Maintenant, c'est la chaîne publique anglaise BBC 2 qui sort un film de fiction-documentaire selon lequel la Russie envahit la Lettonie et la question posée est de savoir s'il faut ou non massacrer quelques millions de russes. Encore un échelon a été franchi dans la guerre médiatique.
Et là, il n'est plus possible de se taire. Comment se taire devant l'émergence récurrente d'éléments de totalitarisme dans notre Europe si tolérante, avec les siens. Mais prête à poser la question du massacre de millions d'êtres humains. Sans sourciller. Comment en sommes-nous arrivés là?
En plein prime time, la BBC sort un docu-fiction. Vous pouvez le voir en intégralité en anglais ici: World War Three: Inside the War Room.
L'histoire de base est simple:
"D'après le scénario, la Russie envahit la Lettonie pour soutenir les séparatistes pro-Kremlin qui se sont emparés d'une vingtaine de villes le long de la frontière russe. Alors que l'Otan tarde à intervenir, le Royaume-Uni et les Etats-Unis décident d'aider la Lettonie et d'évincer les forces russes de son territoire. La Russie répond par une attaque nucléaire dans laquelle 1.200 militaires britanniques trouvent la mort. Le Royaume-Uni refuse de recourir aux armes nucléaires pour aider l'Otan à reprendre le contrôle du Latgale (région à l'est de la Lettonie), mais pas les Etats-Unis. Une Troisième guerre mondiale éclate."Comme l'écrit le Telegraph, le scénario est des plus réalistes depuis que la "Russie a anexé la Crimée":
"Nato has long been worried about Russian interference in the Baltic States and senior personnel regularly take part in war games to test how Western leaders would respond to conflict there. These exercises are top secret but now the BBC has run its own such war game and a new film shows what might happen in real life. World War Three: Inside the War Room convenes a war cabinet of former military and diplomatic figures to react to a hypothetical but all too plausible confrontation in Eastern Europe, given Russia's 2014 annexation of Crimea. "Ainsi, le docu-fiction commence par une réécriture de l'histoire: après que la Russie ait bombardé la Géorgie en 2008 (ce n'est plus la Géorgie qui a attaqué l'Ossétie du Sud), après que les troupes russes aient envahies l'Ukraine en 2014 (ce n'est plus Kiev qui s'est lancé contre le Donbass), ces fameuses et mystiques troupes russes arrivent dans les pays baltes et envahissent la Lettonie. Des images montées des conflits, notamment dans le Donbass, sont arrangées, mélangées à des images fictions, des prises de vues de V. Poutine avec modification des textes sont données les unes au milieu des autres pour montrer comment la population russe prend le contrôle du pays, un drapeau russe est hissé et l'armée russe est envoyée en soutien des combattants.
Quelqu'un qui prend le film en cours de route ne peut pas savoir que c'est de la fiction, car il est tourné sur fond de documentaire. D'autant plus que pour continuer à maintenir la confusion dans les esprits, les personnes qui sont assises dans le QG sont de véritables personnages de la vie politique britanique. On comptera notamment:
- Richard Shireff, général en retraite, ancien commandant suprême adjoint des forces alliées en Europe (OTAN- SACEAUR) - on notera son voyage à la tête d'une délégation de l'OTAN en Ukraine en 2012 pour soutenir le programme de réarmement du pays;
- Baronesse Pauline Neville-Jones, nommée en 2010 par Cameron ministre d'état pour la sécurité et la lutte contre le terrorisme avec une position permanente au Conseil de sécurité, démissionne en 2011; de 1998 à 2004, elle fait partie du Comité d'audit de la BBC (coïncidence);
- Christopher Meyer, ex-ambassadeur de Grande Bretagne aux Etats Unis (1997-2003), donc notamment à l'occasion de l'invasion américaine de l'Irak;
- Sir Tony Brenton, ex-ambassadeur de Grande Bretagne en Russie (2004-2008);
- Alan West, Baron West of Spithead, ministre de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme (2007-2010), membre à vie du Conseil privé de la Reine.
Réponse cynique: on ne va pas risquer une Troisième guerre mondiale pour même pas deux millions d'habitants, quelques quartiers dans une mégapole.
