
Avec votre doigt. Votre iris. Ou votre pièce d'identité. Dans quelques années, c'est ainsi que vous réglerez vos emplettes et toutes vos transactions, en magasin ou sur Internet. Avec un taux de sécurité maximal... et quelques questions en termes de libertés publiques.
Début mai, lors de l'édition africaine du Forum économique mondial, qui s'est déroulé au Cap (Afrique du Sud), la compagnie américaine Mastercard et le Nigeria ont annoncé avoir signé un accord pour une expérimentation. L'idée : créer des cartes nationales d'identité qui serviront à s'authentifier aux frontières ou lors de contrôles de police et aussi à payer chez les commerçants et à retirer de l'argent dans les distributeurs automatiques de billets. Cette nouvelle carte, qui comportera sur sa puce les informations biométriques (photo et empreintes digitales) liées à son détenteur, sera sécurisée par un code confidentiel. Elle sera également reliée au compte bancaire de son possesseur.
Bémol. Avantage pour le commerçant : il sera certain que le porteur de la carte est bien son propriétaire grâce aux données d'identité contenues dans la puce. Et la transaction sera donc sécurisée. «Léger» bémol du point de vue du citoyen : l'Etat nigérian aura accès à l'activité bancaire du possesseur de la carte, ce qui n'est pas sans susciter de très sérieuses réserves sur le plan de la protection des données privées. Dans un premier temps, le pays envisage de délivrer 13 millions de ces nouvelles cartes en 2014 par le biais de l'établissement Access Bank. Si l'expérimentation s'avère concluante, 120 millions devraient suivre et être mises en circulation.
L'objectif, pour les dirigeants du pays le plus peuplé d'Afrique (170 millions d'habitants en 2012), est de réduire les échanges de monnaie physique pour une monnaie dématérialisée qui offre davantage de traçabilité et de sécurité. Et qui, d'autre part, pourrait permettre l'inclusion financière des quelque 70% de Nigérians qui, à ce jour, ne possèdent pas de compte bancaire.
A 4 000 kilomètres d'Abuja, deux tests de paiement ont eu lieu d'octobre 2012 à mars 2013. Initiées par Natural Security, start-up lilloise d'une quinzaine de salariés créée en 2008, les expérimentations ont consisté à authentifier in vivo des paiements par biométrie. 948 particuliers et 200 magasins (grandes enseignes et commerces de proximité) d'Angoulême (Charente) et de Villeneuve-d'Ascq (Nord) ont utilisé cette technologie qui associe des données biométriques (empreinte digitale à Angoulême, réseau veineux du doigt à Villeneuve-d'Ascq) à un système de communication sans contact pour effectuer la transaction financière. «Nous avons souhaité utiliser deux technologies indépendantes pour pouvoir les comparer», précise André Delaforge, responsable marketing de la start-up nordiste. Laquelle a travaillé sur cette expérimentation inédite en partenariat avec Banque Accord, BNP Paribas, le Crédit agricole, le Crédit mutuel Arkéa, Auchan, Ingenico et Leroy Merlin.
Le principe est simple : l'acheteur possède toujours une carte bancaire dotée d'une puce. Mais au lieu de saisir son code personnel sur un boîtier numérique à chiffres, il tend son doigt sur le lecteur biométrique du commerçant. Lequel peut alors aisément vérifier si l'empreinte présentée correspond à celle stockée dans la puce de la carte. «Ce qui est essentiel, c'est que les données biométriques sont stockées uniquement sur la carte bancaire, et pas dans une base de données pour des raisons de protection des données personnelles»,insiste André Delaforge. Qui confirme que cette technologie pourra être utilisée à l'avenir pour les paiements dans les magasins et par Internet (avec un lecteur biométrique à domicile relié à son ordinateur, sa tablette ou sa télévision), mais aussi pour retirer de l'argent dans les distributeurs automatiques.
«Empreinte». Selon Natural Security, «96% des testeurs ayant participé à ces deux expérimentations se disent prêts à les adopter pour réaliser l'ensemble de leurs achats en grande surface ou chez des petits commerçants». Bilan de l'étude : «L'empreinte digitale paraît plus simple à utiliser que le réseau veineux du doigt.»
Le standard de Natural Security va traverser l'Atlantique pour rejoindre les offres de paiements proposées par le réseau bancaire américain Discover. Et également pour servir au contrôle d'accès et au paiement à la cafétéria de l'université de San José, en Californie.



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