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Denis Bouffard a été embauché comme agent de sécurité à l'aéroport Montréal-Trudeau pour prévenir d'autres attentats terroristes après le 11 septembre. Mais, pendant des mois, il en a plutôt profiter pour faire les poches des passagers qu'il devait pourtant protéger.

Et il serait loin d'être le seul agent à s'être enrichi aux dépens des voyageurs dans les aéroports du pays, révèle une enquête exclusive de l'Agence QMI.

Quant à lui, M. Bouffard a avoué qu'il glissait parfois sa main dans les bacs où les passagers déposent leurs effets avant de passer le contrôle de sécurité pour y piquer de la monnaie. Seulement, selon lui, pour acheter un café pendant ses pauses.

Or, ses collègues ont conté une autre histoire, selon des documents obtenus par QMI. Sur une période de huit mois, des agents disent l'avoir observé -avec incrédulité et stupéfaction -diriger les gens vers le portique chargé de détecter le métal, puis se précipiter pour s'emparer de monnaie ou fouiller dans les portefeuilles.

Il a notamment volé en quelques secondes des billets de 20 $, qu'il empochait avant de pousser calmement les bacs vers l'appareil à rayons X.

Plusieurs centaines de victimes

M. Bouffard pourrait ainsi avoir volé des centaines de voyageurs à leur insu à Montréal en 2001 et 2002, sévissant en toute impunité durant des mois avant que des confrères ne se décident à le dénoncer.

Dans une déclaration signée le 5 juillet 2002, l'agente Isabelle Massie déclare que la conduite de M. Bouffard durait « depuis quelque temps ». Elle a décrit de nombreux vols, dont plusieurs commis tout juste la veille. Un deuxième collègue, Modesto Chiu, a aussi témoigné avoir vu M. Bouffard voler de l'argent dans le portefeuille tefeuille d'un passager en décembre 2001.

Denis Bouffard a été peu loquace quand on lui a rendu visite : «Moi, je ne veux pas que ça soit ébruité cette affaire-là. J'aime autant laisser ça mort.»

À l'époque, une fois démasqué, son employeur, Sécurité Kolossal, lui avait d'ailleurs laissé la possibilité de remettre sa démission en citant «des raisons de santé» plutôt que de le congédier sur-le-champ, selon des documents.

Confronté par les détectives de la police de Montréal, Denis Bouffard a d'abord nié, puis a signé confession en août 2002 qui ne collait cependant pas avec la preuve. «Je ne veux pas que ça fasse de la marde », a-t-il alors dit aux policiers.

«J'ai pris de la monnaie dans les bacs environ six fois, ainsi que quatre billets de 20 $ dans les portefeuilles des passagers, a écrit M. Bouffard dans son aveu. Tout cela s'est produit durant l'hiver 2002, plus précisément en janvier et en février.»

Dossier expédié en catimini

Arrêté sur la base de soupçons portant sur six chefs d'accusation de vol et six chefs d'accusation de dissimulation, M. Bouffard n'a finalement été inculpé que d'une accusation de vol de moins de 5 000 $.

Il a été condamné à payer une amende de 572 $ après avoir plaidé coupable. Les procureurs ont traité le cas à la cour municipale de Montréal, un endroit peu fréquenté par les journalistes judiciaires. Aucune de ses victimes n'a d'ailleurs été avisée ni compensée pour ses pertes.

Dans le cadre de la confection de son rapport présentenciel, Denis Bouffard a soutenu que d'autres agents de sécurité volaient des passagers. En fait, la surveillance était si laxiste que les larcins étaient commis devant les caméras de surveillance, indique un document du ministère de la Sécurité publique du Québec.

Et ça continue...

Des années après le départ de M. Bouffard, des voyageurs continuent de rapporter des vols d'argent aux contrôles pré-embarquement de l'aéroport Trudeau.

En 2009, un passager a prétendu qu'une somme de 370 $ avait été volée dans son portefeuille par un agent de contrôle lors d'une fouille. Un deuxième passager a déclaré qu'une somme de 50 $ avait été volée de son portefeuille à un autre point de contrôle.

En 2010, un troisième passager sur un vol entre Montréal et Miami a rapporté qu'une somme de 1 500 $ en devise américaine avait disparu de son bagage de cabine à un poste de contrôle.