Le candidat à la présidence française Emmanuel Macron prétend - comme Hillary Clinton avant lui - être la cible d'une « cyber-attaque » de fausses nouvelles russe alors même que, en Allemagne, les enquêtes officielles mettent en doute les allégations d'intervention de la Russie dans la politique européenne.
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C'était totalement prévisible et c'est maintenant arrivé.

Emmanuel Macron, le candidat « Golden Boy » qui est maintenant fortement promu à l'élection présidentielle française par l'establishment français et européen et qui - non par coïncidence - est le seul candidat à l'élection présidentielle française à soutenir la politique actuelle de confrontation contre la Russie, a emprunté une feuille du livre de jeu de Hillary Clinton en prétendant qu'il sera la cible d'une « cyber-attaque » de fausses nouvelles organisée par la Russie.

La manière dont cela se fait est présentée dans un article du Financial Times, qui cite le chef de la campagne de Macron et le ministre de la Défense, et rapporte d'obscurs soupçons de renseignements de la part du service français de contre-espionnage.

Voici ce que le Financial Times publie :
La campagne d'Emmanuel Macron a accusé la Russie et ses médias appartenant à l'Etat d'utiliser le piratage et les fausses nouvelles afin d'interférer avec la course à l'Elysée dans laquelle le politicien novice est le favori. Richard Ferrand, qui gère la campagne de M. Macron, a déclaré qu'il y avait « des centaines voire des milliers » de tentatives de piratage émanant de Russie et que ces fausses nouvelles « pesaient sur notre vie démocratique ».

« Aujourd'hui, nous devons regarder les faits : deux médias principaux, Russia Today et Sputnik, qui appartiennent à l'Etat russe, diffusent de fausses nouvelles », a-t-il déclaré à la télévision France 2.

Ses commentaires font apparaître une crainte croissante dans la communauté du renseignement européen que la Russie puisse tenter d'influencer les élections présidentielles et législatives de cette année en France, ainsi que les scrutins néerlandais et allemand. Cela fait suite aux accusations des agences de renseignement américaines selon lesquelles la Russie a interféré lors des élections présidentielles américaines l'an dernier, en menant des attaques contre les ordinateurs du parti démocrate.

Le Kremlin a rejeté les revendications comme une « chasse aux sorcières ». Jean-Yves Le Drian, le ministre français de la Défense, a mis en garde le mois dernier qu'une « diffusion massive de fausses informations » pourrait être utilisée comme un outil pour influencer l'élection. L'ANSSI, l'agence française anti-cyber-espionnage, a informé l'année dernière les responsables des campagnes des candidats présidentiels sur les menaces possibles.
La « preuve » réelle que Macron est le sujet d'une telle attaque est fournie dans un autre article par le Daily Telegraph :
Certains observateurs pensent qu'une combinaison moins spectaculaire, mais non moins coordonnée, de fuites et de désinformation a été mise en évidence le week-end dernier, lorsque les médias russes ont publié une série d'articles sur Emmanuel Macron, le seul candidat à la présidence française qui ne préconise pas de repenser la position de Paris sur les sanctions.

Vendredi dernier, Julian Assange a déclaré au journal pro-gouvernemental Izvestia que Wikileaks avait obtenu du matériel compromettant pour M. Macron. Le dimanche soir, Dmitry Kiselev, un présentateur de télévision notoirement partisan pro-Kremlin, a utilisé son bulletin d'informations hebdomadaire à la télévision nationale pour lancer une attaque fulgurante contre M. Macron dans ce qu'il a appelé la « bataille pour la France ».

Lundi, Sputnik, l'agence de presse russe, a interviewé un député conservateur français qui a déclaré que M. Macron travaille pour les intérêts bancaires américains, est soutenu par un « puissant lobby gay » et, selon la rumeur, a une liaison depuis longtemps avec un autre homme.

M. Macron a ri des allégations, en disant lundi que « Si on me dit que je mène une double vie avec M. Gallet c'est parce que mon hologramme m'a échappé ».



Commentaire : Ce puissant lobby gay est à rechercher du côté de Pierre Bergé, ex-compagnon de Christian Dior.


Rien de tout cela ne se montre à la hauteur de prétendre à une sinistre « cyber-attaque » de fausses nouvelles russes sur Macron.

Ce que Dmitry Kiselev dit aux téléspectateurs russes ne peut avoir aucune incidence sur le résultat de l'élection présidentielle française, alors que l'interview d'Izvestia de Julian Assange et l'interview de Sputnik d'un député conservateur français semblent légitimes.

Fait intéressant, le Daily Telegraph lui-même jette le doute sur l'ensemble de l'histoire anti-russe cyber-guerre/fausses nouvelles. Ainsi nous lisons dans son article des choses comme celle-là :
Prouver ceci est toutefois une autre affaire. Une enquête d'une durée d'un an de la BND (intelligence étrangère allemande) et BfV (l'intelligence domestique allemande) a conclu la semaine dernière que la Russie poursuivait une « stratégie hostile », mais n'a pas établi un lien précis entre l'affaire Lisa et les autorités russes.

