Vous voyez ce type ? C'est Roger Waters, au cas où vous l'auriez confondu avec Richard Gere. Et même s'il n'a pas sorti Julia Roberts du trottoir, j'ai beaucoup d'estime pour ce monsieur. Parce que le rock progressif, parce que The Wall, parce que Pink Floyd quoi. Et surtout parce que Roger Waters est un incorrigible humaniste ; il fait encore partie de ces rares artistes qui s'engagent, qui se mouillent, qui s'expriment, ces rares artistes qui pensent (une attitude devenue suicidaire à l'ère du lynchage numérique). Bon, ce n'est peut-être pas le mec le plus humble que l'Angleterre nous ait pondu, mais j'ai tendance à penser que lorsqu'on a cofondé l'un des groupes les plus influents au monde, on peut se permettre de se la péter un peu.
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Cofondateur de Pink Floyd, Roger Waters a été déclaré persona non grata en Pologne pour ses prises de position jugées complaisantes sur la guerre en Ukraine.
Imaginez donc ma surprise en apprenant que Roger Waters a été déclaré persona non grata en Pologne (où il devait se produire en 2023) suite à ses « déclarations complaisantes » envers la Russie. « Nous ne voulons pas à Cracovie de personnes qui prennent position pour la Russie et soutiennent ou répètent la propagande de Poutine », a twitté le vice-président du Conseil communal de la ville.

En cause ? Une lettre ouverte adressée à Olena Zelenska dans laquelle l'artiste implorait la Première Dame ukrainienne de mettre fin au massacre dans son pays. Il revenait également sur l'apport d'armes de l'Occident, rappelant qu'on avait, de mémoire de légende du rock, encore jamais vu personne éteindre un incendie en jetant du carburant sur le feu.

Vendu ! Apostat ! Poutiniste !, s'est-on, écrié de l'autre côté de la paroi ignifuge, le côté où prendre la défense de la paix, la défense de la vie, c'est prendre le parti de Vladimir Poutine. Eh oui, vous, infâmes renégats qui avez le culot d'être contre le carnage et la dévastation, vous ne faites rien d'autre qu'adhérer à la propagande du Kremlin. De toute évidence, vous rêvez d'un monde gouverné par la dictature, un monde écrasé par la censure et la tyrannie, un monde de Terreur et de répression inféodé à l'impérialisme économique de la République populaire de Chine. Allez, avouez que vous avez toujours adoré les hommes à moustache et les nouilles sautées.

Mais revenons à notre agent du Kremlin : son « cœur saigne » écrit-il, « pour toutes les familles ukrainiennes et russes dévastées par cette terrible guerre en Ukraine ». Quel bel exemple de complaisance. En somme, Roger Waters a eu l'incorrection de faire preuve d'un peu de compassion pour les victimes de la guerre. Il crache au visage des soldats de Zelensky lorsqu'il déplore les morts, les bains de sang et les âmes sacrifiées sur l'autel des apparences. Et ce salopard d'espérer un autre dénouement que l'éradication de la dernière vie ukrainienne, « et peut-être la dernière vie humaine ». Quelle enflure, je vous jure.

Alors, au risque de passer pour une nostalgique du Troisième Reich, une égorgeuse de petits chats ou pire, une pro-poutine : Roger Waters n'est pas contre l'Ukraine, il est contre la guerre.

Et je m'inquiète de constater qu'il est le seul.

Source : La Liberte.ch