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Photo: AFP/KHALED DESOUKI

Des manifestants fuyant pour échapper à un assaut de la police égyptienne.
Au lendemain d'une nuit d'affrontements, de nouveaux heurts se sont produits dimanche entre la police et les manifestants rassemblés au Caire. À huit jours du premier scrutin législatif depuis le départ d'Hosni Moubarak, le gouvernement de transition s'est réuni en urgence pour tenter de désamorcer la crise.

En fin d'après-midi, les forces de l'ordre égyptiennes ont investi la place Tahrir, au Caire, pour en chasser les milliers de personnes qui s'y étaient rassemblées. La police antiémeute et les soldats de la police militaire se sont heurtés à une vive résistance de la part des manifestants, qui les ont repoussés dans des rues adjacentes. Au moins deux protestataires auraient trouvé la mort dans cet assaut.

Sur la place, des groupes de manifestants scandaient des slogans hostiles au pouvoir militaire, réclamant la chute du maréchal Hussein Tantaoui, à la tête du Conseil suprême des forces armées (CSFA) qui dirige le pays depuis le départ du président Moubarak. « Le Conseil poursuit la politique de Moubarak, rien n'a changé après la révolution », observait Khaled, 29 ans, alors qu'il installait une tente au centre de la place Tahrir.

Après la mort dans la nuit de deux manifestants, des heurts ont eu lieu tout au long de la journée aux abords de l'emblématique place de la révolution égyptienne. La police antiémeute tirait régulièrement des gaz lacrymogènes pour contenir la foule près du ministère de l'Intérieur, à proximité de la place. Des manifestants intoxiqués au gaz ou blessés par des balles en caoutchouc ou des plombs de chasse étaient soignés dans des hôpitaux de fortune, improvisés dans les mosquées.

Quelque 750 personnes ont été blessées dans la capitale, selon le ministère de la Santé, où les heurts ont débuté samedi matin avant de gagner d'autres villes du pays comme Alexandrie (nord), Assouan (sud) et Suez, sur la mer Rouge.

Les élections auront bien lieu, affirme le gouvernement

Dans ce contexte sulfureux, le gouvernement de transition égyptien se réunissait dimanche après-midi pour examiner la situation. « Nous sommes à une période charnière et à la veille des élections législatives (...) ce qui implique de faire appel à la raison et de faire passer l'intérêt du pays et de la révolution en premier », a déclaré le gouvernement dans un communiqué lu dans la nuit à la télévision.

Ces troubles ont relancé les craintes que les législatives, qui doivent débuter le 28 novembre et s'étaler sur plusieurs mois, ne soient marquées par des incidents et des violences. Un membre du CSFA, le général Mohsen al-Fangari, a cependant assuré que ces élections se dérouleraient comme prévu et que les autorités étaient en mesure d'assurer la sécurité. « Nous n'allons pas céder aux appels pour reporter le scrutin. Les forces armées et le ministère de l'Intérieur sont capables d'assurer la sécurité des bureaux de vote », a-t-il déclaré sur la chaîne satellitaire égyptienne Al-Hayat.

Plusieurs personnalités politiques et des intellectuels, parmi lesquels l'ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Mohamed ElBaradei, ont publié samedi un document demandant un délai supplémentaire pour ces élections. Ils proposent d'élire d'abord une assemblée constituante, puis d'organiser des présidentielles et enfin des législatives.

Les militaires sont, quant à eux, décidés à mettre la présidentielle à la fin de ce processus politique, et de ne rendre le pouvoir aux civils qu'une fois le nouveau chef de l'État élu.