Déroulement de la banderole au début de la manifestation du 22 mai à Montréal.

Des dizaines de milliers de personnes étaient réunies mardi 22 mai au centre de Montréal au début d'une manifestation marquant le centième jour du conflit étudiant au Québec, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Rassemblés dans une atmosphère bon-enfant, les manifestants - des étudiants et des syndicalistes mais aussi des gens de tous les horizons et de tous les âges - comptaient en même temps dénoncer la loi spéciale adoptée vendredi dernier par le gouvernement du premier ministre Jean Charest pour restreindre le droit de manifester.

"On déplore que le gouvernement Charest ait choisi la voie de la répression plutôt que la voie de la négociation", a déclaré l'un des dirigeants étudiants, Léo Bureau-Blouin. "Pour s'assurer cependant que les gens puissent manifester en toute légalité [...], on a donné un trajet [à la police] qu'on va demander aux gens qui nous suivent de respecter pour permettre aux citoyens de manifester en toute sécurité", a-t-il ajouté

LEVÉE DE BOUCLIERS

La loi spéciale prévoit une suspension des cours jusqu'au mois d'août dans les universités et collèges touchés par la grève étudiante, une façon de casser un mouvement qui dure depuis plus de trois mois. Si la suspension des cours a été plutôt bien accueillie au sein de la population, le reste de cette loi d'exception, notamment la restriction du droit de manifester pour quelque raison que ce soit a suscité une levée de boucliers.

La loi oblige notamment les organisateurs de manifestations de plus de 50 personnes à soumettre à la police, au moins huit heures à l'avance, la trajectoire du rassemblement, au risque de lourdes amendes pour les contrevenants. Les amendes peuvent aller de 1 000 à 5 000 dollars par jour pour les contrevenants et de 25 000 à 125 000 dollars pour les organisations (le double en cas de récidive).

Dès son adoption, la loi a été défiée ce week-end à Montréal et dans d'autres villes de la province, donnant une tournure plus politique et violente aux manifestations, qui ont été ponctuées de centaines d'arrestations. Quelque 36 manifestants, pour la plupart des étudiants, sont ainsi devenus les premières personnes arrêtées en vertu de la loi, dans la nuit de lundi à mardi à Sherbrooke (sud du Québec), a annoncé la police.

UNE MAJORITÉ DE LA POPULATION CRITIQUE

Se lancer de manière précipitée dans le contrôle du droit de manifester, c'était la très mauvaise idée d'un groupe de ministres au sentiment d'assiégés", écrivait lundi un commentateur du quotidien La Presse, favorable à la hausse des droits de scolarité, sujet à l'origine du conflit. "On ne manifeste en effet plus tellement contre la hausse des droits de scolarité. On manifeste pour la liberté d'expression. On manifeste pour le droit de manifester", poursuivait le journaliste Yves Boisvert.

Un sondage publié mardi par le quotidien Le Journal de Montréal montre que si 51 % de la population est d'accord avec la hausse des droits de scolarité, 53 % estime en revanche que la loi d'exception "est beaucoup trop sévère" et 73 % qu'elle ne contribuera pas au rétablissement de la paix sociale. La majorité appelle à une reprise du dialogue entre le gouvernement et les étudiants.

Des syndicats et des organisations ont annoncé leur intention de contester devant les tribunaux la loi, qui doit rester en vigueur jusqu'au 1er juillet 2013, mais cette procédure pourrait prendre plusieurs années avant d'aboutir. La Classe, la plus radicale des organisations étudiantes en grève, a été plus directe : elle a non seulement appelé à désobéir à la loi mais a également invité les objecteurs à se porter volontaires pour des interpellations sur le site Arrêtez-moi quelqu'un.com. Plus de 3 000 personnes, photos à l'appui, avaient donné leur nom mardi matin, moins de vingt-quatre heures après le lancement de cette initiative.