la Cour. Ils pensent que la « pieuvre de la corruption », comme l'a appelé le journaliste Mordechai Gilat dans Haaretz (édition hébreue, 29 juillet), est le membre de la Knesset David Bitan**, et au-dessus de lui, bien sûr, Benjamin Netanyahou, qui est le plus terrible de tous. Mais pas les juges de la Cour suprême qui donnent leur approbation aux familles criminelles et encouragent l'établissement de quartiers criminels dans les territoires occupés.

Lorsque les annales de l'époque actuelle et de celles qui l'ont précédée seront écrites, la Cour suprême sera inscrite du côté négatif et honteux de l'histoire, en tant que fondatrice et complice de l'État d'apartheid. Les crimes de Netanyahou et les délits de Bitan paraîtront alors blancs comme neige en comparaison.

Source: Haaretz

NdT *Moti Yogev, député du parti Habayit Hayehudi (Le Foyer juif), vice-président de la commission des Affaires étrangères et de la défense de la Knesset, avait déclaré en 2015 qu'un bulldozer Caterpillar D9 devrait être utilisé contre la Cour suprême.

**David Bitan : député du Likoud, très proche de Netanyahou, inculpé de corruption, fraude, abus de confiance, blanchiment d'argent et de délits fiscaux pour avoir touché des pots-de-vin de spéculateurs immobiliers (200 000 €) lorsqu'il était maire adjoint de Rishon Lezion

Traduit par Tlaxcala