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Des syndicalistes dénoncent le scandale des matériels de protection réquisitionnés en masse par l'État, toujours pas récupérés pour être distribués. Face à cette gabegie, la fédération des services publics CGT a écrit au ministre de l'Intérieur Christophe Castaner pour les lui indiquer.
« On est en train d'envoyer des soignants se tuer au travail alors qu'il y a des stocks de masques qui attendent à côté. » Fabrice Coudour est écœuré. Dans son réseau de syndicalistes, il a recensé des centaines de milliers de masques et de matériels de protection stockés, en attente d'être récupérés... depuis le 13 mars. Ce jour-là, un décret a été publié par l'État pour réagir en catastrophe à l'épidémie du coronavirus. « Eu égard à la nature de la situation sanitaire et afin d'en assurer la disponibilité ainsi qu'un accès prioritaire aux professionnels de santé et aux patients », stipule le texte, les stocks de masques respiratoires et anti-projections détenus par les entreprises « sont réquisitionnés, jusqu'au 31 mai 2020 ». Mais quels sont ces stocks détenus par les sociétés publiques et privées ?

En 2013, pour réaliser des économies, l'État a décidé de transférer la responsabilité des pouvoirs publics aux employeurs dans la gestion de masques pour protéger leurs personnels. L'État évite ainsi les coûts d'entreposage. Mais une crise comme celle-ci met en évidence les limites de cette stratégie grippe-sou : pas de logistique coordonnée et des milliers de masques qui dorment aux quatre coins de la France, éparpillés dans une multitude de dépôts, notamment dans les entreprises de l'énergie et de l'industrie. « Tout est là mais on ne peut y toucher »

« Dans l'énergie, nous avons besoin d'une certaine quantité de protections pour maintenir les services publics de l'électricité et du gaz, précise Fabrice Coudour, élu CGT et secrétaire d'un CSE d'EDF de Savoie. Mais aujourd'hui, il subsiste de gros volumes de masques qui ne nous appartiennent plus car l'État les a réquisitionnés. J'en ai vu. Les stocks sont là. On ne peut plus y toucher, mais personne n'est venu les chercher. Samedi dernier, nous l'avons signalé par écrit au préfet. Cinq jours plus tard, nous n'avons toujours pas de son ni d'image en retour. » De nombreuses filiales d'EDF confirment un stock similaire de masques, combinaisons, gants abandonnés dans des hangars qui pourraient être acheminés aux soignants, personnels de secours criant à la pénurie et aux manques de protection. « À Enedis, nous avons eu des cas de légionellose (infection respiratoire - NDLR) il y a quelques années, complète Jérôme Bation, de la CGT Rhône-Alpes. Nous avons acheté alors beaucoup de masques qui ne nous sont plus utiles dans l'immédiat. » Pour autant, l'État n'a pas organisé de ramassage massif ici comme ailleurs.

La CGT rappelle Castaner à l'ordre

Dans le secteur de la chimie, la CGT de Sanofi a interpellé la direction après avoir appris l'existence de 280 000 masques FFP2 en réserve, datant de la crise sanitaire du H1N1 mais non périmés. « Nous sommes intervenus la semaine dernière quand nous avons eu connaissance de ce stock pour demander qu'une partie soit transmise aux professionnels de santé et aux hôpitaux, détaille Thierry Bodin, délégué CGT. Au bout de quatre jours, le 23 mars, nous avons enfin obtenu une réponse mais négative concernant les hôpitaux. Pour autant, la direction a affirmé qu'une partie des masques allait partir vers nos usines. » Or, sur de nombreux sites de production de Sanofi, les masques faisaient toujours défaut ce jeudi.

Comment comptabiliser les stocks existants ? Comment récupérer les protections réquisitionnées ? Face à cette gabegie, la fédération des services publics CGT a écrit au ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, mercredi soir, qui ne peut désormais ignorer l'existence de centaines de milliers de masques et de protections non collectés.