Une mandibule de cheval découverte dans le Yukon sur laquelle on peut voir des traces de découpes réalisées avec un outil de pierre taillé / Crédits :LAURIANE BOURGEON
Grâce à un nouvel examen de fragments osseux découverts dans les années 1970 et 1980 dans des grottes situées au Canada, des chercheurs sont en mesure d'affirmer que l'homme a atteint l'Amérique du Nord 10 000 ans plus tôt qu'on ne le pensait, il y a 24 000 ans.

C'est entre 1977 et 1987 que l'archéologue canadien Jacques Cinq-Mars a mis au jour des milliers de fragments d'ossements de plusieurs espèces animales tels que des mammouths, bisons, caribous ou encore chevaux sur le site de Blue Fish Cave, dans le nord-ouest du Yukon, au Canada. Plus de trente ans après, ces ossements viennent chambouler les estimations de l'arrivée des premiers hommes en Amérique du Nord il y a 14 000 ans puisque cela remonterait en réalité à 24 000 ans.

C'est une conclusion apportée par Ariane Burke et Lauriane Bourgeon du département d'Anthropologie de l'Université de Montréal, au Canada, qui ont réexaminé ces ossements avec un stéréomicroscope. D'après ce qu'on peut lire dans leur étude publiée dans la revue PLOS One, ce nouvel examen a permis d'identifier d'incontestables traces d'interventions humaines. Ces ossements présentent en effet des entailles en forme de V réalisées avec des outils en pierre également retrouvés sur le site qui auraient servi à couper et trancher les chairs et cartilages lors du dépeçage des carcasses.

Au total, c'est une quinzaine d'ossements qui présentent des traces incontestables d'intervention humaine et pour une vingtaine d'autres, cela est considéré comme hautement probable. « Quand des animaux carnivores abandonnent des os derrière eux, ces derniers restent relativement complets. Les humains, eux les brisent avec leur percuteur pour en extraire la moelle, ce qui pourrait expliquer la forte quantité d'os fragmentés retrouvés dans les grottes de Blue fish », explique Lauriane Bourgeon.

Ce sont ensuite des analyses au radiocarbone qui ont été réalisées afin de dater ces fragments osseux présentant des traces d'intervention humaine au laboratoire de datation de l'Université d'Oxford, au Royaume-Uni. Le plus vieux d'entre eux est une mandibule de cheval daté à 24 000 ans. « La preuve est désormais faite que la Béringie de l'Est était habitée lors de la dernière glaciation », se réjouit Ariane Burke.