Commentaire: Les médias s'emploient à nous intoxiquer très efficacement l'esprit ; les industriels, eux, complètent le sale boulot et s'occupent de notre santé en s'appliquant, très efficacement aussi, à la détruire. Ou l'on apprend, donc, que notre environnement est tellement saturé en glyphosate, que nos reins travaillent dorénavant la nuit, tant qu'ils le peuvent encore, pour nous proposer une urine du matin riche en désherbant. Mais inutile de faire double emploi en allant pisser dans son jardin : le round-up présent dans l'air et l'eau de pluie s'y trouve déjà. Mieux vaut rester sur ses toilettes et continuer à participer convenablement à la contamination généralisée des eaux de surfaces, qui d'une manière ou d'une autre, finissent immanquablement par remplir les verres que nous buvons.

On le voit donc, les criminels ne sont pas seulement ceux qui tiennent une arme à la main en allant tuer des populations innocentes à l'autre bout du monde, non, non. Il y a aussi tous ces grands groupes agro-chimiques qui empoisonnent notre planète ; il y a ces hommes politiques qui permettent à ces derniers de prospérer ; il y a ces scientifiques sans conscience aux inventions toujours plus destructrices. Pour prendre la mesure du phénomène, une longue liste :

© OLIVIER HOSLET/EPA/Newscom/MaxPPP
Manifestation contre le glyphosate, à Bruxelles le 3 février 2017
Générations Futures a fait analyser les urines matinales de personnes des deux sexes, habitant en ville ou à la campagne. Résultats : 100% des échantillons contiennent des résidus de cet herbicide classé cancérigène probable par le Centre international de recherche sur le cancer.

La substance est classée "cancérogène probable" par une agence de l'ONU. Des résidus de glyphosate ont été retrouvés dans les urines d'un échantillon de 30 personnes, indique jeudi l'ONG Générations Futures qui a fait réaliser les tests. L'association a fait analyser les urines matinales de personnes des deux sexes, âgées de 8 à 60 ans, habitant en ville ou à la campagne, à l'alimentation variable (biologique ou non, végétarienne ou non). Parmi elles figurent des personnalités comme l'ex-ministre de l'Ecologie Delphine Batho, la chanteuse Emily Loizeau, l'animatrice de radio Charline Vanhoenacker, l'humoriste Alex Visorek.

"Nous sommes tous contaminés"

"100 % des échantillons analysés contenaient du glyphosate à une concentration supérieure à la valeur minimale de quantification du test", soit 0,075 ng/ml, indique Générations Futures dans un communiqué. La concentration moyenne trouvée est de 1,25 ng/ml d'urine, précise-t-elle. La valeur la plus faible est de 0,09 ng/ml, la plus élevée de 2,89 ng/ml.

Dans la quasi-totalité des cas (29 sur 30), la concentration est supérieure à la concentration maximale admissible pour un pesticide dans l'eau distribuée (0,1 ng/ml). Le glyphosate entre dans la composition d'herbicides comme le Round Up de Monsanto, le plus vendu au monde.

"Malheureusement ces analyses confirment ce que nous craignions après avoir consulté d'autres études réalisées ailleurs en Europe et dans le monde : nous sommes toutes et tous contaminés par le glyphosate", déclare le porte-parole de Générations Futures, cité dans le communiqué.

Longue bataille dans l'UE

L'association souhaite que "les autorités européennes prennent conscience de l'urgence à agir et interdisent enfin cette molécule considérée comme probablement cancérogène pour l'homme par le Centre International de Recherche sur le Cancer" (CIRC), une branche de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ajoute-t-il. Le glyphosate a fait l'objet d'une longue bataille autour du renouvellement de sa licence dans l'Union européenne (UE) en 2016. Bruxelles a prolongé temporairement fin juin l'autorisation de la substance, en attendant la publication d'un nouvel avis scientifique au plus tard fin 2017, tout en restreignant ses conditions d'utilisation.

Initiative européenne

En mars, à la différence du CIRC, les experts de l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ont estimé que le glyphosate ne devait pas être classé comme cancérogène. Une "initiative citoyenne européenne" (Ice) visant à interdire le glyphosate a recueilli environ 630 000 signatures dans l'UE, dont 38 850 en France, indique par ailleurs Générations Futures, l'une des quelque 60 organisations mobilisées.

Une initiative citoyenne doit recueillir en une année au moins un million de signatures au total dans sept pays de l'UE, avec un nombre minimum dans chaque pays. La Commission doit réagir dans les trois mois. Elle peut décider de donner suite et déclencher une procédure législative, ou non. Dans tous les cas elle doit motiver sa décision.