L'industrie des prisons aux Etats-Unis
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Sous la présidence de Barack Obama, le gouvernement américain s'est concentré sur l'arrestation et l'expulsion de sans-papiers ayant des antécédents judiciaires, estimant qu'ils constituaient un danger pour la société. Mais cette politique a largement dépassé ses objectifs et envoyé derrière les barreaux des dizaines de milliers de personnes ayant un casier vierge.

Depuis que M. Obama est au pouvoir, 1,9 millions de clandestins - plus de 368 000 cette année - ont fait les frais de cette mesure. Le président a ainsi dépassé le nombre d'expulsions réalisées par l'administration de George W. Bush en deux mandats, entre 2001 et 2008.

Ce nombre s'explique en partie par la nécessité de remplir les prisons américaines. En effet, une décision du Congrès oblige les établissements pénitentiaires - privés et publics- à maintenir tous les jours dans leurs geôles un total de 34 000 sans-papiers, qu'ils aient ou non commis un délit.

Ce « bed mandate » n'existe que dans les cas d'immigration. C'est une mesure insolite que le sénateur nonagénaire Robert Byrd, un démocrate conservateur de la Virginie Occidentale qui s'opposait férocement à toute réforme migratoire, réussit à introduire en 2009, peu avant sa mort.

Le très puissant lobby des prisons privées a tout fait pour maintenir cette mesure. Car les clandestins sont un énorme business. Deux grands groupes se partagent les bénéfices de ces détentions, estimés à deux milliards de dollars par an : le Corrections Corp. of America, leader du secteur pénitentiaire, et le groupe GEO.

Les sans-papiers sont maintenant la principale source de revenus de ces prisons privées, dont le nombre a augmenté de 1600% depuis 1990 et qui gèrent 10 % du total des détenus aux Etats-Unis (2.3 millions de personnes).

Carte des migrants emprisonnés aux USA
© Bloomberg BusinessWeekToutes les grandes sociétés carcérales prévoient des clauses d’occupation dans leurs contrats. Parmi les Etats qui appliquent les clauses les plus strictes, on trouve notamment l’Arizona (où trois contrats comprennent des clauses d’occupation à 100 %), l’Oklahoma et la Virginie. Si cette clause n’est pas respectée, les autorités publiques sont contraintes d’indemniser le gestionnaire de la prison. Il faut donc maintenir les taux d’occupation coûte que coûte.
C'est un business d'autant plus rentable que ces installations reçoivent non seulement l'argent du gouvernement - dans le cas des clandestins, de l'administration des douanes et de l'immigration (ICE), à raison de 120 dollars par jour et par prisonnier - mais ils sous-traitent également le travail de ces derniers à de grandes compagnies américaines, à des prix bien inférieurs à ceux des salaires minimums.

Pour de nombreux congressmen, surtout ceux de circonscriptions défavorisées, les prisons privées son une aubaine car elles créent des postes de travail. Elles sont au nombre de 250 reparties dans tout le pays. L'application de la loi est donc surveillée de près. En février dernier, le député texan Michael McCault, président de la Commission de la sécurité intérieure de la Chambre des représentants, critiquait ouvertement les responsables de ICE pour avoir laissé le nombre de détenus à un peu plus de 30 000.

Certain Etats préfèrent sous traiter la gestion de leurs prisons. Jerry Brown, le gouverneur démocrate de la Californie, l'Etat qui compte le plus de clandestins, a signé en octobre un contrat de 28 millions de dollars avec Corrections Corp of America, qui s'ajoute à celui signé un mois auparavant avec le groupe GEO pour 30 millions de dollars.

Expulsions-Graphic prisons privées aux USA
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Washington est un peu moins enthousiaste. Janet Napolitano, ancienne secrétaire à la sécurité intérieure (Homeland Security) dont dépend ICE, avait souligné le caractère arbitraire de ce « bed mandate » qu'elle jugeait « artificiel ». Le directeur en fonction de ICE, John Sandweg, reconnaissait récemment que l'obligation de « remplir autant de lits » pouvait créer des injustices, surtout pour les clandestins, qui, ayant de la famille aux Etats-Unis, pourraient obtenir leurs papiers, « beaucoup de cas sont très compliqués ».