Le titre glaçant du roman culte de Truman Capote est complété par un sous-titre non moins effrayant : « Récit véridique d'un meurtre multiple et de ses conséquences ». En effet, l'auteur se lance en 1965 dans une démarche jusqu'alors inédite : après avoir appris dans les journaux le meurtre inexpliqué et inexplicable d'une famille de fermiers à Holcomb, petite ville du Kansas, il décide de s'y installer afin de mener sa propre enquête.
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Pendant 6 ans, aidé par sa célèbre amie d'enfance Harper Lee (auteure du tout aussi culte Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur publié en 1960), il compile les informations sur ce drame, visite les lieux du crime. Il travaille en collaboration avec Alvin Dewey, l'agent chef du bureau d'investigation chargé de l'enquête, dont il deviendra l'ami. Obsédé par l'affaire, Truman Capote va jusqu'à rencontrer les tueurs à plusieurs reprises afin de recueillir leurs versions de l'histoire. Il inaugure ainsi un genre : le non-fiction novel ou roman vérité (pour les non-bilingues d'entre nous).

La construction du récit, à mi-chemin entre le récit journalistique et le thriller, se divise en 4 parties. Dans la première, Truman Capote fait évoluer en parallèle les assassins, Dick et Perry, et les membres de la famille Clutter dont on comprend immédiatement qu'ils sont les futures victimes. Au fil des pages, leur rencontre que l'on sait inéluctable se rapproche, et la tension devient presque insoutenable.
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Les victimes
Inutile d'espérer un ralentissement de votre rythme cardiaque durant la deuxième partie puisqu'après le meurtre, on suit les coupables dans leur fuite et à leur poursuite l'équipe d'agents du KBI (Kansas Bureau of Investigation), jusqu'à leur arrestation.

La troisième partie nous donne toutes les réponses (c'est son titre) concernant le meurtre grâce à la retranscription des aveux des coupables. Truman Capote analyse la relation entre les deux hommes, leur influence l'un sur l'autre et l'enchaînement des raisons à la fois terribles et banales les ayant conduits à aller jusqu'au bout de leur idée sordide.

Enfin, durant les dernières pages du livre, on assiste au procès de Dick et Perry puis à leur quotidien en prison, où ils rencontrent d'autres criminels notoires de l'époque (Lowell Lee Andrews, George York et James Latham - ne faites pas de recherches à leur sujet si vous souhaitez dormir ce soir). Le roman se termine par leur exécution.
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Les criminels : Hickock est à gauche, Smith à droite
Truman Capote, qui avait fini par s'attacher aux deux hommes, assiste à leur pendaison le 14 avril 1965. L'auteur se confie ensuite à son ami le photographe Cecil Beaton : « Perry et Dick ont été exécutés mardi dernier. J'étais là parce qu'ils me l'avaient demandé [ ...] Ça a été une expérience terrible dont je ne me remettrai jamais ».

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Truman Capote ( 1924-1984 )
Truman Capote sortira dévasté de ces 6 ans d'enquête et de leur issue. Malgré l'immense succès du livre, vendu à plus de 5 millions d'exemplaires aux Etats-Unis, il sombrera petit à petit dans la dépression et l'alcoolisme. De sang froid sera son dernier roman, à travers lequel il nous livre un portrait sombre et glaçant de l'Amérique des années 50. Ainsi, le sang-froid dont font preuve les criminels marginaux, pauvres et non blancs (Perry Smith est un « métis indien ») lors de l'assassinat de la famille Clutter est aussi celui avec lequel la société blanche, protestante et prospère les condamne à mort.

L'enquête minutieuse et la finesse de l'analyse psychologique menées par Truman Capote font de ce roman un véritable choc dont on ressort bouleversé d'éprouver autant de compassion pour les coupables que pour les victimes. A travers une réflexion profonde sur le sens de la justice et sur la nécessité de comprendre les causes sociologiques et psychologiques qui poussent des êtres humains à commettre l'impensable, Truman Capote nous offre un plaidoyer d'une efficacité redoutable contre la peine de mort. La dernière partie du livre m'a d'ailleurs beaucoup rappelé Le dernier jour d'un condamné de Victor Hugo. Toujours terriblement d'actualité, malheureusement.