« Nous n'avons pas trouvé de preuve irréfutable », a déclaré Süddeutsche Zeitung citant une source gouvernementale anonyme. « Nous aurions aimé leur montrer le carton jaune ».

Le rapport a également examiné les soupçons que la Russie finance ou ait d'autres liens avec le parti d'extrême droite Alternative for Germany (AfD), mais n'a trouvé aucune preuve.

Un autre cas examiné dans le rapport était une affirmation, répandue l'an dernier à partir d'un message de Whatsapp russe et largement diffusée par les Allemands russophones, que des hommes arabes prévoyaient un viol de masse des femmes allemandes pour la Saint-Valentin. Contrairement à l'affaire Lisa, c'était une fabrication complète. Mais le rapport a conclu que l'effort était amateur et que le Kremlin n'était pas impliqué. Cette chasse aux sorcières a laissé certains politiciens occidentaux sentir que le « piratage russe » est devenu un moyen pratique pour diffamer la droite euro-sceptique.
À ce stade, il faut dire que l'enquête allemande est, à ce jour, la seule enquête officielle menée par un organisme de renseignement européen sur l'histoire des « fausses nouvelles »/cyber-guerre russe qui soit connue et ait rendu ses conclusions, et il est clair qu'elle a fait chou blanc.

En d'autres termes, il n'existe aucune confirmation officielle qu'en Europe, la Russie essaie d'influencer quiconque, et toute l'hystérie anti-russe fausse nouvelles / cyber-guerre s'envole en fumée.

Cela commence à être remarqué par certaines personnes. Ainsi, ailleurs dans l'article du Daily Telegraph, nous lisons des choses comme celles-ci :
« Je trouve que beaucoup d'accusations de piratage et de fausses nouvelles sont présentées sans beaucoup de preuves », a déclaré Thierry Baudet, eurodéputé néerlandais et fondateur de Forum voor Democratie, qui fait campagne pour que les Pays-Bas quittent l'Union européenne.

« Et cela semble convenir étonnamment bien à la position de l'opposition. Je serais beaucoup plus méfiant et exigerais une base factuelle pour ce qu'ils disent », a-t-il déclaré au Telegraph. M. Baudet, qui se dit être un allié de Daniel Hannan, l'eurodéputé archi-eurosceptique Tory, est habitué aux accusations de parti pris pro-russe.

Il a fait campagne pour un vote négatif lors d'un référendum néerlandais sur la ratification de l'accord d'association de l'UE avec l'Ukraine et a remis en question l'indépendance de l'enquête sur le crash du vol MH17 de Malaysian Airlines dans l'est de l'Ukraine.

Il décrit sa position sur les deux questions comme « pro-néerlandais » plutôt que « pro-russe » et dit qu'il n'a pas d'opinion bien arrêtée sur l'actuelle confrontation de l'OTAN avec la Russie.

« Ce que nous disions, et le peuple néerlandais a été d'accord avec nous, c'est qu'il n'était pas dans notre intérêt national de nous associer avec un pays aussi corrompu que l'Ukraine. Je ne sais pas si c'est la même chose que d'être pro-russe », a-t-il dit.

Le ministère néerlandais des Affaires étrangères a admis cette semaine qu'il n'avait pas vérifié que les signatures recueillies pour déclencher le référendum étaient authentiques. M. Baudet a démenti que la légitimité du vote soit remise en question en disant que personne n'avait présenté de preuve que les signatures aient été falsifiées.

Discriminer entre des nouvelles incommodes et une menace de sécurité, et les dangers que des préoccupations légitimes se transforment en une chasse aux sorcières contre la pensée dissidente, sont deux des plus grands problèmes de la lutte contre ce que les faucons russes appellent une « guerre de l'information ». Peut-être le pire est-il de trop réagir.

« Il y a quelques mois, nous avons sous-estimé l'influence russe dans les médias et les cyber-attaques ou autres - personne ne regardait et personne n'y pensait », a déclaré le Dr Meister. « Maintenant, je pense que c'est tout le contraire - nous surestimons la capacité de la Russie à influencer le comportement électoral. Il y a même une sorte de panique maintenant », a-t-il ajouté.
Que certaines personnes - surtout aux Pays-Bas - commencent à remarquer que cette dernière chasse aux sorcières n'est pas fondée sur des preuves, mais dépend entièrement de la paranoïa et de l'hystérie est une chose importante. Cependant, cela n'empêche pas les opportunistes comme Emmanuel Macron d'essayer de s'en prévaloir.

Si à la fin cela lui réussit mieux qu'à Hillary Clinton est une autre affaire.

Traduit par Comité Valmy