Mais, un conflit nécessite une adhésion de l'opinion publique et une savante préparation des esprits par une campagne de longue durée. Les médias ont commencé cette opération de diabolisation de la Russie dès le début de l'entrée en guerre de l'armée russe aux côtés de l'armée syrienne2. Maria Khodynskaya-Golenishcheva écrit3 à ce propos : « Les médias occidentaux continuèrent d'alimenter leurs campagnes hystériques4 au sujet du « cynisme de la Russie » face aux souffrances des populations civiles d'Alep ».
Le journaliste indépendant écossais Alan MacLeod5 constate :
Comme l'a écrit le journaliste et professeur d'université arméno-américain Ben Bagdikian, les médias de masse sont « l'autorité à tout moment de ce qui est vrai et de ce qui est faux, de ce qui est réalité et de ce qui est fantaisie, de ce qui est important et de ce qui est futile. Il n'y a pas de plus grande force pour façonner l'esprit du public ».Les guerres en ex-Yougoslavie ont été une excellente école pour la mise en place d'opérations de manipulation des opinions publiques par les médias. La reprise par la presse, sans aucun filtre, de soi-disant massacres, bien entendu toujours commis par les Serbes, a convaincu le public que le Mal absolu s'incarnait dans les Serbes. L'ouvrage de Alexandre Del Valle, Guerres contre l'Europe, publié en 2000 par les éditions des Syrtes, fournit de nombreux renseignements, ignorés du grand public, sur ce conflit. Il démontre qu'un certain nombre de « massacres » attribués aux forces serbes étaient en réalité des mises en scène.
Une précision s'impose : nous n'entendons pas, pour autant, blanchir les Serbes, ou l'armée syrienne, ou les militaires russes et les présenter comme des « gentils », incapables de commettre des exactions. Dans toute guerre, les passions les plus brutales deviennent sans contrôle, et aucune armée ne peut se prévaloir d'être à l'abri de pareils débordements. Nous souhaitons simplement éviter de tomber dans le manichéisme primaire, pratiqué par les médias occidentaux.
La journaliste allemande Karin Leukefeld, qui travaille depuis de nombreuses années au Proche et au Moyen-Orient - et qui y vit également ! - explique6 comment les nouvelles technologies de l'information et la pression de l'actualité ont modifié le paysage médiatique - surtout dans un sens négatif.
Les affaires Skripal et Navalny, fabriquées de toutes pièces par des agences étrangères7, ont fourni pendant des mois matière à la presse pour accuser le Président Poutine et le « régime » russe, d'avoir commandité l'empoisonnement de leurs opposants.
A ce jour aucune institution ni ONG n'a étudié l'influence des médias dans l'actuel conflit en Ukraine. Il faut donc féliciter l'université de Mayence, d'avoir, la première, publié une étude sur la couverture médiatique allemande des événements en Ukraine. Dans une recension de cette étude, publiée le 22 décembre 2022, sur le site du Saker Francophone8, Felix Livshitz écrit que « leurs conclusions confirment que, depuis le 24 février 2022, les médias ont joué un rôle majeur pour maintenir le conflit et rendre moins probable un règlement négocié. En publiant un contenu presque universellement baisé, pro-guerre et anti-Russie »
Il ajoute que cette enquête montre « comment les journalistes comptent parmi les lobbyistes les plus agressifs et les plus efficaces en faveur de la guerre. Une enquête similaire sur la couverture médiatique du conflit dans n'importe quel État occidental aboutirait probablement à des conclusions similaires. » Souhaitons en effet qu'une étude universitaire similaire soit entreprise en France ou dans tout autre pays d'Europe.
Il faut s'interroger : pourquoi les journalistes des médias occidentaux sont-ils devenus, dans leur immense majorité, des relais serviles des
« proxénètes de guerre »9 ? Pourquoi ont-ils renoncé à leur indépendance journalistique pour se mettre au service exclusif des dirigeants atlantistes bellicistes ?
Notes :
1. La Russie doit être détruite
2. Retour sur la bataille médiatique d'Alep
3. KHODYNSKAYA-GOLENISHCHEVA Maria, Alep, la guerre et la diplomatie, p.91
4. France - Hystérie collective contre les forces qui en Syrie combattent les terroristes
5. Quels médias dans l'intérêt de qui ?
6. https://arretsurinfo.ch/le-role-des-medias-dans-les-conflits-armes/
7. Navalny : suite du feuilleton
8. Un rapport expose comment les médias allemands attisent le militantisme dans la société et s'efforcent d'empêcher les négociations avec la Russie
9. Chris Hedges : Les proxénètes de la guerre (consortiumnews.com)




« proxénètes de guerre » 9 ? Pourquoi ont-ils renoncé à leur indépendance journalistique pour se mettre au service exclusif des dirigeants atlantistes bellicistes ?"
Parce qu'ils sont payés pour ça ? Et mis à l'écart s'ils ne procèdent pas ?
Je ne pense pas que la réponse soit beaucoup plus compliquée, cf les travaux de Chomsky (avant qu'il ne vire sénile et bêtement partisan).
L'indépendance journalistique n'est plus guère qu'un mythe, si toutefois elle a existé un jour dans les médias de masse.