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Cette découverte passionnante ouvre une nouvelle voie dans la recherches autour de ces parchemins inestimables.

La technologie d'imagerie avancée, initialement mise au point par la NASA à des fins scientifiques, a permis de révéler des écritures qui n'avaient jamais été remarquées auparavant sur plusieurs fragments de parchemin retrouvés à la Mer Morte. C'est le département des antiquités israélien qui a dévoilé cette information ce mardi 1er mai.

Mais plus intéressant encore, ces écritures, rédigées dans un hébreux très ancien, ont permis de prouver l'existence d'un rouleau qui n'a pas encore été découvert au site de la Mer Morte, et dont les scientifiques ignoraient l'existence. Un nouveau chapitre s'ouvre donc dans la quête autour de ces parchemins très précieux.

A la recherche du manuscrit perdu

Les manuscrits de la mer morte, qui date du 3ème siècle au 1er siècle après Jésus-Christ, ont été découvert dans une grotte à Qumran, près de la mer morte, au milieu des années 1940. Ce trésor inestimable est composé de près de 1 000 rouleaux manuscrits, ainsi que de dizaines de milliers de fragments. Récemment, le département des antiquités israélien a entrepris de minutieusement photographier ces fragments en très haute résolution, et avec différents éclairages. C'est au cours de ce processus que les chercheurs ont découvert des écritures invisibles à l'œil nu sur l'un d'entre eux.

Rédigé en paléo-hébreux, ce fragment diffère de tous les autres retrouvés à Qumran. Il ne s'agit pas du seul écrit dans cette ancêtre très ancien de l'hébreux moderne, mais la calligraphie identifiée n'est pas du tout la même que celle des autres parchemins en paléo-hébreux. C'est ce qu'explique Oren Ableman, professeur à l'université de Jérusalem dans les colonnes du journal Haaretz. Ce caractère unique a d'ailleurs conduit les chercheurs à imaginer l'existence d'un autre rouleau, qui contenait autrefois ce fragment, ayant disparu ou n'ayant pas encore été découvert.

Oren Ableman explique avoir été très excité lorsque son équipe a découvert cette écriture sur le fragment en question. Cet expert des manuscrits de la Mer Morte a en effet directement remarqué que la calligraphie des lettres était différentes des autres manuscrits, ce qui l'a poussé à formuler l'existence d'un rouleau supplémentaire. Quant au nombre de rouleaux retrouvés à la mère morte, Ableman affirme qu'il y en a entre 900 et 1 000. Seulement, ces dernières sont très rarement complets. En effet, la plupart des objets retrouvés à Qumran sont de petits bouts de parchemins avec quelques lettres inscrites dessus. C'est ce qui permet d'expliquer l'incertitude autour du nombre de rouleaux retrouvés sur le site.

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L’un des fragments déchiffrés grâce à la technologie de la NASA.
Qumran, un foyer dissident contre les autorités du Temple ?

La plupart de ces écritures se résument donc à quelques mots, parfois simplement plusieurs lettres. Pourtant, le professeur Ableman est capable de reconnaître à quel rouleau appartient un fragment en déchiffrant la langue et la calligraphie de l'auteur. Le résultat de ces recherches a été présenté lors d'une conférence au musée d'Israël à Jérusalem pour célébrer les 70 ans de la découverte des manuscrits de Qumran. C'est lors de cet événement que les chercheurs ont présenté une découverte faite grâce à ces fragments à propos du manuscrit dits "du Temple".

Ce rouleau est l'un des plus longs retrouvés à Qumran. Toutefois endommagé, il contient des textes bibliques qui se trouvent dans les livres du Deutéronome et de l'Exode, ainsi que d'autres textes dont les auteurs restent inconnus à ce jour. Mais ce parchemin inestimable a été retrouvé en deux exemplaires, voire 3 depuis que l'on a découvert des fragments qui auraient pu appartenir à une troisième version du rouleau. Celle-ci pourrait d'ailleurs ne pas être identiques aux deux premières, d'après le professeur Ableman. Ce sont les différences en termes de calligraphies qui ont poussé le chercheur à l'affirmer.

Le manuscrit du Temple contient des textes très sulfureux, qui critiquent vivement la façon dont le grand Temple de Jérusalem était géré par les autorités rabbiniques de l'époque. D'après Oren Ableman, certains des membres de la communauté juive qui vivait à Qumran étaient très sceptiques par rapport à ces derniers, et ont émis à travers ce texte plusieurs recommandations pour transformer le mode d'administration du Temple. Le chercheur émet par ailleurs l'hypothèse que ces textes ont été rédigés dans l'espoir qu'ils soient lus par les prêtres du Temple.

Une version différente des psaumes

L'un des fragments dont les inscriptions ont été récemment découvertes est issu du livre des Psaumes. L'un d'entre eux contient d'ailleurs les premiers mots du Psaume 147, dont on avait perdu la trace jusqu'à présent. Ce fragment permet de prouver que dans l'une des versions de ces psaumes, courante pendant la période du Second Temple, était plus courte d'un mot par rapport à celle que l'on utilise aujourd'hui.

Cela montre qu'au sein de la communauté de Qumran, plusieurs manuscrits comportaient des versions différentes des textes bibliques, dont certaines sont identiques à celles d'aujourd'hui. Pour le professeur Ableman, cette version alternative des psaumes découverte à travers ce nouveau fragment serait en fait identique à la vieille traduction grecque du verset en question. La communauté de Qumran n'avait toutefois pas comme objectif de réécrire ces textes. Elle en possédait simplement plusieurs versions alternatives issues de différentes sources.

Pourtant, cette découverte pose davantage de questions qu'elle ne permet d'y répondre. En effet, le fragment découvert est l'un de ceux écrits en paléo-hébreux, et ne peut être relié à aucun manuscrit existant de la Mer Morte. C'est donc l'un des fragments qui permet d'appuyer l'hypothèse du rouleau manquant. En outre, aucune datation au carbone-14 n'a encore été effectuée sur ces fragments, bien que la langue utilisée le fasse certainement remonter à la période du Premier Temple, d'après Oren Ableman. Celui-ci reconnaît toutefois que le paléo-Hébreux était toujours utilisé pendant le Second Temple, des centaines d'années plus tard.

Toutefois, les chercheurs savent reconnaître entre les textes issus du Premier et du Second Temple parmi ceux rédigés en paléo-hébreux. En effet, certaines caractéristiques dans la calligraphie utilisées permettent de lier le fragment en question à la période du Second Temple. D'autres fragments issus des livres du Deutéronome et de du Lévitique ont également été découverts.