Mais la situation se corse lorsque, dans le scénario, la Russie menace d'envoyer une bombe sur le Parlement britannique. Finalement la décision est prise de ne pas suivre les Etats Unis et de ne pas bombarder la Russie et sa population. Ne croyez surtout pas à un sursaut d'humanisme, la raison est un argument digne des nazis:
"La question est de savoir est-ce que l'on va tuer pour rien plusieurs millions de russes. J'en aurais bien tué quelques dizaines de milliers, mais si nous arrivons pas à leur faire peur de cette façon, ça ne sert à rien"Dixit Sir Tony Brenton, ex ambassadeur de Grande Bretagne en Russie
Donc si c'était utile, on aurait pu rayer de la surface du monde quelques millions d'être humains... Vous trouverez ces paroles à la minute 3.15:
Ces personnes ne jouent pas à la russophobie, ils le sont simplement. Pour eux la Russie est l'ennemi. L'ennemi total. Donc l'ennemi qu'il faut détruire. La seule chose qui leur fasse réellement peur est le souvenir de l'échec d'Hitler lors de la Seconde Guerre Mondiale, la vraie: la destruction physique des populations slaves ne fait que renforcer la rage de vaincre des populations. Plus de 20 millions de morts n'ont servi à rien pour faire plier les peuples d'URSS. En cela, c'est vrai, la Russie se distingue des autres pays européens. Mais se rendent-ils compte des paroles qu'ils prononcent?
Comment peut-on discuter de la mort de millions de personnes, d'êtres humains et ensuite faire de grands discours sur les droits de l'homme? A moins de ne pas considérer ces personnes comme humaines, justement. C'est cela qui ressort de l'argumentation totalitaire.
Ce n'est qu'un documentaire? Certes, mais comme le souligne les critiques des journaux anglais, les "experts" sont des professionnels mis en situation et doivent régler une situation comme ils la règleraient hors caméra, si cela se passait vraiment. Nous entendons donc ce que pensent réellement ces personnes qui ont occupé des postes importants. Ca fait froid dans le dos.
Deux remarques ici:
- Il est complètement fou d'imaginer un tel scénario réaliste, mais la propagande guerrière a atteint un tel niveau en Occident que nous en sommes arrivés là;
- Comme il faut un ennemi, on ravive l'image du méchant russe. Mais comme il est impossible de faire un vrai film documentaire en ce sens car les faits en confortent pas les fantasmes, on réalise un "docu-fiction" qui permet de transformer la réalité en toute liberté et d'imprégner les cerveaux en maintenant la confusion.
Que peut-on ajouter?
Je ne suis pas certaine que même à l'époque de la guerre froide, nous ne nous soyons rabaissés à ce point. Un tel niveau de médiocrité demande beaucoup de constance et d'efforts. Félicitations, nous y sommes en fin arrivé.
Par ailleurs, je n'ose imaginer les réactions du "Monde civilisé" si la Russie s'avisait de produire de genre de chose ...
Pourquoi une telle haine contre la Russie?
Parce qu'elle est européenne, mais elle ne joue pas le jeu. Elle est comme nous, car elle est une partie de nous et elle veut être elle-même. C'est devenu intolérable. Au nom de la "tolérance" et des "droits de l'homme", les hommes ne doivent plus seulement être égaux, ils doivent être identiques. Etre autre est devenu un crime. Un peu comme pour un bolchévique convaincu: comment placer son moi au-dessus de l'intérêt commun? Nous avons finalement glissé du culte de l'individu sacralisé dans la société holiste, c'est-à-dire qui ne se caractérise que par référence à la totalité. Et la Russie ose remettre en cause le dogme, il faut la détruire. D'où cette haine irrationnelle de la part de milieux fortement idéologisés. Ce qui ne traduit pas, d'ailleurs, le point de vue des masses, naturellement résistantes à cette dérive. D'où cette fois la nécessité de ce genre de production: pour former "correctement" l'esprit public.
La principale caractéristique du totalitarisme est la volonté de changer l'homme de l'intérieur. Cette dérive est particulièrement inquiétante en Occident, car elle se renforce.




Imaginons quand même que la Russie produise un docu-fiction narrant des interventions de l'OTAN en Yougoslavie, en Lybie, en Syrie; en bombardant ces pays dans le but de les morceler et ainsi pouvoir contrôler ces petits états...
Ah! excusez moi, on me dit dans mon oreillette que ce n'est pas une fiction!