Un leader pro-iranien en Irak et l'émissaire de Téhéran pour les affaires irakiennes, le puissant général Qassem Soleimani, ont été tués tôt vendredi 3 janvier dans un raid à Bagdad, trois jours après une attaque inédite contre l'ambassade américaine.
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Le général Qassem Soleimani
La mort du général iranien Soleimani, en charge des affaires irakiennes au sein de l'armée idéologique de la République islamique et décrit par de nombreux experts comme le 2e homme le plus puissant d'Iran après le Guide de la Révolution, a été rapidement confirmée par le Pentagone comme émanant des États-Unis.
"Sur ordre du président, l'armée américaine a pris des mesures défensives décisives pour protéger le personnel américain à l'étranger en tuant Qassem Soleimani", a indiqué le ministère américain de la Défense dans un communiqué.
Donald Trump s'est, de son côté, contenté de tweeter un drapeau américain en guise de communication autour de cette exécution qui fait craindre une explosion des violences.


La mort du puissant général iranien est une "escalade extrêmement dangereuse et imprudente", a prévenu vendredi sur Twitter le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif.

"Soleimani a rejoint nos frères martyrs mais notre revanche sur l'Amérique sera terrible", a pour sa part réagi, également sur Twitter, Mohsen Rezai, un ancien chef des Gardiens de la révolution, l'armée idéologique de la République islamique.

Une menace plus importante que l'État islamique

Le raid américain a visé un convoi des pro-Iran près de l'aéroport de Bagdad. Au moins huit personnes ont été tuées, ont indiqué des responsables des services de sécurité irakiens.

Parmi eux, a affirmé le Hachd, se trouvait donc le général Soleimani mais aussi Abou Mehdi al-Mouhandis, véritable chef opérationnel du Hachd, dont le patron officiel est le conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre.

Les deux hommes sont sous sanctions américaines et le Hachd est aujourd'hui au cœur de toutes les attentions en Irak.

S'il a combattu à partir de 2014 aux côtés des troupes irakiennes et de la coalition internationale antijihadistes emmenée par les États-Unis, ses factions les plus pro-iraniennes ―pour certaines nées dans la lutte contre l'occupation américaine de 2003 à 2011― sont désormais considérées par les Américains comme une menace plus importante que le groupe État islamique.

Mardi, des milliers de ses combattants et de ses partisans se sont livrés à une démonstration de force inédite en Irak. Ils ont déferlé dans l'ultra-sécurisée Zone verte de Bagdad où se trouve l'ambassade américaine, ont attaqué la chancellerie à coup de béliers de fortune et ont tracé des graffitis sans équivoque sur les murs. "Non à l'Amérique", disait l'un, "Soleimani est mon chef", affirmait un autre.

Cet épisode de violence inédit semblait terminé mercredi avec le retrait des pro-Iran de la Zone verte, sur ordre du Hachd. Mais les morts de vendredi donnent de plus en plus de consistance à la menace qui pèse depuis des mois sur l'Irak: que son sol se transforme en un champ de bataille par procuration pour l'Iran et les États-Unis.

Le président américain Donald Trump avait menacé de faire payer le "prix fort" à l'Iran, accusé d'avoir "orchestré" l'attaque de sa chancellerie. Son secrétaire d'État Mike Pompeo avait annoncé reporter une tournée à l'étranger pour "suivre la situation" en Irak.