PARIS (Sipa) - Près de 450 personnes ont été victimes de surirradiations entre 2001 et 2006 au centre hospitalier d'Epinal (Vosges), avec des conséquences souvent graves, voire fatales, pour leur santé. Sept prévenus, dont des radiothérapeutes et l'établissement en tant que personne morale, sont jugés à partir de lundi, et jusqu'au 31 octobre, par le tribunal correctionnel de Paris.

Un radiophysicien, Joshua Anah, et deux radiothérapeutes, Michel Aubertel et Jean-François Sztermer, sont poursuivis pour "homicides et blessures involontaires", "non assistance à personne en danger" et "destruction de preuves".

Ces surirradiations auraient causé la mort d'au moins sept personnes. L'hôpital, son ancienne directrice Dominique Cappelli, une ancienne responsable de la DDASS, Francette Meynard, et un ex-directeur de l'Agence régionale de l'hospitalisation (ARH), Jacques Sans, sont quant à eux jugés pour "non assistance à personne en danger".

L'avocat de M. Aubertel, Me Thierry Mudry, a confié à l'agence de presse Sipa que son client était "effondré". Comme tout médecin confronté à ce genre de problème, il considère qu'il est "fautif". Mais il "conteste les fautes pénales qu'on entend lui faire porter": Michel Aubertel et Jean-François Sztermer disent "qu'ils n'avaient pas connaissance des erreurs qui avaient été commises" par Joshua Anah, a-t-il ajouté.

Selon l'ordonnance des juges d'instruction, une première erreur a été commise en 2004 lors d'un changement de pratique pour le traitement du cancer de la prostate: 24 patients ont reçu une dose de radiation 20% plus élevées que prévue.

Ce "projet n'a fait l'objet d'aucune préparation, sans calendrier, et sans la moindre concertation réfléchie" sur les implications en termes d'organisation, de formation et de sécurité, estiment les juges d'instruction Anne-Marie Bellot et Pascal Gand dans leur ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel.

Seconde erreur relevée par les juges: les doses de contrôle (matching) n'ont pas été prises en compte dans la dose d'irradiation finale reçue par les patients entre 2001 et 2006. Ce problème, découvert lors d'une enquête menée en 2007, a concerné 424 patients, pour une exposition complémentaire de l'ordre de 8 à 10%.

La lenteur de réaction de l'ARH et de la DDASS a également été épinglée, les patients n'ayant été informés que tardivement des surirradiations. Or, rappellent les juges, "en cas d'accident radiothérapique, la précocité du dépistage des complications chroniques est fondamentale parce que les tissus sains se transforment" et peuvent entraîner la mort de l'organe.

Les 24 patients victimes de surirradiations n'ont pas bénéficié d'un suivi post-radiothérapie qui aurait pu éviter des évolutions négatives de leur état de santé. Une "prise en charge précoce aurait pu permettre de limiter ces dégâts", notent les juges.

Mais "pendant longtemps", souligne Me Mudry, ces "conséquences ont pu apparaître comme des retombées naturelles aux radiothérapies".

"A nos yeux de victimes, ils sont absolument coupables", a répliqué dans un entretien à Sipa Philippe Stabler, président de l'Association vosgienne des surirradiés de l'hôpital d'Epinal (AVSHE). "Je souhaite de tout coeur que les têtes tombent et que les sanctions soient à la hauteur".

L'avocat du radiophysicien, Me Jean Reinhart, a affirmé à Sipa que son client, Joshua Anah, était "serein et inquiet en même temps: serein parce qu'il sait ce qu'il a fait et ce qu'il n'a pas fait, et inquiet parce que c'est quand même impressionnant d'aller devant un tribunal correctionnel", a-t-il ajouté. "Il dit qu'il n'a aucune responsabilité pénale, mais qu'à l'évidence, comme avec les autres, il y a une responsabilité morale".

Selon Me Reinhart, M. Anah a contribué à la mise en place des radiothérapies, mais ne voyait pas les patients.

Quatre-vingt-quinze pour cent des victimes ont déjà été indemnisées par l'assureur, a expliqué Philippe Stabler, lui-même surirradié. Un prix plancher de 15.000 euros avait été fixé par patient. Cette indemnisation était selon lui une première phase pour être reconnu en tant que victime, avant le procès

Les prévenus encourent jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende.

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